L’aide au développement française tombe sous la moyenne européenne

En France, l’aide publique au développement (APD) a reculé pour la 4ème année consécutive en 2014. Une baisse de 10 %, qui fait sombrer le taux d’APD en dessous de la moyenne des pays européens.

Le désengagement de la France sur le front de l’aide publique au développement s’est confirmé pour la quatrième année consécutive.

La part du RNB français consacré à l’aide au développement est tombée à 0,36 % du PIB en 2014, selon les chiffres publiés par le Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE le 7 avril. Le montant total des budgets consacrés est évalué à 10,3 milliards de dollars par l’organisation internationale.

Pourtant, le contexte international tend à la hausse. L’aide des membres du CAD s’est élevée à 135,2 milliards de dollars en 2014, un chiffre stable par rapport à 2013, qui avait marqué un pic. Depuis 2000, l’aide publique au développement a augmenté de 66 %.

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En volume d’aide, la France figure toujours parmi les plus grands pays donateurs, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, mais aussi, et ce pour la première fois derrière l’Allemagne, dont le volume d’aide a devancé celui de la France en 2014.

La France, deuxième économie de l’Union européenne, se retrouve également en 10ème position des pays donateur en pourcentage de son RNB, devancée par l’Irlande ou la Belgique.

« La France a de nouveau coupé significativement son budget d’aide au développement en 2014, avec une baisse de près de 10 % par rapport à 2013. Elle s’éloigne encore davantage de sa promesse d’allouer 0,7 % de son revenu national à cette aide »a regretté Friederike Röder, directrice de l’Ong ONE France.

Du côté du gouvernement, on explique cette baisse par « l’absence d’annulations de dette significatives » en 2014, et on reconnait que « le contexte budgétaire explique aussi en partie cette baisse ».

Mauvais élève

Pis, Paris passe en dessous de la moyenne de l’Union européenne. L’aide publique au développement des pays européens et des institutions a représenté en moyenne 0,42 % du RNB de l’UE en 2014, contre seulement 0,36 % pour la France.

Une contre-performance relevée par la Commission elle-même. « Le rapport APD/RNB a en revanche baissé en France, en Irlande, aux Pays-Bas ,au Portugal, et en Espagne ainsi que dans 11 autres États membres de l’UE » souligne l’exécutif européen dans un communiqué. Si l’UE et ses Etats membres reste pourvoyeur de 50% de l’aide mondiale, «nous avons encore un certain chemin à parcourir pour atteindre nos objectifs ambitieux » a constaté Neven Mimica, commissaire pour la coopération internationale et le développement.

Au sein de l’UE, la France n’est cependant pas la seule à figurer au rang des mauvais élèves. L’Espagne, l’Irlande ou encore ont largement réduit leur aide publique au développement, tandis que les Pays-Bas sont repassés sous le seuil des 0,7 % du RNB consacré à l’aide au développement, dont l’échéance arrive pourtant en 2015.

>> Lire : Les députés veulent sanctuariser l’engagement d’aide au développement

En effet, depuis 1970, l’Assemblée générale de l’ONU a décidé de consacrer 0,7 % du RNB à l’aide au développement. Un engagement réitéré lors du sommet du G8 de Gleaneagles de 2005, où les membres européens du G8 se sont de nouveau engagés à atteindre l’objectif de 0,7 % en 2015.

Mais depuis 10 ans, les progrès sont faibles. En 2005, les pays du comité d’aide au développement dépensaient en moyenne 0,32 % de leur RNB en faveur des pays en développement. Un pourcentage qui a chuté à 0,29 % en 2014, à un an de l’échéance de 215. La France consacrait quant à elle 0,47 % de son RNB en 2005, contre 0,36 % aujourd’hui. Une courbe qui n’empêche par la France de réaffirmer haut et fort son engagement en faveur de l’objectif des 0,7%. « Nous n’abandonnons pas l’objectif des 0,7% et nous restons solidaires » a réaffirmé le gouvernament.

Un décalage qui impatiente les ONG. « Le choix politique fait par la France demeure incompréhensible et pénalise les populations les plus vulnérables dans une année où les efforts doivent au contraire redoubler. Le décalage entre le discours du renouveau des politiques et la réalité de la coupe des crédits est d’autant plus difficile à supporter », s’alarme Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

Réactions

«Je suis fier que l’UE soit parvenue à conserver sa place de premier pourvoyeur d’APD au monde ces dernières années en dépit d’une situation économique difficile. Mais nous avons encore un certain chemin à parcourir pour atteindre nos objectifs ambitieux. 2015 sera une année cruciale pour l’avenir du développement durable: celle où devront se conclure les négociations sur le programme pour l’après- 2015 et sur le financement du développement. Je suis convaincu qu’il conviendrait de renouveler notre engagement en faveur de l’objectif de 0,7 %, contribuant ainsi de manière décisive à ce que les négociations sur l’après-2015 débouchent sur des résultats ambitieux.» a déclaré Neven Mimica, commissaire pour la coopération internationale et le développement.

Comment prendre au sérieux ces futurs engagements, si chaque année, les contributions réelles ne cessent de se réduire ? Sans cohérence, sans moyens ambitieux, sans l’exemplarité de la France, ces échéances internationales sont vouées à l’échec et en particulier la COP21 », insiste Christian Reboul, responsable plaidoyer financement du développement à Oxfam France.

« La tendance est à la privatisation de l’aide publique tandis que les enjeux globaux de développement tels que la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire ou l’adaptation au changement climatique requièrent plus que jamais un financement public accru et un encadrement des pratiques du secteur privé », complète Grégoire Niaudet , chargé de plaidoyer au Secours catholique – Caritas France.

« Nous attendons de la cohérence entre les discours et les actes mais surtout une volonté politique renouvelée pour que de nouveaux crédits soient réellement débloqués dès le prochain exercice budgétaire, en priorité sous forme de subventions, pour les pays les plus pauvres », conclut Bruno Rivalan, directeur France de Global Health Advocates.

Contexte

Depuis 1997, l’aide aux pays en développement a progressé pour atteindre un premier record en 2010, selon les données établies par le Comité d’Aide au Développement de l’OCDE.

L’aide publique au développement s’est ensuite contractée en 2011 et 2012, lorsque les gouvernements de nombreux pays ont adopté des mesures d’austérité et amputé leurs budgets d’aide.

Le rebond des budgets de l’aide observé en 2013 est tel que, même sans tenir compte des cinq pays ayant rejoint le CAD en 2013 (à savoir l’Islande, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie), les apports d’APD consentis par les membres du CAD en 2013 se situent à un niveau historiquement élevé. En 2013, les montants consacrés à l'aide représentent quasiment 100 milliards d'euros.

Prochaines étapes

  • Juillet 2015 : conférences sur le financement du développement à Addis-Abeba
  • Septembre 2015 : Sommet spécial sur les Objectifs du développement durable (ODD) à New-York
  • Décembre 2015 : COP21 à Paris

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