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25/08/2016

L’aide au développement recule plus en France qu’en Grèce

Aide au développement

L’aide au développement recule plus en France qu’en Grèce

Africa - © Arjen de Ruiter - shuttershock

En France, l’aide publique au développement (APD) a dégringolé de près de 10 % en 2013. L’année 2014 risque de poursuivre la même tendance, victime des économies budgétaires que le pays doit réaliser.

La Grèce a réduit la voilure de ses budgets consacrés à l’aide au développement de 7,7 % en 2013. Une baisse résultant de mesures d’austérité draconiennes prises par le pays sous assistance financière depuis 2010.

Mais en France, la baisse de l’aide en faveur de pays en développement a subi un coup de rabot encore plus important. Alors que la direction générale du Trésor tablait sur un très léger recul du budget développement à 0,46 % du Revenu National Brut (RNB)  en 2013 contre 0,47 % en 2012, la publication des chiffres de l’OCDE dresse un tableau bien moins reluisant.  

La part du RNB  français consacré à l’aide au développement est tombée à 0,41 % du PIB en 2013, selon les chiffres publiés par le Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE le 7 avril. Le montant total des budgets consacrés est évalué à 8,44 milliards par l’organisation internationale.

Décrochage français

Le différentiel est conséquent par rapport au budget annoncé par la France, déplore l’ONG One.

« La France avait présenté un budget en augmentation devant l’Assemblée nationale et il n’en est rien, au contraire – 9,89 milliards d’euros de budget annoncé contre 8,44 milliards d’euros réellement alloués au développement selon l’OCDE » explique Friederike Röder, directrice de ONE France.

Une baisse de l’aide française que l’organisation internationale explique par : des remboursements de prêts et à des opérations d’allégement de dette moins importants qu’en 2012 et qui place la France parmi les trois plus fortes baisses au niveau mondial, après le Portugal et le Canada.

La contreperformance française éloigne un peu plus le pays de l’engagement international de consacrer 0,7 % de son RNB à cette politique. Et renvoie la France à la cinquième place des bailleurs en volume derrière le Japon, qui prend la 4ème place.

>> Lire : Les députés veulent sanctuariser l’engagement d’aide au développement

Pourtant, au cours du récent examen du premier projet de loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale, les députés ont tenté de renforcer l’engagement international de la France en inscrivant dans la loi l’objectif de consacrer 0,7 % du RNB à l’aide publique au développement (APD).

Le texte, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale doit maintenant être avalisé par le Sénat.

Nouveau record de l’aide au développement au niveau mondial

La baisse du budget de l’aide française intervient de plus dans un contexte global de hausse de l’aide publique au développement au plan mondial. En 2013, les pays donateurs y ont consacré 134,8 milliards de dollars (97.67 milliards d’euros) soit une hausse de 6,1 % par rapport à 2012, après deux ans consécutifs de baisse.  

Et la tendance à la hausse devrait se poursuivre, 2014, avant de se stabiliser, relève le Comité d’aide au développement de l’OCDE, qui mesurer les apports de ressources aux pays en développement depuis 1961.

Le mauvais score français est particulièrement pointé du doigt au regard de la performance du Royaume-Uni, où les pouvoir publics ont mobilisé des moyens conséquents afin de permettre au pays d’atteindre l’objectif de 0,7 %.

Le pays a ainsi augmenté de 27,8 % les dotations budgétaires dédiées au développement et rejoint du même coup le club des 5 pays en Europe ayant franchi le seuil symbolique (Norvège, Suède, Luxembourg et Danemark)

Inquiétude des ONG

Pour les ONG, l’évaluation de l’OCDE permet de tirer la sonnette d’alarme.

« Plus de ministre du Développement, forte baisse des budgets, nous assistons à une dépriorisation claire de la solidarité internationale dans l’action gouvernementale. Changement climatique, sécurité alimentaire, crises humanitaires, développement des services publics… la France baisse-t-elle les bras ? », s’interroge Christian Reboul, d’Oxfam.

En effet, quelques jours après le remaniement ministériel et la démission du ministre délégué au développement Pascal Canfin, le portefeuille de la coopération et du développement restera sous la tutelle du Ministère des Affaires étrangères et se voir octroyer un secrétaire d’État.

200 millions d’économie supplémentaires en perspective

L’‘avenir de l’aide publique au développement française s’annonce difficile dans les années à venir. Le projet de loi des finances 2014 prévoyait en valeur une baisse de 5,7 %, soit 178 millions d’euros. Un recul censé être compensé par l’allocation d’une partie de la taxe sur les transactions au budget de l’APD.  

Pour 2015, les ONG craignent un nouveau recul de l’aide française, qui devra à l’image de l’ensemble des postes de dépenses de l’État participer au 50 milliards d’économies prévu sur la période 2015-2017. Les inquiétudes portent en particulier sur les programmes de dons pour les pays les plus pauvres, les pays donateurs préférant favoriser la politique de prêts.

>>Lire : L’aide au développement mise à la diète en 2014 malgré les arrangements comptables

 « Des coupes semblent être à l’ordre du jour dans le budget 2015 de l’APD française, alors même qu’il s’agit d’une année cruciale pour le développement et la solidarité internationale » s’inquiète le regroupement d’ONG française Coordination SUD,  soulignant que le programme  « Solidarité avec les pays en développement » serait menacé d’une baisse de 200 millions d’euros.

 

Réactions

« Il est encourageant de constater que les pays augmentent à nouveau leurs budgets d’aide au développement malgré les contraintes financières auxquelles ils sont confrontés », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría. « En revanche, l'aide allouée à certains des pays les plus démunis continue de baisser, ce qui est un grave sujet de préoccupation. Nous devrons examiner cette question lors de la réunion du Partenariat mondial pour une coopération au développement efficace qui se tiendra à Mexico la semaine prochaine, ainsi que celle, plus générale, portant sur la façon de tirer le meilleur parti de l'APD compte tenu de la croissance des ressources disponibles pour financer le développement. »

 « La contraction de l'aide publique au développement n'est pas une fatalité : le Royaume Uni, pourtant dans une situation économique similaire à celle de la France, a atteint l'objectif des 0,7 % suite à une augmentation de son APD de 27,8 % en 2013 » souligne Bernard Pinaud, vice-président de Coordination SUD, délégué général du CCFD-Terre solidaire.

« Le Président et son gouvernement avaient affirmé que malgré la crise, la France avait le devoir de maintenir une politique de développement ambitieuse. Or, l’aide au développement de la France est réduite depuis trois années de suite, avec une chute marquée en 2013. Rappelons que la France allouait 1,35 % de sa richesse nationale au développement en 1960, quinze ans seulement après la 2e guerre mondiale.

Alors que la France réfléchit à son plan d’économie de 50 milliards, ONE France appelle le nouveau gouvernement à ne pas sacrifier l’aide aux plus pauvres sur l’autel de l’austérité et à ne pas renier ses engagements internationaux » affirme explique Friederike Röder, directrice de ONE France.

Contexte

Depuis 1997, l’aide aux pays en développement a progressé pour atteindre un premier record en 2010, selon les données établies par le Comité d’Aide au Développement de l’OCDE.

L’aide publique au développement s’est ensuite contractée en 2011 et 2012, lorsque les gouvernements de nombreux pays ont adopté des mesures d’austérité et amputé leurs budgets d’aide.

Le rebond des budgets de l’aide observé en 2013 est tel que, même sans tenir compte des cinq pays ayant rejoint le CAD en 2013 (à savoir l’Islande, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie), les apports d’APD consentis par les membres du CAD en 2013 se situent à un niveau historiquement élevé. En 2013, les montants consacrés à l'aide représentent quasiment 100 milliards d'euros.

 

Prochaines étapes

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