EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

31/07/2016

L’aide climatique profite aussi à l’UE

Aide au développement

L’aide climatique profite aussi à l’UE

Achim Steiner. Photo: Tony Karumba/AFP/Getty Images

EXCLUSIF / Les financements publics des États développés visant à lutter contre le changement climatique profiteront autant à l’Europe qu’à l’Afrique. Un haut fonctionnaire de l’ONU livre son analyse.

Le 10 juin, Achim Steiner, directeur général du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) s’est exprimé peu après une réunion du comité d’intersession de la conférence sur le changement climatique à Bonn. Les pays en développement auraient demandé aux gouvernements de verser une tranche de départ de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros) d’ici novembre.

La prochaine conférence sur le changement climatique de l’ONU (CCNUCC) aura lieu à Lima au mois de décembre. Un an plus tard viendra celle de Paris qui a pour objectif de trouver un accord complet. Les sources de financement pour l’aide climatique seront cruciales pour mettre à bien les projets de lutte contre le changement climatique.

« L’Europe doit se rendre compte qu’elle a vraiment intérêt à contribuer aux finances publiques, ce qui permettra aux pays en développement présents et aux pays les moins avancés de faire la transition vers une économie à faible émission de carbone », a expliqué Achim Steiner.

« Nous devons garantir qu’un accord sur le climat en 2015 tienne compte du fait que l’UE a autant à gagner que l’Afrique si elle alloue une grande quantité de fonds publics […] dans le secteur des énergies renouvelables en Afrique. Le but est d’éviter qu’un million de personnes supplémentaires ne soient bloquées dans une économie fondée sur une énergie fossile du XXe siècle.

Le directeur général du PNUE estime que les contributions du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique dépasseront les projets financés par le secteur public, mais les organisations de développement ont salué son intervention lors du débat.

« Je ne peux que soutenir les propos du directeur », a indiqué à EurActiv Jan Kowalzig, conseiller en changement climatique pour Oxfam. « Nous devons reconnaître que la suppression progressive des énergies fossiles est nécessaire si nous voulons éviter une catastrophe climatique.[…] L’Europe serait bien inspirée d’aider les pays à réduire leurs émissions de carbone et les finances publiques doivent y contribuer », a-t-il ajouté.

« Si l’UE l’avait fait de manière appropriée, elle aurait contribué à un avenir commun qui rentre vraiment dans ses intérêts. »

Fonds vert pour le climat

Le débat sur les sources de financements, comme la proposition de Fonds vert pour le climat de 100 milliards de dollars par an visant à d’aider les économies émergentes à réduire leurs émissions de carbone, divisent pays en développement et pays développés.

Les pays développés ont auparavant fait pression pour que les investissements privés soient comptabilisés dans leurs contributions, ce qui permet au secteur privé d’occuper une place de choix à la table des négociations. Les pays en développement s’inquiètent quant à eux des profits réalisés par le secteur et de l’évasion fiscale.

L’utilisation de fonds privés dans les projets de lutte contre le changement climatique suscite moins la controverse que les mesures comme la sécurité alimentaire et la manière de se préparer à l’éventualité d’une catastrophe. Les rendements financiers de ces dernières mesures seraient trop faibles pour inciter les gouvernements à les mettre en place.

Le mois dernier, un accord visant à réduire les émissions de carbone pour les États pauvres, financé en grande partie par les pays développés, est passé à la trappe lors des négociations en Corée du Sud.

Mais les détails doivent encore être formulés et certains des pays riches, aux finances fragiles ont l’air d’attendre avant d’essayer de réintroduire des capitaux privés dans le financement de la lutte contre le changement climatique. Ce dernier point devrait un élément central du prochain accord de la conférence climatique négocié en coulisse.

Rien ne dit si les recettes pour les centrales à charbon ou les installations de production de gaz pourraient être comptabilisées dans le cadre des règles du Fonds vert pour le climat.

Contexte

L'« accord de Copenhague », conclu dans la capitale danoise en décembre 2009, comprenait la promesse des pays développés de verser 100 milliards de dollars (76 milliards d'euros) par an d'ici 2020 pour aider les pays pauvres à lutter contre le changement climatique et à s'adapter à ses inévitables conséquences.

Les 190 pays impliqués dans les négociations de l'ONU, réunis l'année suivante à Cancún, ont progressé et instauré un Fonds vert pour le climat afin d'apporter un soutien financier aux pays en développement.

Ce fonds sera géré par un conseil de 24 membres où les pays développés et en développement seront représentés de manière égale.

Prochaines étapes

  • Sept. 2014 : Ban Ki-Moon accueillera le sommet sur le climat à New York
  • Déc. 2014 : conférence sur le changement climatique à Lima (Pérou)
  • Déc. 2015 : un accord contraignant international dans le cadre de la conférence sur le changement devrait voir le jour
  • 2020 : le nouveau traité mondial pour le climat devrait entrer en vigueur

Plus d'information