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23/01/2017

L’Espagne est loin d’atteindre les objectifs pour le développement

Aide au développement

L’Espagne est loin d’atteindre les objectifs pour le développement

Les réfugiés africains n'ont pas pu recevoir de soins médicaux à cause des mesures d'austérité adoptées par le gouvernement espagnol.

[Noborder Network/Flickr]

La capacité de l’Espagne à atteindre les objectifs pour le développement durable (ODD) a récemment été évaluée dans un rapport. Un article de notre partenaire El País – Planeta Futuro

Ce week-end, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le programme des ODD à l’horizon 2030, qui établit le cadre mondial de développement pour les 15 prochaines années. Ce projet, plus ambitieux que son prédécesseur, les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), contient 17 objectifs et 169 cibles que devront accomplir tous les pays du monde, qu’ils soient riches ou pauvres.

Bien évidemment, l’Espagne doit aussi se soumettre à l’effort collectif. Le pays a participé activement au débat sur les ODD et le financement du développement, mais un problème se pose : sa position internationale n’est pas forcément en accord avec ses politiques nationales.

Alors qu’au niveau mondial, on insiste sur la nécessité de combattre les inégalités, au niveau national, des coupes budgétaires sévères et des politiques d’austérité ont été menées dans des domaines importants tels que l’éducation et la santé. L’inégalité et le niveau de pauvreté entre les Espagnols se sont donc accrus, informe un rapport publié le 24 septembre par Oxfam Intermon et l’Unicef à Madrid. Le rapport énumère les domaines dans lesquels l’Espagne a échoué et ce, à travers l’analyse de ses réalités sociales, économiques et environnementales. Il met également en lumière les conséquences de la crise économique et les reculs en matière de droits et de bien-être social. Le document ne se contente pas de critiquer l’Espagne, mais indique également de quelle manière le pays peut s’améliorer, notamment grâce à une feuille de route, que le prochain gouvernement, suite aux élections de décembre, devra adopter.

>> Lire : La myriade d’objectifs de développement complique les négociations onusiennes

Le premier ODD vise à éradiquer la « pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde ». Pourtant, en 2014, 29,2 % des Espagnols vivaient sous la menace de la pauvreté ou d’exclusion sociale, soit 13,4 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants. L’Espagne dépasse ainsi de 6 % la moyenne européenne. Dans les années précédant la crise, les chiffres étaient déjà élevés (19,7 % en 2007), mais une forte baisse du revenu des ménages due au chômage a empiré la situation.

Même si 2015 a été synonyme d’une légère amélioration, 750 000 familles vivent toujours sans revenu. En matière de protection sociale, les chiffres peignent également un tableau bien sombre. Le système espagnol est faible, commente le rapport, puisque de nombreux besoins fondamentaux ne sont pas garantis. Les dépenses publiques dans ce domaine sont de l’ordre de 25,9 % du PIB, soit en dessous de la moyenne européenne. Depuis 2010, les dépenses sociales ont été réduites, les politiques pour l’emploi ont été inefficaces et les services sociaux qui dépendent des communautés autonomes varient grandement.

Étant donné que l’Espagne s’est engagée à suivre l’objectif européen de réduction des risques de pauvreté de 1,4 million de personnes d’ici à 2020, et que le nombre de pauvres a augmenté de 2,3 millions de personnes entre 2008 et 2014, Madrid doit à présent aider 3,7 millions de personnes en moins de cinq ans. Pour tenir ses engagements, l’Espagne doit établir un système qui garantisse un revenu minimum pour tous les ménages et adopter un pacte d’État pour l’enfance (une initiative déjà défendue par l’UNICEF) qui donnera la priorité budgétaire aux enfants pour les empêcher de tomber dans la pauvreté ou l’exclusion sociale.

>> Lire : L’Espagne met l’eau au cœur du débat sur les ODD

Le troisième ODD a pour but de « permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge », mais en Espagne le droit aux soins de santé a été bafoué. Depuis la validation du décret royal 16/2012 en août 2012 ; environ 750 000 personnes, tous immigrants en « situation administrative irrégulière », sauf les enfants et les femmes enceintes, ont perdu leurs droits à des soins de santé gratuits, sauf en cas d’urgence. Et même cette dernière condition n’a pas toujours été respectée. Cette mesure a été décrite comme injuste par plusieurs organisations internationales, qui considèrent qu’elle ne fera qu’accroitre les cas d’urgence. En 2015, le gouvernement espagnol a annoncé qu’il rendrait ce droit aux immigrants illégaux, mais ne sait toujours pas comment.

Pour atteindre ses objectifs, l’Espagne doit donner à tous un accès universel aux soins de santé, quelle que soit leur situation administrative. Supprimer le décret d’août 2012 serait donc un pas dans la bonne direction. Les systèmes de soins de santé doivent être correctement financés afin de renverser la tendance des coupes budgétaires et des licenciements de personnel médical. Les dépenses publiques dans le secteur privé devraient aussi être réduites.

>> Lire : Les objectifs de développement durable sont-ils efficaces ?

 « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie » est le quatrième objectif. Ces dernières années, le taux de décrochage scolaire en Espagne a chuté, mais le taux de 2014 de 21,9 % dépasse encore l’objectif de 15 % d’ici à 2020. Les dépenses publiques dans l’éducation ont également diminué, et le chiffre pour 2013 de 4,31 % du PIB est en dessous de la moyenne européenne. Il existe d’autres lacunes, comme celles liées à la réussite scolaire, moins bonne que dans le reste de l’Europe. Madrid devra s’assurer que, d’ici à 2030, le taux de décrochage scolaire passe sous la barre des 10 %. Pour y parvenir, des ressources appropriées devront être allouées pour aider les élèves à terminer leur éducation.

>> Lire : Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

Selon le rapport, la crise a eu des conséquences sur l’égalité des genres, et étant donné que parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles est le cinquième objectif, l’Espagne va devoir redoubler d’efforts pour atteindre cet objectif. Le temps passé à s’occuper des tâches ménagères est encore inégal : les femmes y passent en moyenne 4,29 heures par jour, alors que les hommes n’y consacrent que 2,32 heures. En général, l’égalité des sexes et l’inclusion dans la vie publique ont progressé, mais les habitudes culturelles sexistes demeurent. Le facteur le plus préoccupant est la violence à l’égard des femmes, qui, selon le rapport, est « l’expression la plus brutale de l’inégalité ». En 2014, 136 742 femmes ont été victimes de violences conjugales et 54 femmes ont été assassinées.

Si l’objectif 2030 doit être atteint, le revenu d’une personne ne doit plus dépendre de son genre. L’Espagne devra se donner l’objectif intermédiaire de faire passer l’écart de rémunération de 19,3 % à 15 % d’ici à 2020. Les mesures visant à promouvoir l’égalité et éliminer les préjudices doivent aussi être étendues.

Le rapport se penche également sur la situation de l’Espagne dans d’autres domaines : réduction des inégalités dans et entre pays, consommation durable et modèles de production, lutte contre le changement climatique et renforcement du développement durable.