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24/01/2017

L’Espagne met l’eau au cœur du débat sur les ODD

Aide au développement

L’Espagne met l’eau au cœur du débat sur les ODD

Les enfants de ce village cambodgien sont en meilleure santé grâce à l'installation d'un nouveau puits

[Worldvision]

Malgré la crise financière, l’Espagne poursuit son engagement pour le développement. En insistant notamment sur les questions de l’eau et de l’assainissement. Un article d’EurActiv Espagne.

Madrid veut que l’eau et l’assainissement, un acquis pour les sociétés occidentales qui reste un luxe pour des millions d’êtres humains, soient placés au cœur du débat du programme post 2015 pour le développement.

Selon les chiffres de l’ONU, 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires convenables, et 11 % de la population mondiale, soit 780 millions de personnes, n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Un problème qui a de lourdes conséquences sur le développement économique et social, qui porte atteinte à la dignité humaine et qui a un effet néfaste sur l’environnement, expliquent des experts.

L’Espagne joue un rôle majeur dans le secteur, notamment grâce à un instrument puissant : le Fonds de coopération pour l’eau et l’assainissement (FCAS) pour l’Amérique latine et les Caraïbes, créé en 2007. Le fonds se concentre tout particulièrement sur les zones rurales et les régions « périurbaines » (situées entre le centre urbain et le paysage rural), où il est plus difficile d’avoir accès à l’eau.

Rôle clé pour l’eau et l’assainissement

Depuis sa création, le fonds a permis de promouvoir plus de 66 programmes dans 19 pays. L’investissement total s’élève à 1 276 millions d’euros dans cette région. Un total de 3 millions de personnes bénéficierait directement du FCAS, qui a un impact encore plus important puisqu’investir dans l’eau et l’assainissement est essentiel pour améliorer l’éducation, la santé et l’égalité des genres.

Même si l’Amérique latine a atteint la majorité des objectifs du Millénaire pour le développement actuels concernant l’accès à l’eau, l’accès aux installations sanitaires est encore problématique. Selon une étude réalisée par la CEPAL (la commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes), 60 % de la population de la région n’a pas accès à l’eau 24h/24, 50 % possèdent des installations sanitaires inadaptées et ne peuvent donc pas connecter leur foyer au réseau de distribution public d’eau potable, et seuls 30 % des eaux usées sont traitées correctement.

Pour Fernando Frutuoso de Melo, directeur général de la DG de la coopération internationale et du développement (DEVCO) à la Commission européenne, investir dans ce secteur est essentiel et peut aussi avoir un effet positif sur l’UE à long terme.

« Si vous voulez prendre au sérieux des enjeux comme l’accès à l’eau et aux installations sanitaires, la démographie, la migration ou le changement climatique, entre autres ODD, il faut reconnaitre que des investissements massifs sont nécessaires. Finalement, nous aurons tous une vie meilleure si et seulement si les gens ont aussi une vie meilleure en dehors de l’Europe. Les Européens savent cela. Investir dans le développement, c’est aussi investir dans nous-mêmes », a-t-il insisté.

Les objectifs pour le développement durable consistent en 17 objectifs et 169 cibles pour garantir la collaboration et les priorités de développement international jusqu’en 2030.

Cofinancement : un catalyseur pour les ODD ?

« Le cofinancement (privé-public) dans le secteur de l’eau et de l’assainissement peut jouer le rôle de catalyseur pour les nouveaux ODD pour 2030. Il faut construire des alliances stratégiques au sein des gouvernements, de la société civile, du secteur privé, des donateurs, car l’eau potable n’est pas un enjeu local c’est un enjeu universel », a ajouté le directeur de DEVCO.

Pour garantir l’aspect durable des prochains ODD, il est essentiel d’avoir un bon système de surveillance et de responsabilisation pour que chacun respecte ses engagements, a-t-il poursuivi. Le responsable de la DG DEVCO a pris la parole lors d’une conférence sur l’eau et l’assainissement le 8 juin à Madrid.

Selon les experts, pour améliorer l’accès à l’eau et aux réseaux d’assainissement après 2015, il serait nécessaire de créer davantage d’alliances stratégiques. Les futurs projets dans ce secteur devraient inclure un système de suivi adapté et une assistance technique complète.

Les nouveaux projets liés à l’eau et à l’assainissement dans le cadre des ODD devraient aussi avoir un « effet levier » pour d’autres sources de financement. Par ailleurs, des règles communes et un cadre réglementaire cohérent sont nécessaires afin d’accroitre la transparence, les compétences et l’efficacité.

La Bolivie s’interroge

S’adressant à EurActiv Espagne, René Orellana, ministre bolivien de la Planification et du Développement, s’est interrogé sur le financement des nouveaux ODD, un sujet qui sera débattu lors de la prochaine conférence sur le développement à Addis Abeba mi-juillet.

« Les ODD sont bien entendu une immense opportunité pour l’avenir, mais en même temps, ils représentent des défis colossaux. Où trouverons-nous tout cet argent public ? Personne n’a encore la réponse à cette question », a-t-il commenté. La Bolivie est un des principaux bénéficiaires et pays prioritaire du fonds de coopération espagnole.

Interrogé sur le rôle du secteur privé dans le développement, un des sujets majeurs du programme post 2015, René Orellana a répondu que personne ne devrait être autorisé à « commercialiser le développement ». « S’il vous plait, ne privatisez pas les droits de l’homme, l’accès à l’eau et l’assainissement ne sont pas négociables », a imploré le ministre.

La Bolivie est un bon exemple des projets liés à l’eau et à l’assainissement menés par le fonds de coopération espagnole. Le projet « accès à de l’eau potable, au réseau d’assainissement, formation à un mode de vie sain et autonomisation des communautés rurales en Bolivie » est déjà déployé dans 89 communautés rurales. Le projet, qui couvre la période 2010-2014, bénéficie à 22 100 personnes.

L’eau, l’assainissement et les objectifs de l’ONU

L’eau et l’assainissement constituent la cible numéro dix de l’objectif sept des OMD actuels. Son ambition était de diviser par deux le nombre de personnes n’ayant accès à de l’eau potable et à des sanitaires de base d’ici la fin de l’année.

L’eau, l’accès à des sanitaires décents et la santé sont également très étroitement liés. Plusieurs OMD actuels se penchent sur la question. L’objectif numéro quatre entend « réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans », l’objectif cinq a pour but d’« améliorer la santé maternelle » et l’objectif six « lutte contre plusieurs épidémies dont le SIDA », entre autres.

« L’eau est un facteur clé, un pilier essentiel du fonds de coopération espagnol », assure Gonzalo Robles, secrétaire général espagnol de la coopération internationale pour le développement. Ces politiques sont également directement liées à d’autres objectifs de développement, dont celles liées au genre, insiste-t-il. « Sans politique sur l’eau, de nombreuses filles dans le monde entier ne pourraient pas aller à l’école », rappelle-t-il. L’Espagne souhaite mettre l’eau et l’assainissement au centre des débats internationaux sur les objectifs post-2015.

Gestion durable de l’eau et de l’assainissement

Dans le cadre du processus de préparation du programme de développement post-2015, le Groupe de travail ouvert sur les objectifs de développement durable a présenté plusieurs propositions liées à l’eau et à l’assainissement dans un rapport remis à l’Assemblée générale de l’ONU en juillet 2014.

Ces propositions se penchent particulièrement sur l’objectif six, dédié à la gestion durable de l’eau et à l’assainissement. Les six cibles de cet objectif reprennent l’essentiel des recommandations pour l’eau de l’ONU.

Les objectifs 6.1 et 6.2 sont des améliorations significatives de l’engagement des OMD sur l’eau potable et l’assainissement. Les objectifs 6.3 et 6.6 sont quant à eux plus larges, puisqu’ils incluent la gestion des eaux usées, la qualité de l’eau, la gestion intégrée des ressources en eau, l’utilisation efficace de l’eau et les écosystèmes liés à l’eau.

Alliances stratégiques pour l’après 2015

Lors de la conférence de Madrid, Lina Pohl, ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles du Salvador a souligné l’importance des alliances stratégiques qui permettront de faire de l’eau et des sanitaires « une ressource durable » dans le cadre des ODD. « Nos efforts doivent se concentrer sur la gouvernance de l’eau, une meilleure planification et des infrastructures adéquates, qui permettront aux partenariats privés-publics de se former et de devenir plus efficace », estime-t-elle.

Le Salvador fait face à une « situation critique » en ce qui concerne l’eau potable et l’assainissement et doit mettre en place un plan d’action urgent. « L’eau d’aucune de nos rivières n’est de bonne qualité. La situation est critique », conclut-elle.

Contexte

Un manque d'investissement dans l'eau, l'hygiène et l'assainissement, associé à l'absence de programmes à l'échelle nationale, a entravé les progrès dans ces domaines, selon l'évaluation et l'analyse mondiale de l'assainissement et de l'eau potable de l'ONU.

Cette étude, fondée sur les données de 94 pays et de 23 agences d'aide, estime que 1,8 milliard de personnes boivent de l'eau non potable et qu'un milliard de personnes (dont 90 % vivent dans les zones rurales) défèquent à l'air libre.

Les objectifs du Millénaire pour le développement liés à l'eau et à l’accès aux sanitaires ne sont pas parvenus à attirer suffisamment l'attention des donateurs internationaux, qui préfèrent financer d'autres secteurs.

Du milliard de personnes qui font leurs besoins en plein air, 600 millions se trouveraient en Inde.

Le rapport souligne cependant que plus de 2 milliards de personnes ont acquis un accès à de l'eau propre ces 25 dernières années. Le nombre d'enfants qui meurent de maladies diarrhéiques, liées à de l'eau contaminée, est passé de 1,5 million en 1990 à environ 600 000 en 2012.

Prochaines étapes

  • 13-16 juillet : troisième conférence sur le financement du développement à Addis-Abeba, Éthiopie.
  • 25-27 septembre : sommet des Nations unies à New York pour adopter les objectifs pour le développement durable.
  • Du 30 novembre au 11 décembre 2015 : conférence sur le changement climatique de l'ONU à Paris.

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