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27/07/2016

L’expertise internationale française tente de s’imposer face à l’Allemagne

Aide au développement

L’expertise internationale française tente de s’imposer face à l’Allemagne

L'agence d'expertise technique allemande a travaillé sur l'élaboration des normes des énergies renouvelables en Afrique du Sud.

[Andrij Bulba/Flickr]

L’agence d’expertise technique à l’internationale, Expertise France, ambitionne de devenir un acteur européen. Dans ce secteur dominé par l’Allemagne, la coordination européenne peine à émerger.

L’expertise technique française à l’international a son agence depuis un an. Expertise France, issue de la fusion de différents bureaux d’expertise internationale, offre un appui aux pays en développement pour renforcer leurs capacités sur des thématiques aussi variées que les finances publiques, le développement durable ou la bonne gouvernance.

Un outil d’aide au développement qui vient compléter, et surtout mettre en œuvre, les aides financières dont bénéficient les pays du Sud.

Lire : La France réorganise son expertise technique internationale

Mais la route est encore longue avant de s’imposer comme un « champion européen », l’objectif affiché par ses dirigeants.

Mastodonte allemand

Avec un chiffre d’affaires à 130 millions d’euros en 2015, soit une progression de 15 % sur un an, Expertise France attend une hausse de 20 % de l’activité en 2016. Un volume qui laisse l’agence loin derrière l’agence d’expertise allemande dont le chiffre d’affaires atteint 1,8 milliard d’euros.

L’agence de coopération technique allemande, la GTZ, est « le mastodonte européen du secteur » souligne Jean-Christophe Donnellier, président du Conseil d’Administration d’Expertise France.

>>Lire : La France aide les îles Fidji à rédiger leur contribution COP21

Ailleurs en Europe, des agences plus petites existent comme en Espagne, « mais on voit progressivement émerger des agences de coopération technique un peu partout en Europe : au Portugal au Royaume-Uni, en Belgique et en Italie. Même les Scandinaves veulent organiser leur expertise internationale alors qu’ils avaient complètement abandonné le terrain » détaille Jean-Christophe Donnellier

Ambition européenne

Expertise France tire pour l’instant 40 % de ses fonds de l’Union européenne. Et la mise en œuvre du fonds fiduciaire européen pour l’Afrique, lancé par la Commission européenne pour faire face aux causes profondes des migrations, devrait accentuer la tendance.

« Nous avons pour ambition de présenter un projet afin de travailler sur la restauration des services publics et sur la gestion des frontières sur la zone entre le Burkina Faso et le Mali. Ce serait un projet pilote destiné à être dupliqué dans d’autres zones », explique Sébastien Mosneron Dupin, directeur général d’Expertise France

>>Lire : L’UE débloque 1,5 milliards pour les migrants d’Afrique

« En matière de coopération, nous sommes autant le bras armé du gouvernement français que de la Commission européenne » affirme-t-il.

Meilleure coopération européenne

Dans le domaine de l’expertise, la coordination de l’action européenne reste pourtant relativement faible. Aucune agence européenne n’existe en la matière, et le sujet un moment porté par Bruxelles a été abandonné.

« Il y a eu des tentatives de la Commission pour porter le projet d’une agence d’expertise européenne, mais plusieurs pays – dont l’Allemagne – s’y sont opposés » explique Jean-Christophe Donnellier.

Et pour cause, la concurrence peut être rude entre les États membres. Outil d’aide au développement, la coopération technique est aussi un des meilleurs ambassadeurs commerciaux qui soient.

>>Lire : La politique de développement au service de la « puissance d’influence française »

« Quand on exporte à l’international l’expertise française sur les partenariats public-privé ou sur les normes, cela permet de créer un écosystème favorable aux entreprises » explique Sébastien Mosneron-Dupin.

Ce meilleur cadre pour les entreprises françaises est d’ailleurs le meilleur retour sur investissement possible. Ce que l’Allemagne a encore une fois bien compris.

« Quand l’Allemagne investit pendant 10 ans sur l’accompagnement du développement des normes des énergies renouvelables en Afrique du Sud, c’est pour ensuite remporter tous les appels d’offres du secteur »,  affirme Sébastien Mosneron-Dupin.

Contexte

La loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale doit donner le cadre général de la politique française de développement et permettre au gouvernement de rendre compte chaque année de son bilan en la matière devant les parlementaires.

La France est le quatrième contributeur mondial d'Aide publique au développement (APD). Le montant total de son APD va dépasser les 10 milliards d’euros en 2014. Mais avec 0,48 % de son Revenu National Brut consacré à l'APD en 2014, la France reste encore loin de l'objectif de 0,7%.

Plus d'information

France

  • Projet de loi d'orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale – mai 2014
  • Expertise france