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28/08/2016

L’Inde accuse l’OCDE de surestimer les financements climatiques

Aide au développement

L’Inde accuse l’OCDE de surestimer les financements climatiques

Ravi Prasad, négociateur en chef de l'Inde, appelle à un accord de Paris «juste, équitable, durable et ambitieux». [IISD]

Les représentants indiens ont accusé l’OCDE de surestimer les sommes octroyées aux pays pauvres pour lutter contre les effets du réchauffement climatique. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Dans un rapport récent, l’OCDE indique que les pays développés ont mobilisé en moyenne 57 milliards de dollars par an pour l’aide climatique en 2013 et 2014.

Un document publié la semaine dernière par le ministère de l’Économie indien estime le rapport de l’OCDE – aussi appelé « club des riches » parce qu’elle est financée par les 23 pays les plus riches du monde – était « profondément biaisé » et « partiellement correct, tout au plus ».

Dans l’avant-propos du document, Shaktikanta Das, le ministre de l’Économie souligne que l’OCDE a « exagéré les progrès » réalisés dans le financement de la lutte contre les effets du changement climatique.

Le financement climatique est un sujet très important des négociations de la COP 21, à Paris. L’ambassadrice française à la COP a d’ailleurs prévenu que cette question était la principale pierre d’achoppement de la conférence.

En 2009, lors du sommet de Copenhague, les pays développés avaient promis de rassembler près de 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement climatique et ses conséquences parfois désastreuses.

Le ministère indien trouve « contestables » les résultats des recherches de l’OCDE, selon lesquels les deux tiers des financements prévus ont été attribués. 

« La méthodologie utilisée ne correspond pas à la littérature et aux bonnes pratiques dans le secteur et déforment la réalité. Il a été impossible de mettre sur pied des vérifications indépendantes et rigoureuses puisque seuls les chiffres agrégés figurent dans le rapport, ce qui constitue un manque de transparence », indique le document indien, qui ajoute qu’« aucune consultation sérieuse des pays en développement n’a été réalisée ».

Les représentants indiens estiment que le montant réellement mobilisé par les pays riches pourrait ne s’élever qu’à 2,2 milliards de dolalrs, et non 57 milliards.

« Ce chiffre est bien éloigné de l’objectif de 100 milliards par an », font remarquer les auteurs du document, qui stipule toutefois que « les opinions et analyses contenues dans ce document de discussion ne reflètent pas nécessairement les opinions du gouvernement indien ».

« La conférence de Paris et les négociateurs devraient donc s’inquiéter de la crédibilité du nouveau rapport de l’OCDE », conclut le document, cité par les représentants indiens à la COP 21. Le rapport du groupe de réflexion, publié en octobre, est en effet devenu la référence des pays riches pour les négociations, qui le citent pour prouver que des progrès ont été réalisés.

« Les estimations montrent bien que des progrès considérables ont été réalisés », a ainsi déclaré Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères. « Nous devons concentrer nos efforts pour trouver les 40 milliards restants. »

Cet affrontement reflète le manque de confiance entre les pays riches et les pays pauvres sur la manière dont les financements climatiques sont comptabilisés.

South Centre, une organisation intergouvernementale de pays en développement, partage les inquiétudes de l’Inde et a déclaré que son analyse préliminaire laissait également penser que l’OCDE avait déformé la réalité.

« Les données utilisées par l’OCDE ne sont pas disponibles. Si les pays de l’OCDE ont versé tant d’argent, pourquoi le fonds d’adaptation de l’ONU mendie-t-il des fonds ? Pourquoi le fonds des pays les moins développés est-il vide ? Où est cet argent ? Les fonds [comptabilisés] devraient être neufs [et non recyclé de financements existants], supplémentaires et prévisibles. Où sont-ils ? », interroge la chercheuse Mariama Williams, de South Centre.

L’OCDE a vivement récusé les accusations d’opacité. Simon Buckle, responsable du changement climatique à l’OCDE et auteur principal du rapport, assure que l’organisation avait été entièrement transparente et que ses estimations étaient les plus informées à ce jour.

« Notre rapport est une tentative de donner une estimation solide et transparente des progrès réalisés en ce qui concerne la contribution de 100 milliards de dollars par an des pays développés et se fonde sur les rapports soumis par ces pays à la CCNUCC et sur les méthodes utilisées par les banques de développement multilatérales pour évaluer leurs financements climatiques. L’engagement des pays développés inclut explicitement les financements de toute une série de sources, publiques et privées, bilatérales et multilatérales », souligne-t-il.

« Nous comprenons que ce sujet est éminemment politique. Ce n’est pas à l’OCDE de déterminer ce qui peut ou ne peut pas être comptabilisé dans les 100 milliards de dolalrs », a-t-il ajouté. « Nous avons été rigoureux et transparents sur les sources comptabilisées. Les pays développés font déjà des rapports sur leurs financements climatiques depuis 2011. Notre rapport apporte de la transparence à leurs pratiques et fournit des estimations solides des flux multilatéraux. Cette estimation est bien plus précise et fiable que toutes les autres qui existent à ce jour. »