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22/01/2017

L’ONU défend une taxe sur le tabac pour financer le développement durable

Aide au développement

L’ONU défend une taxe sur le tabac pour financer le développement durable

Tripler les taxes sur les cigarettes dans les pays pauvres permettrait de réduire la consommation d'environ 40%.

Crédit : [ Lucky Team Studio/ Shutterstock.com]

Le programme d’action d’Abbis-Abeda recommande d’affecter les taxes sur le tabac aux objectifs de développement durable. Aux Philippines, une hausse de 340 % des droits d’accise a permis le financement de l’assurance maladie universelle du pays. 

Plus de taxes, moins de fumeurs, moins de malades et donc plus de productivité et de recettes, voici une des stratégies clés de l’ONU pour financer les objectifs de développement durable (ODD) pour l’après 2015.

Plusieurs études ont montré l’importance de la taxation du tabac pour la santé publique. Dans la plupart des pays à revenu faible et intermédiaire, tripler les droits d’accise sur le tabac multiplierait par deux le prix des cigarettes et réduirait la consommation d’environ 40 %, selon l’Organisation mondiale de la santé. 

Dans le cadre d’une stratégie de prévention et de contrôle des maladies non transmissibles, « les prix et les mesures fiscales pesant sur le tabac peuvent être un moyen efficace et important de réduire la consommation de tabac et donc les coûts de soins de santé et ces mesures pourraient dégager un flux de recettes qui permettraient de financer le développement dans beaucoup de pays », souligne le document final de la Conférence internationale sur la financement du développement, qui a eu lieu à Addis-Abeba du 13 au 16 juillet 2015.

Le tabac dans les ODD

Une des cibles de l’objectif numéro 3 des ODD, qui concerne la santé, est de «  renforcer dans tous les pays l’application de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte anti-tabac (FCTC) ».

« Nous exhortons tous les pays du monde à renforcer leur engagement et à faire de la mise en place de la FCTC de l’OMS une priorité pour le développement et la santé », a déclaré Vera Luiza de Costa e Silva, secrétaire générale de la Convention.

Le tabac est un facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires, le cancer et les maladies respiratoires chroniques, entre autres. Environ une personne meurt d’une maladie liée au tabac toutes les 6 secondes, soit environ 6 millions de personnes par an dans le monde.

>> Lire : Dix pays défendent le paquet neutre face au lobby du tabac

Selon l’OMS, le tabagisme est à la hausse, et si les pays ne changent pas de stratégie, le tabac sera responsable de 150 millions de morts d’ici à 2030 (soit 8 millions par an).

Par ailleurs, les chercheurs estiment que les pertes économiques attribuées au tabac, et aux maladies qu’il engendre, s’élèvent à 12,7 mille milliards de dollars (11,5 mille milliards d’euros) ces 20 dernières années. Ainsi, les répercussions économiques et la perte de productivité aggravent l’impact que le tabac peut avoir sur la pauvreté d’un pays et sur son développement durable.

Pays pionniers

Dans un rapport intitulé « les avantages économiques et sanitaires de la taxation du tabac » la FCTC et l’OMS prennent pour exemple les politiques de la France et des Philippines, entre autres.

Grâce à une forte hausse des taxes sur le tabac à partir des années 1990 en France, le prix des cigarettes a triplé et, à partir de 2005, la consommation de tabac a diminué de moitié, passant de 6 cigarettes par adulte par jour à 3 cigarettes par jour. Par ailleurs le taux de cancer a fortement diminué et les recettes liées à la taxation du tabac sont passées de 6 milliards d’euros à 12 milliards d’euros en 2005.

>> Lire : La France plus ambitieuse que l’UE contre le tabac

Le cas des Philippines est aussi très parlant. En 2013, le gouvernement a adopté la loi Sin Tax prévoyant une hausse des droits d’accise sur le tabac de 340 %. Dans un pays qui comptait 17,3 millions de fumeurs, la loi a été promue comme une mesure de santé publique et a révolutionné le paysage sanitaire des Philippines. Au cours de la première année, 1,6 milliard de dollars de recettes ont été collectés, dont 85 % ont été dédiés au financement du programme d’assurance maladie universelle du pays.

Au niveau européen, la directive 2012/64/UE impose aux États membres de percevoir un taux de droits d’accises d’au moins 60 % sur les cigarettes. Les États membres sont libres d’appliquer des taux d’accises supérieurs en fonction de leurs besoins nationaux, explique la Commission européenne. C’est le cas de la France, par exemple, qui a établi un taux d’accise de 80,85 %.

Contexte

En septembre 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies doit adopter les futurs Objectifs de développement durable (ODD), qui prendront la suite des 8 objectifs du millénaire pour le développement, qui arrivent à échéance cette année. Un cadre international destine? a? mobiliser les efforts de tous les pays pour rendre la planète durable et équitable avant 2030.