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11/12/2016

L’UE envisage de suspendre son aide à la Palestine en cas de statu quo

Aide au développement

L’UE envisage de suspendre son aide à la Palestine en cas de statu quo

Colonie de Har Homa dans la zone C de Cisjordanie [Ammar Awad/Reuters]

ÉDITION SPÉCIALE / L’UE s’impatiente face à la lenteur du processus de création d’un État palestinien. Si aucun progrès n’est fait, l’aide européenne pourrait s’interrompre d’ici 3 à 4 ans, selon certains fonctionnaires européens.

La Palestine connait une grave crise humanitaire et est depuis des années tributaire de l’aide internationale. Le budget de l’aide de l’Union aux territoires palestiniens occupés et l’autorité palestinienne s’élève à 500 millions d’euros, ce qui fait d’elle le premier donateur international dans la région. L’objectif de l’aide européenne était à l’origine d’assurer l’émergence d’un accord sur deux États. Cependant le processus semble bloqué et ne trouver aucune issue.

Le nombre de colonies israéliennes en Cisjordanie a triplé en l’espace de deux décennies. Le nombre de Palestiniens déplacés, et dont le foyer a été détruit, a bondi de 50 % l’an passé. Par conséquent, les négociations de paix piétinent, ce qui a pour conséquence de remettre sérieusement en cause le bien fondé de ces aides.

« Dans la zone C de la Cisjordanie, il est difficile de trouver les traces d’un projet d’édification d’un État palestinien. En revanche, il est aisé de constater l’édification systématique de nouvelles colonies », a déclaré à EurActiv un haut fonctionnaire européen.

« Il est clair que notre politique n’est pas durable sur le moyen terme s’il n’y a pas d’avancée politique. L’argent seul a échoué [à faire émerger un accord] », explique un autre fonctionnaire européen. « L’objectif, rappelle-t-il, de cette aide était d’accompagner le processus politique, mais ce n’est pas vraiment ce qui est en train d’arriver ».

À la question de savoir ce qu’il entendait par « moyen terme », celui-ci a répondu : « Selon moi, d’ici 3 à 4 ans. Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à dépenser de l’argent en Palestine sans qu’il y’ait de résultats ».

Un récent rapport d’évaluation de la DG coopération internationale, aide humanitaire et réaction aux crises de la Commission européenne, montre que malgré le soutien de l’UE, peu d’actions ont été entreprises pour lever les obstacles empêchant la création d’un État palestinien. Les auteurs les énumèrent : « l’occupation israélienne et les politiques de colonisation, […]  la séparation politique de la Cisjordanie et de la bande de Gaza ».

« Sans mesures effectives en vue de supprimer ces obstacles, l’UE a peu de chances d’atteindre son but qui est la création de deux États distincts », affirme le rapport.

Le document propose d’adopter une approche axée sur des résultats en matière d’approvisionnement d’aide et de subventions, ce que certains bénéficiaires sont prêts à accepter.

Blocus et occupation

« L’aide humanitaire sans encadrement politique ne sera jamais aussi efficace que […] les efforts humanitaires qui font clairement partie d’un processus politique », a expliqué à EurActiv Christopher Gunness, porte-parole de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

« S’attaquer aux facteurs à l’origine du conflit [israélo-palestinien] – le blocus et l’occupation – permettrait à l’argent du contribuable européen d’être mieux dépensé, et rendrait toute action d’urgence inutile », a-t-il ajouté.

L’aide européenne destinée aux territoires occupés, dont une grande partie est utilisée pour rémunérer les fonctionnaires de l’autorité palestinienne, a fait l’objet de vives critiques par certains Palestiniens qui considèrent que l’action de l’Union crée artificiellement une économie construite de toute pièce par les ONG dans certaines villes, à l’instar de Ramallah, ce qui provoque une hausse des loyers et exclue les populations locales.

D’une façon plus générale, ils affirment que cette aide européenne contribue à maintenir l’occupation israélienne en payant une facture qui autrement incomberait à Israël.

Du côté de l’UE, on considère au contraire que l’aide dispensée permettrait de maintenir l’autorité palestinienne en place malgré une situation difficile d’une part, et, d’autre part, elle permettrait à l’UNRWA de donner l’accès aux Palestiniens les plus pauvres à des soins de santé, à des denrées alimentaires et à l’éducation.

L’ombre de l’austérité

À l’heure où l’Europe est frappée de plein fouet par l’austérité, le maintien du statu quo est remis en question, notamment par les courants libéraux.

Pieter Cleppe, directeur de Open Europe Brussels, a ainsi déclaré à EurActiv que «l’UE devrait étroitement suivre la manière dont sont employés les fonds européens et devrait cesser de les verser s’ils n’apportent aucun résultat, contribuent à maintenir un régime controversé, ou quand il est difficile d’en garantir un usage efficace et responsable ».

Celui-ci, pour étayer son discours, a cité un audit indépendant réalisé pour le compte de la Commission européenne qui ne pouvait pas certifier avec certitude la manière dont avaient été dépensés 40 millions d’euros d’aide destinée à l’autorité palestinienne.

Plus problématique pour l’UE est la question de dédommagement par Israël pour des projets d’infrastructures financées par l’UE et qui ont été endommagées, détruites ou encore réquisitionnées par les forces israéliennes. Ce point fait encore l’objet de discussions à Bruxelles au sein des différentes commissions. Les questions juridiques relatives à la propriété de projets finalisés ont ralenti le processus décisionnel au sein du Conseil européen. Mais la volonté d’agir est toujours là.

L’argent des contribuables

« L’UE devrait se montrer plus ferme, au nom de ses contribuables, et réclamer des dédommagements à chaque fois qu’un état détruit une infrastructure qui lui appartient », suggère Pieter Cleppe. « Dans le cas où une infrastructure a fait l’objet d’une donation, c’est-à-dire que l’Union n’en est plus propriétaire, alors elle pourrait soutenir l’action en réparation du nouveau propriétaire ».

« Les États membres qui investissent  – notamment dans la zone C [des territoires palestiniens occupés]- doivent justifier auprès de leurs contribuables la manière dont leur argent est dilapidé », affirme de son côté un fonctionnaire européen venant appuyer les propos de Pieter Cleppe. « Les États membres ont conscience qu’ils doivent aborder la question avec les Israéliens d’une façon systématique et si possible à l’unisson ».

Le point le plus crucial, ajoute-t-il, est celui de «l’impossibilité » pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construction dans la zone C, soit 60 % du territoire cisjordanien contrôle par l’État d’Israël. En comparaison, les demandes d’autorisation de construction pour les nouvelles colonies israéliennes, par exemple les 400 hectares de terres palestiniennes cédées dernièrement près du groupe de colonies israéliennes Goush Etzion, ont été faciles à obtenir.

« Nous demandons depuis longtemps aux Israéliens d’autoriser les Palestiniens à construire leurs propres usines à eaux, bâtiments et abris sans risquer leur démolition. Sans cela, nous nous enfonçons dans un cercle vicieux », poursuit-il.

Dans le cadre du droit international, il est en effet « très difficile de justifier les démolitions israéliennes des puits d’eau », fait-il par ailleurs remarquer.

Un diplomate occidental est plus direct encore. « La situation n’est tout simplement pas tenable », selon lui. « C’est un gaspillage total d’argent. Utiliser l’argent du contribuable européen pour construire des maisons qui sont après détruites par l’armée israélienne […] n’est clairement pas la manière dont l’Europe devrait utiliser les recettes fiscales à l’heure où la crise financière sévit ». 

Contexte

Israël a occupé la Bande de Gaza et Jérusalem Est suite à la guerre des Six Jours de juin 1967 et a presque tout de suite après entamé la construction de colonies pour y installer des juifs israéliens. Ces colonies sont considérées comme illégales par la Cour internationale de justice et la communauté internationale.

Les colons arguent que les juifs ont vécu sur ces terres il y a bien longtemps et plus récemment suite aux premières vagues de migration sioniste à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Ils affirment que leurs actions s'inscrivent donc dans la continuité.

  Depuis le début du processus d'Oslo, le nombre de colonies a plus que triplé.Lors des discussions d'Oslo, le nombre de colons a plus que triplé atteignant environ 500 000 personnes, dont 300 000 colons dans 121 colonies et une centaine de bastions dans la Bande de Gaza et 200 000 à Jérusalem Est,selon les estimations de l'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'tselem.

Ces colonies « sont connectées entre elles et à Israël par un réseau élaboré de routes » qui, en plus des zones de sécurité, des postes de contrôle et des murs, permettent de contrôler efficacement 42 % des terres palestiniennes et confinent les Palestiniens dans des ghettos, affirme l'ONG.

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