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28/05/2016

L’Unicef s’alarme de la progression des excisions

Aide au développement

L’Unicef s’alarme de la progression des excisions

Les mutilations génitales féminines, un problème loin d'être éradiqué, selon l'Unicef.

[DFID/Flickr]

Chaque année, un million d’enfants et de jeunes filles sont victimes de mutilations génitales. Malgré l’interdit, le nombre de cas augmente dans certains pays, selon Unicef. La Commission s’inquiète de l’ampleur du problème en Europe. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le nombre de femmes victimes de mutilations génitales est affolant, notamment dans l’UE. Selon les estimations récentes de l’Unicef, il y aurait 200 millions de jeunes filles excisées dans le monde. Depuis 2014, le nombre de victimes a augmenté de 70 millions, une hausse dramatique liée notamment à l’accroissement de la population et au fait que l’agence a à présent accès à des données pour l’Indonésie.

La mutilation génitale féminine (MGF) est particulièrement répandue dans certaines régions d’Afrique et du Moyen-Orient. Elle est souvent réalisée avant les 15 ans de la jeune fille, et parfois déjà sur les nouveau-nées ou enfants en bas âge. La MGF consiste à enlever totalement ou partiellement les organes génitaux externes (clitoris, lèvres), le plus souvent sans anesthésie et à l’aide d’instruments grossiers, comme une lame de rasoir ou un morceau de verre brisé. Infections, perte de sang, complications lors de l’accouchement et douleurs lors de l’acte sexuel, les conséquences de cette mutilation sont nombreuses et affectent souvent les victimes toute leur vie. Nombre d’entre elles n’y survivent pas.

Le récent rapport d’Unicef rassemble des données récoltées dans 30 pays, généralement musulmans, où la MGF est pratiquée. La moitié des victimes sont éthiopiennes, égyptiennes et indonésiennes.  Dans certains pays, comme le Mali et la Côte d’Ivoire, leur nombre est en nette augmentation. En Somalie, quelque 98 % des femmes entre 15 et 49 ans souffrent des conséquences de MGF.

Si la tendance actuelle persiste, le nombre de victimes continuera d’augmenter de manière significative dans les 15 années à venir, explique Geeta Rao Gupta, directrice adjointe d’Unicef. « Il est nécessaire de déterminer l’ampleur exacte du phénomène et d’éliminer cette pratique », assure-t-elle.

Renate Bähr, directrice de la World Population Foundation, souligne l’importance des droits de la femme et d’une bonne communication. « Les lois ne suffisent pas. Il est essentiel que les filles et femmes soient traitées de manière équitable. Si les communautés ne comprennent pas que les mutilations génitales ont des conséquences graves pour les filles, cette tradition cruelle ne cessera pas », regrette-t-elle.

En décembre 20112, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution pour l’interdiction de la mutilation génitale féminine. Si elle est interdite dans la plupart des pays, peu de condamnations liées à la MGF sont prononcées.

Un demi-million de victimes en Europe

En Europe, le risque de MGF est en hausse. Selon la Commission, 500 000 femmes en seraient victimes dans l’UE. L’exécutif européen reconnait pourtant que les données disponibles sont limitées et que notre compréhension du phénomène et de sa pratique est incomplète.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE, V?ra Jourová, commissaire à la justice et à l’égalité des genres et Neven Mimica, commissaire à l’aide au développement, ont tous trois appelé à une meilleure communication auprès des membres des communautés locales, indépendamment de leur culture, milieu et genre. « Un dirigeant local qui dénonce publiquement cette pratique peut avoir une grande influence sur sa communauté », assurent-ils dans un communiqué de presse. En 2015, l’UE a publié un rapport sur les actions en justice liées à la MGF.

Le Parlement européen a pour sa part demandé à la Commission de préparer un programme de lutte contre cette pratique. « Toutes les six minutes, une femme ou un enfant est victime de mutilation génitale. Cette pratique a des conséquences médicales et psychologiques graves et certaines des victimes en meurent », dénonce Gesine Meißner, porte-parole du Parti libéral-démocrate (affilié à l’ALDE) au Parlement.

L’augmentation de femmes mutilées en Europe est liée à l’afflux de réfugiés provenant de pays où la MGF est encore pratiquée.

L’UE a déjà alloué des fonds à cette cause, via le programme Daphne et le fonds pour l’asile et l’immigration. Ces financements doivent servir à la communication et à des formations épaulées par le Service européen pour l’action extérieure et à la gestion de cas au sein de l’UE. 

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