La Birmanie renforce ses liens avec l’UE avant des élections

Pagode de Shwedagon, à Yangon. [Jorge Valero]

La Birmanie avance à petits pas vers la fin de près d’un demi-siècle de régime militaire. La campagne pour les premières élections libres, qui se tiendront le 8 novembre, a commencé le 8 septembre. Reportage à Rangoun. 

Comme la Banque asiatique de développement (BAD) l’a souligné dans un rapport en juillet dernier, l’immense potentiel de la Birmanie pourrait aussi bien être son talon d’Achille.

Pour Aung Kahm Kyaw, la Birmanie a toujours été tiraillée entre ses forces et ses faiblesses. Dans son petit bureau moderne de la capitale, Yangon, ex Rangoun, qu’il loue à un investisseur, le jeune entrepreneur de 23 ans explique à EURACTIV qu’il veut rester dans son pays, même si un emploi bien rémunéré lui a été offert à Berlin. Pourtant, ce vendeur en ligne autodidacte ne s’attend pas à un « grand changement » en Birmanie dans les dix prochaines années, car « l’éducation est encore un défi majeur et le gouvernement ne fait rien pour améliorer la situation ».

Croissance remarquable

Même si l’économie a enregistré une forte croissance ces trois dernières années (environ 8,5 % du PIB en 2014-2015), le gouvernement militaire a dépensé moins de 1 % du PIB dans l’éducation pour les 51,5 millions d’habitants que compte le pays.  « Les faibles dépenses publiques dans la santé et dans l’éducation font obstacle à la construction de fondations solides pour la croissance », a prévenu la BAD.

Toutefois, ce n’est pas le seul défi que doit relever la Birmanie. Les violences ethniques, l’exclusion sociale de la minorité Rohingya, et les catastrophes naturelles, certes sporadiques, mais tout de même graves, sont les principaux obstacles qui empêchent la Birmanie de devenir un pays à revenu intermédiaire.

À Yangon, un diplomate de l’UE a expliqué à EURACTIV que le problème des minorités était un « important facteur de risque » qui pourrait faire de la « mauvaise publicité » au pays et pourrait mettre en péril l’intégration de la Birmanie dans la région de l’Asie du Sud-Est.

Pourtant, pour prospérer, le pays regarde plus loin que dans son voisinage. Selon les diplomates européens, la junte souhaite que l’UE apporte croissance et investissement dans le pays, ce qui permettra de limiter l’influence dominante de la Chine sur l’économie birmane.

Dans le cadre de l’engagement de l’UE dans le pays, Bruxelles est en effet en train de négocier un accord d’investissement avec Rangoun.

Par ailleurs, la Commission électorale du pays a invité l’UE à observer les prochaines élections. L’UE soutiendra le pays grâce à une équipe de surveillance, à un programme d’éducation des électeurs et de sensibilisation publique ciblant les minorités, et au développement de la capacité des médias.

Opportunités pour l’UE

Les ministres européens des Affaires étrangères ont affirmé en juillet que les élections seraient « l’occasion de confirmer que les réformes sont irréversibles ». « Nous sommes régulièrement en contact avec toutes les parties prenantes, c’est-à-dire la commission électorale de l’Union de Birmanie et les partis politiques, dont la Ligue nationale pour la démocratie de Aung San Suu Kii », a déclaré Maja Kocijancic, porte-parole du service européen pour l’action extérieure.

Les citoyens birmans ne croient pourtant pas aux bonnes intentions de leurs dirigeants. La charismatique dirigeante de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kii, mère de deux enfants britanniques, n’a pas le droit de se présenter à la présidence, car une disposition constitutionnelle exclut les candidats ayant des enfants étrangers.   Quoi qu’il en soit, son parti a de fortes chances de remporter les élections.

Le président sera nommé par les députés, eux-mêmes élus lors d’un scrutin. Comme l’a rapporté la presse birmane en juillet dernier, les anciens généraux au Parlement, désormais impuissants, et l’actuelle administration courtisent les vainqueurs potentiels pour s’assurer un avenir.

Malgré cela, Aung San Suu Kii a déclaré dans une vidéo que « pour la première fois depuis bien longtemps, notre peuple aura une chance réelle de changer les choses ».

Toutefois, les sauveurs tout puissants ne sont pas les Européens. Dans cette nation bouddhiste, le Président des États-Unis, Barack Obama, qui s’est rendu en Birmanie deux fois depuis qu’il est au pouvoir, est vu par certains comme un nouveau prophète.

« Aung San Suu Kii a été libérée grâce à lui », insiste Koko, une jeune étudiante en Économie à Rangoun, qui donne un coup de main dans un monastère.  « En plus, Barack Obama est né un vendredi, comme Bouddha ». 

Contexte

Depuis début 2011, la Birmanie a emprunté le chemin des réformes politiques et économiques, après 50 ans de dictature. Le gouvernement s’est engagé à instaurer une véritable démocratie, et certaines étapes importantes ont déjà été franchies pour établir une société plus ouverte et équitable.

La libération de Aung San Suu Kii, la cheffe de l’opposition, et le retour de son parti sur la scène politique ont été d’autres pierres angulaires de la transition pacifique vers la démocratie et ont insufflé un dynamisme positif dans la vie politique.

Les mesures restrictives imposées par l’UE au gouvernement ont été suspendues en avril 2012 et levées en 2013 (sauf l’embargo sur les armes), afin d’accueillir et d’encourager le processus de réforme.

>> Lire : L’UE impose des sanctions sur les matières premières birmanes

Le parti de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) craint toutefois qu’une éventuelle victoire lors des élections ne mette pas un terme au règne militaire. En 1990, la junte avait déjà ignoré la victoire écrasante du parti lors des élections générales. Suite à cela, la LND a boycotté les dernières élections de 2010. Par ailleurs, de nombreuses irrégularités ont déclenché les inquiétudes de la communauté internationale.

Malgré les obstacles encore présents, un rapport de la Banque asiatique de développement souligne que, cette fois-ci, « l’espoir et l’optimisme sont palpables chez le peuple birman, qui souffre depuis longtemps et se tourne enfin vers la prospérité et la liberté ».

Selon la BAD, dans un scénario de croissance ambitieux, mais néanmoins réalisable, et étant donné le fort potentiel économique du pays, la Birmanie pourrait enregistrer un taux de croissance de 9 à 10 %. Le pays pourrait ainsi obtenir le statut de pays à revenu intermédiaire dans 15 ans, comme la Thaïlande. Dans un scénario plus réaliste, avec une croissance de 7 à 8 %, le pays pourrait atteindre le même statut que l’Indonésie ou le Sri Lanka.

Prochaines étapes

  • 8 novembre : Élections générales.
  • Février 2016 : Dernier délai pour la nomination du nouveau président. 

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