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24/01/2017

La Commission veut associer sécurité et développement

Aide au développement

La Commission veut associer sécurité et développement

Neven Mimica : l'UE ne peut pas aider ses partenaires à lutter contre la pauvreté sans prendre en compte l'aspect sécuritaire. [Parlement européen]

La Commission Juncker a présenté de nouvelles propositions pour renforcer les liens entre la sécurité et le développement dans les actions extérieures de l’Union européenne. Deux domaines autrefois séparés sous la Commission Barroso. 

La haute-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini et le commissaire au développement, Neven Mimica, ont soumis de nouvelles propositions sur la façon d’aider les pays partenaires et les organisations régionales à éviter et gérer tous types de crises sécuritaires en utilisant les instruments de l’UE et des États membres.

Cet effort reflète la volonté de la nouvelle Commission, menée par Jean-Claude Juncker, de coordonner l’action européenne et de la rendre plus cohérente. Sa priorité politique est de rendre l’Europe plus forte sur la scène internationale.

En juillet 2014, quand Jean-Claude Juncker était encore candidat, il avait précisé dans ses orientations politiques :

« Je crois que nous ne pouvons pas nous satisfaire de notre politique étrangère actuelle. Nous avons besoin de mettre en place de meilleurs mécanismes pour anticiper les événements dès leurs prémices et élaborer rapidement des réponses communes. Nous devons être plus efficaces en regroupant les outils de l’action extérieure de l’Europe. La politique commerciale, l’aide au développement, notre participation dans les institutions financières internationales et notre politique de voisinage doivent être combinées et activées dans une seule et même logique. »

Cette proposition survient dans un contexte de conflits accrus dans le voisinage européen, qui viennent éroder les efforts de développement et accentuer la pression migratoire sur l’Europe. Comme l’a déclaré récemment un diplomate de l’UE, les nouvelles arrivées de migrants sont insoutenables économiquement et politiquement, et risquent de détruire l’UE.

>> Lire : Le traitement de la crise migratoire fait l’impasse sur l’aide au développement

La Commission reconnaît que l’UE devrait assister les pays partenaires plus efficacement pour qu’ils puissent développer leur capacité à veiller sur leurs propres sécurité et développement. Elle propose aussi des pistes pour mieux s’adapter aux nouvelles menaces et défis, tels que le terrorisme ou le crime organisé, grâce aux outils actuels.

Pour Federica Mogherini, à travers ces nouvelles propositions, la Commission veut aider ses partenaires à relever les défis liés au terrorisme, aux conflits, au trafic et à l’extrémisme. « En leur donnant les moyens de prendre leur sécurité et leur stabilisation en main, nous œuvrons en faveur de leur développement, mais aussi de la stabilité internationale, y compris de la paix et de la sécurité en Europee », a-t-elle souligné.

Selon Neven Mimica, l’UE ne pourrait pas aider ses partenaires à lutter contre la pauvreté, sans l’aspect sécuritaire. « Nous devons renforcer mutuellement nos interventions dans le domaine de la sécurité et du développement », a-t-il affirmé.

Le document de stratégie envisage d’aider plus efficacement les partenaires à construire leur environnement sécuritaire grâce à une meilleure utilisation des outils disponibles, dans le ou hors budget de l’UE, et grâce à une meilleure coordination de l’approche des États membres vis-à-vis de la sécurité et du développement. Il propose également de :

  • Adapter les objectifs de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique afin de pallier ses limites ;
  • Établir un nouvel instrument réunissant paix, sécurité et développement dans le cadre d’un ou de plusieurs des instruments déjà existants ;
  • Mettre en place un nouvel instrument dédié au renforcement des capacités de sécurité dans les pays partenaires.

Cela pourrait se traduire, par exemple, par l’envoi d’ambulances, d’équipements de protection ou de moyens de communication aux forces militaires des pays où les missions de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) fournissent déjà des entrainements et des conseils, mais où leur efficacité est sapée par un manque de moyens. Le document ne parle pas d’armes létales, un type d’équipement que l’UE ne fournit pas.

Le document s’appuie sur les leçons tirées des précédentes missions et opérations de l’UE dans les pays tiers dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune, telles que les missions d’entrainement au Mali ou en Somalie.

Le document de la Commission identifie les défis suivants :

  • Manque de fonds ;
  • Limites de plusieurs instruments et mécanismes pour financer les besoins en termes de sécurité, notamment dans le secteur militaire ;
  • Limites de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique pour financer des activités à échelle nationale ;
  • Défis pratiques liés à l’utilisation d’un éventail d’instruments différents dans le même contexte.

Dans certaines situations par exemple, les équipes formées par l’UE manquaient de nourriture, d’eau, d’équipements médicaux, ce qui les rendait dépendants des populations locales. Ces soldats manquaient également d’équipements de protection contre les mines et les explosifs. Un manque de moyens de communication, entravant le commandement et le contrôle, a également été identifié. Aucun financement alternatif n’a pu être mobilisé pour combler les fossés, rendant l’aide de l’UE moins efficace.

Ces propositions seront discutées par les ministres européens des Affaires étrangères lors de la réunion du Conseil le 18 mai, en vue de la préparation du Conseil européen de juin, qui placera la politique européenne de défense en haut du programme politique.