La corruption entrave l’aide au développement en Asie centrale

La Cour des comptes européenne souligne dans un rapport les ratés de l’aide au développement  en Asie centrale. La corruption et le manque de collaboration des gouvernements locaux rend l’action de la Commission difficile. 

L’action de la Commission européenne et du service européen pour l’action extérieure (SEAE) en Asie centrale a été passée au crible par la Cour des comptes européenne. L’audit a permis d’évaluer comment les deux opérateurs ont planifié et géré l’aide au développement en faveur des républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan) pendant la période 2007-2012.

La Cour des comptes s'avère dubitative sur l'efficacité de cette aide.

« La Commission s’est écartée des meilleures pratiques en allouant une aide à un trop grand nombre de secteurs » et de programme. Exemple en est fait au Kirghizstan, où la délégation européenne devait gérer 56 contrats, ce qui rendait impossible un suivi sur le terrain.

Autres critiques, la multiplication des flux financiers et les coûts administratifs, qui ont représenté  14,6 % des dépenses en matière de développe­ment en Asie centrale pour l’année 2011, la mise en place relativement lente des programmes, mais surtout les difficultés liées au niveau de corruption dans ces anciennes républiques soviétiques.

Critiques sur l’appui budgétaire

Pour la Cour,  le Commission « aurait dû pu et aurait dû se montrer plus rigoureuse dans la gestion de ses programmes d’appui budgétaire au Tadjikistan et au Kirghizstan », notamment en subordonnant son aide à l’adoption de mesures de lutte contre la corruption.

L’appui budgétaire, qui consiste en un transfert de ressources de l’UE vers le Trésor public d’un pays afin d’aider ce dernier à mettre en œuvre sa politique. En Asie centrale, le Kirghizstan et le Tadjikistan ont bénéficié d’un appui budgé­taire visant à développer la protection sociale.

Les républiques d’Asie centrale sont frappées par un grave problème de corruption.

Dans l’indice de perception de la corruption, publié par l’organisation Transparency internationale, toutes ont obtenu des notes inférieures à 28 sur 100 en 2011, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Turk­ménistan étant, sur les 182 pays examinés, parmi les 10 % les plus mal classés.

Difficultés avec les pays

Pour la Cour des comptes, les difficultés de mise en œuvre des fonds européens relèvent également d’un manque de collaboration de ces pays aux grands objectifs de développement. La défense des droits de l’homme la réduction de la pauvreté sont par exemple des sujets que ne sont pas inscrits à l’agenda des gouvernements kazakhs, ouzbeks et turkmènes.  

Le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan n’ont par ailleurs  produit « aucune évaluation des besoins en matière d’aide au développement ni de stratégies pour la réduction de la pauvreté » relève la Cour.

Les difficultés de collaboration atteignent parfois des sommets :

« Par exemple, les experts internationaux œuvrant à la réforme de la justice pénale n’ont pas été autorisés à pénétrer dans les prisons, ni à avoir accès aux affaires portées devant les tribunaux » détaille le rapport.

Autre aberration, « pour s’assurer que le gouvernement participe à son programme de réduction de la malnutri­tion chez les enfants, la Commission a dû mettre l’accent sur la promotion d’une alimentation saine auprès des mères et des enfants, le gouvernement ouzbek ne reconnaissant pas l’existence d’un problème de malnutrition ».

Un programme de « faible ampleur »

Au niveau mondial, l’Union européenne reste un contributeur plutôt modeste à l’aide au développement aux républiques d’Asie centrale. Sur les années 2010 et 2011, la Cour des comptes européenne relève que le budget annuel moyen de l’UE en faveur de ces pays a été très inférieur aux contributions des États-Unis, de la Turquie, du Japon et de l’Allemagne, principaux contributeurs à l’APD pour l’Asie centrale.

Pour la période 2007-2013, 750 millions ont été alloués pour cette zone. De 2007 à 2012,  période de l’audit, la Commission a versé 435 millions d’euros dans le cadre de cette aide.

Dans un rapport de 2011, le Parlement européen concluait que les fonds de l’UE étaient insuffisants pour que celle-ci puisse avoir une incidence sur l’ensemble des sept domaines prioritaires fixés par l’UE.

Des pays prospères

Ces anciennes républiques soviétiques possèdent un indice de développement humain bas, à l’exception du Kazakhstan qui se classe 69eme. Le Kazakhstan et le Turkménistan possèdent d’importantes réserves de pétrole et de gaz, dont l’exportation leur permet d’afficher un produit intérieur brut (PIB) par habitant relativement élevé.

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