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11/12/2016

L’accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

Aide au développement

L’accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

Réfugiés dans le port grec de Mytilini.

[European Parliament]

Nombre de pays utilisent de plus en plus leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés sur leur sol. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2016, selon un rapport de l’ONG ONE.

Les pays donateurs sont de plus en plus nombreux à piocher dans leur aide au développement pour financer leur politique d’asile, sur fond de crise migratoire durable. Et la tendance devrait s’accentuer au cours de l’année 2016, souligne le rapport DATA 2016 de l’ONG One

Publié le 19 septembre, le rapport pointe du doigt cette affectation  d’une partie de l’aide au développement à l’accueil des réfugiés, alors que la crise migratoire que connait l’Europe ne ralentit pas.

>>Retrouvez l’infographie : La crise des réfugiés chamboule l’aide au développement

En 2015, l’aide au développement des principaux pays donateurs (voir contexte) a atteint 131 milliards de dollars, soit une augmentation de 7 % par rapport à 2014. Mais la participation totale de ces pays aux coûts d’accueil des réfugiés a été de 12 milliards de dollars, ce qui ramène la hausse enregistrée à seulement 1,8 %, une fois déduits les coûts d’accueil des réfugiés.

La crise des réfugiés a d’ailleurs fait exploser le budget de l’aide au développement dans 7 pays européens (la Grèce, la Suède, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Slovaquie et la Slovénie), qui ont enregistré des hausses de plus de 20%.

Parmi les pays les plus touchés par la crise des réfugiés, les coûts d’accueil vont jusqu’à représenter la  moitié de l’aide bilatérale.  C’est le cas en Italie, en Grèce et en Suède, tandis qu’en Autriche, aux Pays-Bas, en Slovénie, en Allemagne, au Danemark, en Belgique et en République tchèque, ces coûts représentent plus de 20 % de l’aide.

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La principale critique de l’ONG découle des déséquilibres qu’entrainent cette affectation de l’aide à la crise migratoire, qui se fait souvent au détriment des pays en développement. Par exemple, « en 2015, les Pays-Bas se sont attribués un montant d’APD supérieur (1,58 milliard de dollars) à celui alloué à l’ensemble de l’Afrique (1,48 milliard de dollars) en 2014 pour financer les coûts d’accueil des réfugiés à l’intérieur de leurs frontières » regrette le rapport.

>>Lire : Mimica : «il faut lier migration et aide au développement en Afrique»

La situation devrait d’ailleurs se prolonger au cours de l’année 2016, selon le rapport. « La crise des réfugiés étant toujours d’actualité en 2016, les montants d’APD alloués par les pays donateurs à l’accueil des réfugiés chez eux devraient augmenter » peut-on lire.

Budget attendu à la hausse

En France,  la cannibalisation des financements devrait être limitée dans le budget En 2016, le gouvernement français a aussi décidé d’une hausse budgétaire de 23 % afin de pouvoir financer les coûts d’accueil des réfugiés, sans amputer pour cela le budget de l’aide , qui lui aussi augmentera légèrement, grâce à la taxe sur les transactions financières.

>>Lire : La TTF, bouée de secours de l’aide au développement française                                     

La France doit en effet présenter rapidement les grandes orientations de son budget 2016, pour lequel le président François Hollande a promis une hausse de l’aide au développement.

Pourtant, l’ONG One craint que les augmentations ne soient pas à la mesure des promesses de François Hollande, qui a annoncé vouloir augmenter l’aide au développement de 4 milliards de dollars d’ici à 2020.

« On est aussi en droit de se demander comment le Président va tenir ses promesses d’augmenter ce budget […] à ce rythme-là » met en garde déclare Friederike Röder

En 2015 ; l’aide publique au développement française avait augmenté de 1,5%, pour atteindre 8,19 milliards d’euros. Une première après quatre années de baisse consécutives.

>>Lire : Quand l’aide au développement sert à accueillir les réfugiés

Recentrage

La répartition de l’aide française demeure cependant dans le collimateur de l’ONG. Si le rapport pointe quelques bonnes nouvelles, comme le recentrage d’une partie de l’aide sur les pays les moins avancés (+11,6% en 2015), l’affectation d’une partie de l’aide française à l’accueil des réfugiés est pointée du doigt.

Ainsi, en 2014, « les programmes humanitaires menés dans les pays en développement ont bénéficié de moins de financements que les coûts d’accueil des réfugiés en France », souligne le communiqué.

« Les priorités définies par la France sont cohérentes sur le papier : les pays prioritaires de l’aide française comptent parmi les plus pauvres et les plus fragiles dans le monde. Cependant cette politique d’aide au développement restera inefficace si elle n’est pas accompagnée d’engagements financiers adéquats» déclare Friederike Röder, directrice France de ONE.

Contexte

Le Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE regroupe les 28 principaux pays donateurs de l'aide au développement dans le monde. Ce groupe de pays décide ainsi quels pays sont éligibles  à l’APD et surtout quel type de dépenses peut être comptabilisé comme une aide internationale.