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24/08/2016

La crise migratoire désarçonne l’aide internationale

Aide au développement

La crise migratoire désarçonne l’aide internationale

La majorité des réfugiés arrivent en Europe par voie maritime.

[Shutterstock/ Anjo Kan ]

L’aide au développement et l’aide humanitaire tentent de répondre aux défis posés par la crise migratoire. Mais l’insuffisance des budgets et les disparités des situations migratoires entravent leur action.

Les guerres civiles et l’extrême pauvreté ont accéléré les mouvements migratoires vers l’Europe, qui s’étaient stabilisés depuis le début de la crise économique.

En 2014, l’OCDE a recensé 117 millions de personnes nées à l’étranger vivant dans les pays de l’OCDE, « soit 40% de plus que dans les années 2000 » a précisé Théodora Xenogiani, économiste à la division des migrations internationales de l’OCDE lors d’un débat organisé par l’Agence française de développement (AFD).

Selon les dernières données publiées par l’OCDE, les flux migratoires permanents ont pour la première fois augmentés vers les pays développés depuis la crise économique.

L’impact de la crise actuelle sur les migrations est en fait plutôt restreint. « En 2013, les réfugiés ont représenté 8% des entrées totales dans les pays de l’OCDE » rappelle l’économiste. «  La majorité des flux permanents proviennent du regroupement familial, de la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne et de la mobilité professionnelle ».

>>Lire : L’efficacité de l’aide au développement pour contenir les migrations remise en cause

Autre paramètre, 86% des déplacés forcés par les conflits sont accueillis par des pays en voie de développement. « La Turquie accueille à elle seule davantage de réfugiés que toute l’Union européenne » rappelle Xavier Devictor, conseiller à la Banque mondiale.

Mais la hausse du nombre de réfugiés est réelle. « L’une des raisons pour lesquelles il y a une hausse du nombre de réfugiés c’est qu’il y a une multiplication des conflits généralisés dans le monde » ajoute Xavier Devictor.

La prolifération des conflits globaux – à l’échelle d’un pays – pousse davantage ses ressortissants à le quitter, car il ne reste plus de régions épargnées, à l’inverse des conflits ethniques ou confessionnaux qui sont davantage circonscrits à certaines zones.

15 milliards d’euros dépensés par la Jordanie

Face à cette nouvelle donne, l’aide humanitaire, mais aussi l’aide au développement font face à de nouveaux défis de taille. Pour lesquels les agences internationales et les banques de développement ne sont pas toujours bien armées.

En Jordanie, où les réfugiés syriens représentent environ 10% de la population, l’action des acteurs du développement est par exemple compliquée par le statut du pays « à revenus intermédiaires ».

« La Jordanie ne reçoit pas une aide suffisante, car c’est un pays à revenu intermédiaire qui reçoit des appuis sous forme de prêt » explique François Reybet-Degat. La situation de la Jordanie n’est pas unique : les autres voisins de la Syrie accueillant la majorité des réfugiés du conflit syrien sont également dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires (Turquie, Liban).

Les prêts concédés au pays par les banques de développement telles que l’Agence française de développement à Amman permettent de développer les infrastructures du pays (énergies, accès à l’eau, etc.)

Des travaux indispensables pour poursuivre le développement du pays, et aussi pour assurer un meilleur accès à l’eau aux milliers de réfugiés dans cette région aride.

Mais les prêts ne sont pas adaptés pour gérer la crise des réfugiés. « La Jordanie a dépensé environ 15 milliards de dollars de ressources propres pour faire face à la crise, mais elle n’a pas été soutenue en retour » regrette Francois Reybet-Degat.

Un budget restreint

Et le relais de l’aide humanitaire peine à être mobilisé, notamment en raison d’une faiblesse endémique. Le budget d’aide humanitaire au niveau mondial a atteint 9,7 milliards de dollars en 2015. « Un montant complètement inadéquat » reconnait le représentant du HCR.

Le Haut-Commissariat aux réfugiés, lui-même largement sous-financé au cours des dernières années, espère voir son budget alimenté sur une base de quote-part entre les États, et non plus sur une base volontaire comme cela a été le cas depuis sa création.

>>Lire : Le développement accentue les migrations, affirme un rapporteur de l’ONU

Après 5 ans de crise en Syrie, « la digue humanitaire a craqué en 2015 » reconnait Francois Reybet-Degat, du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Jetant ainsi des centaines de milliers de Syriens sur le chemin de l’UE. « Les Syriens représentent en moyenne 50 % des réfugiés qui arrivent en UE » rappelle le représentant du HCR.

Pour une grande partie des réfugiés, la question de retour est une perspective lointaine, parfois inexistante.   Une crise des réfugiés dure en moyenne 18 ans, selon les estimations du Haut-Commissariat aux réfugiés. 

Contexte

Des dizaine de milliers de réfugiés en provenance du Moyen-orient et d'Afrique empruntent la routes des Balkans pour rejoindre l'Europe, tandis que d'autre traversent la Méditerranée pour rejoindre les côtes italiennes. 

Face à la plus importante crise migratoire depuis la seconde guerre mondiale, l'Union européenne peine à présenter un front uni. 

En mai 2015, une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres, a été rejetée par les États membres.

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