La France lance une promesse de Gascon sur son aide au développement

Hollande à la conférence de l'ONU, le 27/09 © Elysée

A New-York, François Hollande a évoqué une augmentation de l’aide française de 4 milliards d’euros en 2020. Une réponse jugée peu concrète face à l’urgence du changement climatique.

Comme suggéré sur EURACTIV la semaine dernière, la France a bien annoncé ce week-end à New-York la hausse de l’aide au développement. Mais le président français a promis une hausse de 4 milliards d’euros pour…2020. Soit dans 5 ans, et à une date qui n’engage personne : des élections présidentielles ayant lieu en 2017, nul ne sait qui présidera le pays à cette date.

« La France a décidé d’augmenter le niveau d’aide publique au développement pour dégager quatre milliards d’euros à partir de 2020 », a déclaré M. Hollande à l’issue du sommet de l’ONU sur les objectifs du développement durable, qui visent à lutter contre les inégalités économiques et sociales.

Il n’a toutefois pas précisé la répartition de cette somme entre la lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre la pauvreté.

François Hollande avait annoncé le rapprochement entre l’Agence française de développement (AFD) et la Caisse des dépôts (CDC) lors de la semaine annuelle des ambassadeurs à Paris fin août. Il avait évoqué dans ce cadre une hausse de l’aide publique sans fournir de chiffre.

>>Lire : La France veut réformer son aide au développement en rapprochant AFD et Caisse des Dépôts

L’annonce du président français n’a pas reçu un accueil très positif de la part des ONG, qui attendaient du concret.

« La déclaration de François Hollande demeure incertaine : sa présidence se termine pour l’instant en 2017, et jusqu’à présent la tendance est inverse » a rappelé Nicolas Vercken, directeur Études et Plaidoyer d’Oxfam France.

Depuis 2012, les budgets d‘aide publique au développement française ont fondu. Ils ont été jusqu’à 10 fois plus impactés par les coupes budgétaires que le budget général, pour atteindre un minimum de 0,36 % du revenu national, bien loin de l’engagement de 0,7 % pris par la France. 

À quelques jours de la présentation du budget 2016, Oxfam a aussi réclamé des « financements additionnels dès l’année prochaine », et averti que l’Hexagone ne devait pas « retenté de maquiller des prêts en dons, comme la France en a pris la mauvaise habitude ».

La fusion de l’AFD avec la CDC a pour objectif de développer les capacités de financement, donc de prêts de la structure de développement française ; la question des dons n’est vraiment dans l’air du temps.

L’ONG WWF a également déploré ce manque d’ambition.

« Les annonces n’ont pas donné de réponses à la hauteur de l’urgence d’agir vers la COP21, pourtant souvent rappelée dans les discours. La France, qui a annoncé qu’elle mobiliserait 4 milliards d’euros de financements additionnels à partir de 2020, n’a pas précisé la part qui serait consacrée à l’adaptation et la réduction des émissions, ni la forme de cette aide (dons ou prêts) » a regretté Pierre Cannet, responsable du programme climat.

Avec un budget d’environ 8 milliards d’euros (0,36% du PIB), l’aide de la France reste aujourd’hui loin de l’objectif de 0,7% de la richesse nationale fixé par de nombreux pays développés.

>>Infographie : Les ODD, c’est quoi ?

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 à la lutte contre le changement climatique, dont une partie doit transiter par le Fonds vert pour le climat. Cette somme promise par la communauté internationale doit soutenir les pays en développement dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre et leur adaptation aux effets du changement climatique, et apparait comme une des conditions d'un accord.

Cet engagement ne couvre par l'intégralité des besoins pour financer la réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial, qui sont estimés entre 500 milliards et 1500 milliards d’euros par an.

Prochaines étapes

  • 25-27 septembre 2015: 70e Assemblée générale des Nations unies - New York
  • décembre 2015: 21e édition de la Conférence des parties (COP 21) - Paris Climat 2015