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29/08/2016

La France s’offusque du retard de l’opération européenne en Centrafrique

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La France s’offusque du retard de l’opération européenne en Centrafrique

French troops, Central African Republic. [Shutterstock]

A l’occasion d’un conseil affaires étrangères à Bruxelles, les pays européens ont tenté, en vain, de relancer l'éventuelle mission Eufor en République centrafricaine. Les appels de la France, en première ligne dans la crise Centrafricaine, restent lettre morte.

Les renforts européens se font toujours attendre en Centrafrique. Alors que la France avait obtenu le soutien financier, logistique ou humain de plusieurs États membres pour accompagner son opération militaire dans l’ancienne colonie française, la mobilisation peine à se concrétiser.

À l’occasion d’un conseil des ministres des Affaires étrangères dominé par le dossier ukrainien le 17 mars à Bruxelles, la diplomatie des 28 États membres s’est accordée sur un texte éludant la question centrafricaine.  

« Le Conseil souligne la nécessité d'une accélération des travaux relatifs à la préparation de l'opération PSDC EUFOR RCA en vue de permettre son lancement rapide, conformément aux engagements de l'Union européenne » peut-on lire dans les conclusions.

Colère de Paris

L’absence de réponse concrète des Européens au retard pris dans le déploiement de la mission Eurfor en Centrafrique exaspère le Quai d'Orsay. La France avait déjà haussé le ton le 14 mars en amont de la réunion bruxelloise.

« J'ai rappelé à tous mes collègues hier que l'Europe s'était engagée et que pour l'instant le compte n'y est pas. Je leur ai donc demandé de faire un effort a indiqué Laurent Fabius au micro d'Europe 1 mardi 18 mars».

Dans un communiqué commun, les ministres des Affaires étrangères, Laurent Fabius et de la défense, Jean-Yves Le Drian,  avaient appelé leurs homologues européens à passer des paroles aux actes. « L’Union européenne s’était engagée, le 10 février, à déployer une opération militaire en soutien aux efforts internationaux pour stabiliser la RCA. À ce jour, en dépit des contributions annoncées par quelques États européens, force est de constater que le compte n’y est pas » ont rappelé les ministres.  

« Si un effort supplémentaire n’est pas réalisé très rapidement, il ne sera pas possible de lancer, comme prévu, cette opération indispensable la semaine prochaine. L’Union européenne doit assumer ses responsabilités en matière de sécurité internationale. La France appelle vigoureusement ses partenaires à s’en donner les moyens » poursivent-ils.

Malaise de Bruxelles

Les ministres français ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir tiré la sonnette d’alarme. Dans un courrier adressé aux États membres le 11 mars 2014, consulté par EurActiv, la Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton rappelle également les États membres à leurs responsabilités.

Adressé aux ministres des Affaires étrangères des États membres, le courrier dénonce le fait que les contributions fournies par les États membres ne permettent pas encore au Commandant de l'Opération de lancer l’opération.

Plusieurs éléments restent à fournir, « en particulier dans le domaine logistique, en personnel pour le quartier général et en unités d'infanterie » souligne la vice-présidente de la Commission européenne.

Autre critique formulée à l’égard des États membres : «  À court terme, l'échec de l'UE dans son déploiement en RCA  pourrait compromettre la capacité onusienne de déployer une opération». À long terme, c’est la « crédibilité de l’Union européenne » qui risque de souffrir de cet échec.

Pour l’heure les appels à la mobilisation de la France et de la diplomate européenne sont restés lettre morte à Bruxelles. L’opération en Centrafrique, qui devait être lancée le 17 mars accusera au mieux un retard de plusieurs semaines, selon les conclusions des ministres des Affaires étrangères.

Le sujet reviendra sur la table des chefs d’États et de gouvernement européen lors du sommet qui se tiendra à Bruxelles le 20 et 21 mars.

Mais les premières conclusions, dont EurActiv a obtenu une copie, ne laissent pas présager d’avancées significatives dans le dossier. «L’Union européenne « souligne l’urgence de mobiliser un soutien financier et opérationnel à la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine (MISCA) et réaffirme l’engagement européen de déployer son opération EUROFOR RCA dans les semaines à venir » écrivent-t-ils.

Aujourd’hui, les 2 000 militaires français de l'opération Sangaris et les quelque 6 000 soldats africains de la Misca attendent toujours les renforts européens promis par les 28 États membres. Eufor-RCA devait, en effet être officiellement inaugurée le 17 mars 14 et compter plusieurs centaines de soldats.

L’ensemble des États membres ne s’était cependant pas engagé à soutenir la France en Centrafrique dans le cadre d’une mission européenne. Les « grands » pays notamment avaient manqué à l’appel, tels que la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou l’Italie qui avaient refusé l’idée d’envoyer des soldats dans l’ancienne colonie française. D’autres, tels que la Belgique, l’Estonie, la Pologne ou la Suède avaient ouvert la perspective de contributions.  

Situation humanitaire difficile

Pendant que les difficultés s’accumulent au niveau politique en UE, la situation humanitaire en Centrafrique reste sensible.

Le ministre chargé du Développement, Pascal Canfin, s’est rendu le 14 mars en Centrafrique pour assurer le soutien de la France aux ONG. Une visite qu’il a effectuée aux côtés du ministre allemand de la Coopération, Gerd Müller et du commissaire européen au Développement, Andris Piebalgs

A l’occasion de cette visite, la délégation européenne a annoncé l'octroi d'une aide supplémentaire de 81 millions d'euros à la Centrafrique.

Cette rallonge vient s’ajouter au 20 millions d’euros promis au début de 2014 pour soutenir le processus électoral dans le pays. Au total, c’est un montant supplémentaire de 101 millions d’euro qui a été débloqué en 2014 en faveur de la République centrafricaine en réponse immédiate à la crise, souligne la Commission.

Réactions

L’Expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en République Centrafricaine, Marie-Thérèse Keita Bocoum, a appelé à une action plus robuste de la communauté internationale en République Centrafricaine ou « la population centrafricaine est la seule et unique victime des violences commises par  des groupes armés, milices armés et des bandits ».

« J’en appelle donc à la communauté internationale de mettre tout en œuvre pour le déploiement d’une mission de paix capable de ramener et d’assurer la paix sur toute l’étendue du territoire national », a ajouté Mme Keita Bocoum.

« Nous ne pouvons pas priver la Présidente de la transition Catherine Samba-Panza des moyens dont elle a besoin » pour relancer le retour à l'ordre constitutionnel en République centrafricaine, a déclaré Louis Michel (ADLE, BE), Co-président de l'Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP-UE à l'ouverture de sa 27e session à Strasbourg.

Contexte

Les Etats membres se sont accordés fin 2013 pour organiser une opération militaire en soutien à l’intervention française en Centrafrique. Depuis, le mise en œuvre de l’opération piétine.

La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) a été lancée dans les années 1990. Mais il n'existe toujours pas de dépenses européennes ni de budget européen dans le domaine de la défense.  La crise des dépenses publiques entraîne des coupes dans les budgets de défense. De 2001 à 2010, les dépenses de l’UE dans le domaine de la défense ont chuté de 251 milliards d’euros à 194 milliards d’euros.

Prochaines étapes

  • 20-21 mars 2014: sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à Bruxelles
  • 2-3 avril 2014: sommet UE-Afrique à Bruxelles

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