La France veut réformer son aide au développement en rapprochant AFD et Caisse des Dépôts

Discours du président à l’occasion de la Semaine des Ambassadeurs [Présidence de la République]

L’adossement de l’Agence française de développement à la Caisse des Dépôts traduit le souhait du gouvernement de développer les prêts aux pays en développement.

Le président François Hollande a annoncé le 24 août à l’occasion d’un discours à la semaine des ambassadeurs son intention de rapprocher l’Agence française de développement et le groupe Caisse des Dépôts.

« Je veux saisir cette occasion pour dire que notre politique de développement doit changer, doit être réformée. Les outils au service de cette politique doivent être encore renforcés. J’ai donc décidé une d’engager une réforme importante : le rapprochement de l’AFD du groupe de la CDC » a –t-il affirmé.

Agence de financement

« Nous aurons ainsi une véritable agence de financement comme d’autres États comme l’Allemagne ou l’Italie l’ont fait avant nous, qui sera mieux dotée, mieux équipée, et liée aux collectivités locales et aux entreprises, comme la Banque publique d’investissement (BPI) ». a-t-il poursuivi.

En Allemagne, la banque publique KFW a déjà étendu ses activités à l’aide au développement. «  C’est une opportunité stratégique, permettant de dépasser à long terme la problématique de renforcement de ses fonds propres, par un adossement à la solidité financière du groupe Caisse des dépôts. » s’est de son côté félicité l’AFD.

L’AFD, bras armé de la politique française de développement a vu sa capacité d’engagement augmenter considérablement ces 10 dernières années, pour atteindre 8,5 milliards d’euros de capacité d’engagement prévue pour l’année 2016.

« Mais avec les objectifs de développement durable qui doivent être adopté en septembre à New-York et l’accord climatique de Paris en décembre, nous avons besoin de changer d’échelle et peut-être de méthodologie » concède l’entourage de la Secrétaire d’Etat au développement, Annick Girardin.

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« L’agence française sera dotée d’un nouveau projet, avec de nouveaux moyens, au service du développement, de la transition énergétique et du climat » a détaillé le président Hollande.

« Changer d’échelle » 

L’objectif avoué de l‘opération serait donc de « changer d’échelle » en permettant à l’Agence de développement d’emprunter à des taux plus intéressants sur les marchés. « Nous devons libérer de nouvelles capacités substantielles » détaille une source proche du dossier. « Tout le monde s’organise pour financer l’agenda du développement, il faut que la France prenne sa part ».

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Une nécessité d’autant plus forte que la France a réduit ces dernières années son aide publique au développement de manière conséquente, passant même en 2014 sous la moyenne européenne. La part du RNB français consacré à l’aide au développement est en effet tombée à 0,36 % du PIB en 2014, selon les chiffres de l’OCDE.

« Ce mouvement va renforcer la capacité de prêt de l’AFD, ce qui ne préjuge pas de ce qu’il faut faire sur l’aspect purement budgétaire de l’aide publique au développement, qui sera soumis à l’assemblé fin septembre dans le projet de loi de finances » explique-t-on du côté du gouvernement.

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Autre accélérateur, la France accueille en décembre la COP 21, au cours de laquelle les États membres des Nations unies devront trouver un accord pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle et trouver les moyens de financer l’adaptation au changement dans les pays les plus pauvres.

Un chantier qui avance d’ailleurs trop lentement au goût du président français. « 100 milliards de dollars pour 2020, ce doit être une obligation. Sans les 100 milliards, il n’y aura pas d’accord à Paris, parce que ces sommes sont indispensables pour l’effort d’adaptation » a-t-il martelé lors de son discours.

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Le rapprochement de l’AFD et de la caisse des Dépöts devraient se faire rapidement, au regard des échéances internationales sur le front du climat et du développement. « Cela serait bien que d’ici le bicentenaire de la Caisse des Dépôts en avril 2016, la structure soit en place » glisse un conseiller.

Contexte

En septembre 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies doit adopter les futurs Objectifs de développement durable (ODD), qui prendront la suite des 8 objectifs du millénaire pour le développement, qui arrivent à échéance cette année. Un cadre international destine? a? mobiliser les efforts de tous les pays pour rendre la planète durable et équitable avant 2030.

Prochaines étapes

  • 25 au 27 septembre 2015 : sommet de New York
  • décembre 2015: COP 21 à Paris