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25/07/2016

La lutte contre le terrorisme devient un volet de l’année européenne du développement

Aide au développement

La lutte contre le terrorisme devient un volet de l’année européenne du développement

Federica Mogherini à Riga [Georgi Gotev]

La violence et l’insécurité que connaissent certains pays en développement ont un impact direct sur le niveau de pauvreté, ont rappelé plusieurs orateurs lors du lancement officiel de l’année européenne du développement 2015, le 9 janvier à Riga. 

Plus de 300 représentants officiels de 38 pays ont assisté au lancement de l’année européenne du développement à Riga. Une cérémonie d’ouverture qui a été marquée par les attentats terroristes de Paris. 

Le but de l’année européenne du développement est de souligner le rôle de l’UE face aux problématiques du développement, et de convaincre les citoyens européens de son bien-fondé. Un nombre inédit d’événements marqueront cette année du développement dans tous les pays européens avec l’aide de la société civile et s’articuleront autour de 12 thèmes.

L’inauguration de cette année s’est déroulée à Riga, la capitale lettone, à l’origine de la thématique de cette année 2015 et qui occupe actuellement la présidence tournante de l’UE. 

>> Lire : L’année du développement veut toucher de nouveaux publics

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a félicité Andris Gobi?š, président du Mouvement européen en Lettonie et membre du Comité économique et social européen, qui a lancé cette initiative en 2010, avec le soutien de Concord, la Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement.

Sans faire de référence directe aux événements de Paris, Jean-Claude Juncker a néanmoins évoqué dans son allocution le fait que le monde devenait de plus en plus interdépendant et que certains défis, comme le radicalisme religieux, ne s’arrêtaient pas aux frontières.

« Nous devons être unis dans notre réaction. Notre politique doit s’adapter afin que nous puissions mieux y faire face », a-t-il souligné.

« Je suis Charlie »

Federica Mogherini, la Haute représentante pour les affaires étrangères, a également rappelé que 1,4 million de personnes perdent la vie chaque année à cause de la violence dans le monde.

« Je suis Charlie. Tout est interconnecté. Le travail interne et externe de notre nouvelle Commission est fondamental pour notre sécurité et nos intérêts stratégiques, ainsi que pour les intérêts du reste du monde », a-t-elle déclaré.

Selon elle, la réalisation des objectifs de développement du Millénaire a souffert de la violence et l’insécurité.  En moyenne, un pays touché par de graves violences entre 1981 et 2005 aura un taux de pauvreté plus élevé de 25 % par rapport à un pays ayant connu la paix, a souligné la Haute représentante.

Edgars Rink?vi?s, ministre des affaires étrangères letton, a également affirmé que l’UE disposait des outils nécessaires pour faire face à ce problème, et que si l’aide au développement était dispensée efficacement, les causes de la radicalisation et du terrorisme pourraient en être amoindries.

Neven Mimica, le commissaire à la Coopération internationale et au Développement, a pour sa part plaidé pour que l’UE mette en place des mesures équilibrées entre la sécurité et le développement. Il faut, selon lui, éradiquer le problème sécuritaire à sa source, grâce à des actions allant de l’aide humanitaire d’urgence aux stratégies de long terme dans toutes les crises.

Choix des intervenants

Si tous les intervenants ont pris le temps d’exprimer leurs condoléances à la France après l’attentat de Charlie Hebdo, la secrétaire d’État au développement et à la francophonie, Annick Girardin, n’a pas pu finir son discours. Dernière sur la liste des orateurs, elle a été interrompue au début de sa déclaration pour faute de temps. Visiblement vexée, Annick Girardin a rétorqué qu’elle finirait quand même son discours, qu’elle a  néanmoins dû réduire considérablement.

Les Lettons sont apparemment obsédés par les horaires : la veille, même Jean-Claude Juncker avait été surpris de voir sa conférence de presse interrompue par un organisateur.

Des condamnations sévères

C’est Henri Malosse, président du Comité économique et social européen, qui a utilisé les termes les plus durs, appelant l’attentat de Paris une manifestation de « nouveau nazisme, nouveau fascisme ».

>> Lire : Les politiques européens unanimes pour condamner l’attentat contre Charlie Hebdo

« Nous nous battons contre le terrorisme, mais notre premier ennemi est la pauvreté, qui mène au terrorisme », a-t-il déclaré, ajoutant que la Méditerranée « devient un cimetière à cause du manque de développement ».

Les critiques d’Henri Malosse n’ont pas épargné la Commission, qui, selon lui, a oublié que les politiques de développement doivent être négociées d’égal à égal. « La politique de développement s’est perdue dans les méandres de la bureaucratie », a-t-il reproché. L’UE fournit beaucoup d’aides directes aux gouvernements, mais « où est cet argent ? », demande-t-il.

Henri Malosse a également parlé de la nécessité d’une « réelle réforme » de l’aide au développement, d’un dialogue qui devrait aborder les questions de religion et « ne jamais faire de compromis sur nos valeurs ».

Il faudrait plus de coordination dans le domaine de l’aide au développement, a-t-il souligné, regrettant au passage que les politiques individuelles des États européens prennent le pas sur la politique commune de l’UE. Henri Malosse a aussi défendu l’idée de faire du développement une politique communautaire.

Face à ces critiques, le commissaire a admis l’existence de certains problèmes, mais estimé qu’il ne faut pas oublier que les activités liées au développement se déroulent dans les environnements les plus précaires et sont mises en œuvre par des partenaires de l’UE. Empêcher qu’une partie de l’argent ne se perde est dont un « exercice délicat », selon lui.

Edgars Rink?vi?s est d’un autre avis, puisqu’il a affirmé que, jusqu’à un certain point, les ONG étaient « plus efficaces » que l’UE en matière d’aide humanitaire. Il a souligné qu’une « approche plus spécifique » à chaque région était nécessaire.

Lire aussi : Mobilisation européenne historique pour les valeurs républicaines

Contexte

Depuis 1983, une thématique spécifique a été dédiée à chaque année, afin de conscientiser les Européens, et de changer leurs visions de certains sujets. Les thèmes sont proposés par la Commission et adoptés par le Parlement et les gouvernements européens. Pour voir la liste des thématiques annuelles européennes, cliquez ici.

2015, l'année européenne du développement, devrait permettre d'informer davantage les citoyens sur le développement et de montrer au contribuable que chaque euro alloué à l'aide au développement apporte du positif aux habitants des pays les plus pauvres du monde, mais aussi aux citoyens européens.

Les divers événements de l'année du développement seront centrés autour de 12 thèmes :« L'Europe dans le monde » en janvier, « éducation » en février, « Femmes et filles » en mars, « santé » en avril, « paix et sécurité » en mai, « croissance verte durable, emplois et commerce décents » en juin, « enfants et jeunes » en juillet, « aide humanitaire » en août, « démographie et migration » en septembre, « sécurité alimentaire » en octobre, « développement durable et action climatique » en novembre et « droits de l'Homme et  gouvernance » en décembre. 

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