La militarisation de l’aide au développement se poursuit

L’affectation de l’aide au développement européenne à des actions sécuritaires est défendue par un large partie du Parlement et par la Commission. Mais certains craignent un détournement de l’aide au détriment des plus pauvres.

La question de la sécurité dans les pays en développement va être aux premières loges de la future politique d’aide au développement de l’UE.

Le Parlement européen a donné son feu vert, jeudi 14 septembre, pour entamer les négociations interinstitutionnelles sur l’instrument contribuant à la stabilité et à la paix (IcSP).

Pour la première fois, cet instrument, qui permet aux Européens d’intervenir pour prévenir les crises dans le monde ou intervenir en cas de crise  avérée, pourra être utilisé à des fins militaires, notamment dans les pays d’Afrique confrontés à l’instabilité.

Sécurité versus développement 

Dans le texte adopté, qui va maintenant être discuté en trilogue, l’instrument pourra maintenant financer, directement sur le budget de l’UE, des actions de formation liée à la sécurité ainsi que la fourniture d’équipements non létaux aux forces de sécurité des pays tiers.

Seules les dépenses militaires récurrentes (salaires pensions), l’achat d’armes ou de munitions, et les formations spécifiquement dédiées au combat ont été exclues des possibilités de financement.

« Le résultat de ces négociations est attendu par des missions européennes qui sont au Mali, en Centrafrique, en Somalie et qui ont besoin du financement que nous allons leur proposer » a rappelé le rapporteur Arnaud Danjean, en amont du vote.

« La semaine prochaine à New York [à l’Assemblée générale des Nations-Unies] beaucoup de nos partenaires du Sahel, de la Corne de l’Afrique nous demanderont si nous sommes prêts à faire plus pour soutenir leurs actions en matière de paix et de sécurité » a averti la Haute représentant de l’UE, Federica Mogherini.

« Il ne s’agit pas de changer d’objectif en passant du développement à la sécurité, au contraire, il s’agit de répondre à l’objectif de développement 16, qui lie le développement à la sécurité » a-t-elle rappelé.

L’objectif 16 des ODD relatif à la paix et à la justice souligne la nécessité de soutenir les institutions nationales chargées de la sécurité dans les pays fragiles et en conflit.

Pour beaucoup, la réorientation de l’aide au développement vers les thématiques de sécurité et de défense est indispensable dans les régions où l’insécurité et le terrorisme  constituent un frein considérable à tout développement, comme le Sahel.

L'aide internationale trop timide face à l’insécurité au Sahel

L’aide au développement internationale doit financer la sécurité dans la région sahélienne. Une dépense indispensable que la communauté internationale rechigne à effectuer, laissant la France isolée sur ce dossier sensible.

Cependant, cette militarisation de l’aire inquiète certains eurodéputés, qui dénoncent un précédent dangereux. « Cette réglementation créerait un précédent pour l’utilisation à des fins militaires de l’aide au développement et des instruments ou fonds non courants des politiques de sécurité et de relations internationales; ainsi que pour l’utilisation des fonds de développement pour le renforcement des capacités militaires. Ces activités dépassent de loin les critères en place pour la politique de développement et l’aide au développement officielle » a rappelé l’eurodéputée écologiste Heidi Hautala.

Opérations militaires

De fait, les critères définissant l’aide publique au développement, élaboré par le Comité d’aide au développement de l’OCDE, ne comptabilisent qu’une partie restreinte des dépenses de sécurité dans l’aide internationale, et en excluent les opérations militaires.

Un choix que certains souhaiteraient voir évoluer, comme la France, qui joue depuis plusieurs années le rôle de « gendarme » dans la bande sahélienne.

Des eurodéputés dénoncent la militarisation de l’aide au développement

La commission développement du Parlement européen souhaite séparer l’aide au développement et les enjeux sécuritaires.

En 2014, Paris avait ainsi consacré environ 653 millions de dollars dans la sécurisation du Sahel contre 241 millions en aide au développement bilatéral, souligne un rapport du Ferdi.

Dans le même temps, la communauté internationale a consacré au Sahel un budget d’approximativement 4 milliards de dollars américains en aide contre 1,5 milliards en interventions militaires diverses. Pour les élus verts et de nombreuses ONG, la priorité de l’aide publique, est et doit rester la réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement.