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19/01/2017

La myriade d’objectifs de développement complique les négociations onusiennes

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La myriade d’objectifs de développement complique les négociations onusiennes

Les Nations unies recevront en septembre le sommet international consacré au Programme de développement pour l’après-2015

[United Nations Photo/Flickr

Un nouveau cycle de négociation s’est ouvert à New-York pour finaliser l’agenda du développement post 2015. Les discussions entre le Nord et le Sud pourraient se tendre sur la question de moyens de mise en œuvre des ODD, et leur évaluation.  

Après la conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba du 13 au 16 juillet, la communauté internationale se penche, du 20 au 31 juillet à New-York, sur le cadre pour le développement post-2015.

Les négociateurs des 193 États membres des Nations Unies doivent tenter d’apporter les dernières retouches aux 17 objectifs de développement durable (ODD), qui doivent prendre le relais des objectifs du millénaire pour le développement, arrivant à échéance cette année.

>>Lire : Les objectifs de développement durable sont-ils efficaces ?

Négociée pendant deux ans par un groupe de travail onusien, la liste des 17 objectifs de développement durable (ODD) est maintenant stabilisée,  ainsi qu’une bonne partie des 169 cibles complémentaires définies par les négociateurs.

Méthode inclusive

Mais si le processus touche à sa fin – l’accord final doit être adopté en septembre lors du sommet de New York – quelques insatisfactions à la fois du côté des pays développés et des pays en développement demeurent.

« La méthode ouverte qui a prévalu pendant ces négociations a eu l’avantage de permettre à l’UE d’obtenir que les questions de paix et de gouvernance aient une place centrale » souligne une source à la Commission européenne.

>>Lire : La conférence d’Addis confirme une vision renouvelée du financement du développement

Mais cette méthode inclusive des points de vue de l’ensemble des pays participants aux négociations a également eu l’inconvénient de multiplier le nombre de cibles.

Résultat, avec 17 ODD et 169 cibles, les priorités du nouveau cadre pour le développement sont quelque peu…floues.

« Sous la présidence italienne, il y a eu un débat sur l’opportunité de limiter le nombre d’objectifs » souligne un responsable à la Commission.

Le Royaume-Uni a pendant un temps défendu une rationalisation du nombre d’objectifs. Mais face au G77 qui regroupe 134 pays en développement ou émergents d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que la Chine, la question de la renégociation a rapidement été écartée.

>>Lire : L’enjeu de l’évasion fiscale risque de diviser lors de la conférence d’Addis- Abeba

« La position européenne a été celle de la stabilité » même si le résultat « n’est pas très bon », concède la source à la Commission.

Pour Faustine Bidaud, en charge des relations internationales à l’association 4D, la multiplication des objectifs et des cibles risque de mettre les pays en position difficile pour évaluer à terme leur mise en œuvre. « Avec 169 cibles, il faudrait 169 sources de données pour pouvoir les évaluer ! » explique-t-elle. « Nombre d’observateurs disent qu’il y a beaucoup trop de cibles et que leur évaluation va poser de sérieux problèmes » poursuit-elle.

Autre problématique des négociations en cours à New York, le manque de précision des certaines cibles dans l’avant-projet. 

La 6ème cible de l’objectif 4 sur l’éducation, prévoit par exemple de «  veiller à ce que tous les jeunes et au moins [x] % d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter » d’ici à 2030.

 « Certains pays veulent conserver les « x », notamment les petits États insulaires, d’autres veulent les remplacer par « une augmentation conséquente », mais les pays développés trouvent inenvisageable de laisser le document en l’état », détaille Faustine Bidaud.

Effet multiplicateur

La question des indicateurs, qui doivent permettre d’évaluer l’état d’avancement des objectifs et de leurs cibles pose aussi problème. Il y a habituellement 5 indicateurs par cible » affirme un expert européen. Un procédé qui porterait le nombre d’indicateurs pour l’agenda post-2015 à plus de 800.  « Nous avons lancé l’idée de trouver des indicateurs qui puissent servir à plusieurs cibles, afin de limiter leur nombre » poursuit-il.

Moyens de mise en œuvre

Les États membres doivent enfin s’accorder sur les moyens de mise en œuvre de ce partenariat mondial pour le développement. Ce qui n’est pas une mince affaire, puisque la Banque Mondiale estime à plus de mille milliards de dollars par ans les besoins de financement.

>>Lire : La conférence d’Addis-Abeba veut graver dans le marbre le lien entre climat et développement

« Ces derniers mois, il y a eu beaucoup de craintes sur les moyens de mise en œuvre du partenariat mondial pour le développement » souligne Faustine Bidaud.

Si l’accord d’Addis Abeba donne les grandes orientations du financement des ODD, « de nombreux pays du Sud et d’ONG n’en sont pas satisfaits » souligne-t-elle.

«Pour l’heure, seul le Brésil à tenter de remettre la question sur la table, mais il a fait cavalier seul. La question du financement est un peu évitée pour l’instant» détaille-t-elle.  

Contexte

En septembre 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies doit adopter les futurs Objectifs de développement durable (ODD), qui prendront la suite des 8 objectifs du millénaire pour le développement, qui arrivent à échéance cette année. Un cadre international destine? a? mobiliser les efforts de tous les pays pour rendre la planète durable et équitable avant 2030.

Prochaines étapes

  • 25 au 27 septembre 2015 : sommet de New York

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