La surconsommation de viande des Allemands aggrave le changement climatique

Every German citizen consumes 679kg of food each year, including 52.6kg of pork, almost 19kg of poultry and 26kg of beef.

Chaque citoyen allemand consomme 679 kg de nourriture par an, dont 52,6 kg de porc, 19 kg de volaille et 26 kg de bœuf [Greg Bolton/Flickr]

L’ONG de protection de la nature WWF dénonce les habitudes alimentaires des Allemands qui accentuent le réchauffement climatique. En ligne de mire, une consommation de viande de presque 100 kg par an, la plus importante d’Europe. Un article d’EURACTIV Allemagne. ?

D’ici 2050, il faudra sans doute 70 % de nourriture en plus pour nourrir la population mondiale. Les terres arables devront donc être plus fertiles.

Pourtant, les Allemands consomment beaucoup trop. Selon une étude de WWF, l’alimentation d’une personne en Allemagne nécessite en moyenne 1 562 m2 de terre, et ce chiffre est en hausse constante.

Il n’y a pas assez de terres arables en Allemagne pour nourrir la population et environ un quart des terrains nécessaires doivent donc être « virtuellement importés ». C’est le cas du soja utilisé dans la nourriture des élevages commerciaux, qui vient d’Amérique du sud, ou de l’huile de palme et du cacao présents dans le chocolat et cultivés en Asie et en Afrique.

« Nous sommes en train de manger la planète », met en garde l’analyste de WWF Tanja Dräger de Teran.

« Nous devons nous demander quels aliments nous voulons tirer de cette terre. Si les terres disponibles continuent à disparaître, nous ne pourrons plus vivre de la même façon », insiste-t-elle.

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En moyenne, le citoyen allemand consomme 679 kg de nourriture par an, dont 52,6 kg de porc, presque 19 kg de volaille et 26 kg de bœuf. Les légumes et produits céréaliers représentent 95,5 kg, les pommes de terre 71 kg, les fruits 110,5 kg et les produits laitiers 119 kg. Il consomme aussi 48 kg de sucre par an.

La grande consommation de produits d’origine animale, comme la viande, les produits laitiers et les œufs, est particulièrement néfaste d’un point de vue écologique et sanitaire. Leur production génère des millions de tonnes de gaz à effet de serre.

Environ 161 millions de tonnes de CO2 sont émises tous les ans par la production de nourriture en Allemagne, indique WWF, ce qui représente 17 % des émissions totales du pays.

Il faut ajouter à cela le méthane émis par le bétail, la pollution des rivières et des réserves hydrauliques et l’utilisation excessive d’engrais. La production de 1 000 calories de volaille nécessite 1 500 calories de ressources végétales, ressources dont auraient bien besoin les habitants d’autres régions du monde – pour se nourrir eux-mêmes.

Moins de viande

L’Allemagne est l’un des pays de l’UE qui consomme le plus de viande. Seuls le Danemark, l’Autriche et l’Espagne en consomment plus, selon les statistiques de la compagnie d’information du marché de l’agriculture (AMI).

Plus de 30 % de la nourriture importée, y compris la nourriture destinée aux animaux, est liée à la déforestation, en Amérique du Sud, par exemple.

En Allemagne, aussi, ce comportement a des conséquences. Des espèces auparavant courantes, comme l’alouette des champs, sont en train de disparaître. Et la situation devrait continuer d’empirer. Les terres arables disponibles dans le monde diminuent. Selon les dernières estimations, nous disposerions chacun de 1 155 m2 par an par personne.

En collaboration avec des nutritionnistes, WWF a élaboré un scénario de la situation alimentaire pour 2050, avec une pyramide alimentaire qui intègre un régime équilibré dans les limites écologiques de la planète.

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« Notre régime ne devrait pas seulement être sain, mais également écologiquement et climatiquement durable. Tout le monde devrait aussi être satisfait, et l’alimentation devrait être une joie. Cela peut avoir l’air d’une contradiction, mais en fait ces deux aspects vont de pair », explique Tanja Dräger de Teran.

L’étude indique que la consommation, et particulièrement de viande, devrait être divisée par deux et se limiter à 350 g par semaine. Les consommateurs devraient également choisir de la viande de pâturage issue d’une production bio et respectueuse des animaux, souligne WWF.

Du point de vue nutritionnel, l’étude de l’ONG indique que cela ne poserait aucun problème, puisque les légumes et produits céréaliers sont riches en minéraux, comme le fer, par exemple. Il faudra remplacer une partie de la viande par des légumineuses, comme les lentilles, qui ne font pas encore assez partie des habitudes alimentaires, préconise WWF.

À l’avenir, l’Allemagne devrait devenir un exemple pour d’autres pays européens, mais aussi pour des pays qui tentent de se convertir au style de vie occidental, souligne Tanja Dräger de Teran. « Nous devons montrer qu’il existe d’autres façons de se nourrir », conclut-elle.

Contexte

Ces dernières années, le concept d'empreinte écologique a commencé à influencer les décideurs politiques et est devenu un argument de vente pour les boissons et aliments.

Deux indicateurs ont été développés afin de réduire l'impact de l'industrie alimentaire sur l'environnement :

  • l'empreinte carbone, soit l'équivalent de toutes les émissions de gaz à effet de serre générées par un produit, un événement ou une personne ;
  • l'empreinte hydraulique, qui calcule le volume total d'eau douce utilisée dans la production de biens et services.

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