L’aide au développement française se redresse timidement

L'aide française est repartie à la hausse depuis 2014. Une tendance qu'Emmanuel Macron s'est engagé à poursuivre pendant son quinquennat. [wlablack / Shutterstock.com]

Après des années de vache maigre, la France a augmenté pour la deuxième année consécutive son aide au développement. Mais des incertitudes persistent sur la trajectoire de l’APD pendant le quinquennat à venir.

Entre 2015 et 2016, l’aide au développement française a légèrement augmenté, pour la deuxième année consécutive, selon le rapport Data de l’ONG One. Une courbe ascendante qui a fait remonter l’aide publique au développement de l’Hexagone à 0,38% du revenu national brut du pays.

Mais malgré cela, « l’APD de la France reste nettement inférieure au niveau d’aide enregistré au début du mandat de l’ancien président François Hollande, c’est-à- dire 0,42 % » souligne le rapport.

Macron fait volte-face sur l'aide au développement

Malgré les coupes budgétaires annoncées début juillet, Emmanuel Macron a renouvelé son engagement à porter l’aide publique au développement à 0,55 % du revenu national brut d’ici 2022.

La tendance à la baisse de l’aide française est particulièrement pointée du doigt par la société civile, car au cours de la même période, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous deux considérablement augmenté leur aide et atteint l’objectif international de 0,7% de leur RNB.

Une hausse annoncée

La question de l’avenir de l’aide française va occuper les débats budgétaires qui commenceront au mois d’octobre. Le président français Emmanuel Macron a annoncé à plusieurs reprises sa volonté de porter l’aide au développement à 0,55 % du RNB d’ici 2022. Un objectif qui laisse la société civile dubitative.

Les promesses d’APD de Macron jugées insuffisantes

Le président français a annoncé « un effort considérable » pour augmenter le budget de l’aide publique au développement d’ici 2022. Mais paradoxalement, les montants de l’aide resteront inchangés en 2018.

« La France doit se montrer à la hauteur de la stature internationale à laquelle elle aspire. Emmanuel Macron s’est engagé à augmenter l’aide dès 2018 pour atteindre 0,55% du RNB d’ici à 2022. Ceci doit se traduire dans le projet de loi de finances 2018. La France a l’occasion de raccrocher les wagons de ses partenaires européens, nous espérons qu’elle la saisira et nous resterons mobilisés pour nous en assurer », a expliqué la directrice de One France, Friederike Röder.

La trajectoire ascendante promise par le Président français devrait donc débuter dès l’année 2018, pour atteindre les 0,55% promis à l’horizon 2022. Mais les coupes budgétaires globales annoncées ces dernières semaines semblent aller à l’encontre de cet objectif.

Pourtant, le 5 septembre, à l’issue d’une rencontre avec les ONG, le président français s’est une nouvelle fois engagé pour une augmentation « inconditionnelle » de l’ADP et le cap de 0,55%.

« Ce que je comprends de cet engagement, c’est qu’il sera appliqué quelle que soit la croissance économique française » précise Friederike Röder.

Les pays les plus pauvres moins bien servis

Au niveau mondial, l’aide publique a globalement augmenté ces dernières années pour atteindre 140,1 milliards de dollars en 2016, soit une hausse de 7,4% par rapport à l’année 2015.

Malgré cette hausse, le rapport pointe du doigt plusieurs biais qui empêchent l’aide internationale d’atteindre ses objectifs.

En Europe, la question de l’affectation de l’aide à la crise de réfugiés est notamment pointée du doigt. « En 2016, les pays donateurs du CAD ont affecté 15,4 milliards de dollars à l’aide aux réfugiés et demandeurs d’asile dans leur propre pays, un montant en hausse de 27 % par rapport à l’année précédente » souligne le rapport.

La crise des réfugiés chamboule l'aide au développement

L’Europe est toujours le principal pourvoyeur d’aide au développement dans le monde. En 2015, son budget de solidarité internationale a fortement augmenté pour couvrir les coûts d’accueil des réfugiés.

Dans certains pays européens comme l’Allemagne et l’Italie, en première ligne dans la gestion de la crise des réfugiés, les coûts d’accueil ont même dépassé les montants d’APD alloués à l’Afrique, dénonce le rapport.

PMA

Autre biais, l’aide attribuée aux pays les plus pauvres poursuit sa baisse. En effet,  les pays les moins avancés (PMA) reçoivent une part de plus en plus réduite de l’aide mondiale. Entre 2013 et 2016, l’aide affecté à ces pays est passée de 32 % à 28 %.

En France, la part d’aide accordée aux PMA a suivi la tendance mondiale et diminué. Moins d’un quart de l’aide de la France va aujourd’hui aux pays les plus pauvres du monde. « Pour être efficace, l’aide doit parvenir à ceux qui en ont le plus besoin. » regrette Friederike Röder.