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03/12/2016

L’aide européenne se casse les dents sur la crise migratoire

Aide au développement

L’aide européenne se casse les dents sur la crise migratoire

L'aide européenne est de plus en plus consacrée à la sécurité des frontière et la gestion de flux migratoire dans les pays en développement.

Face à  la crise des réfugiés, l’UE met  à contribution son aide au développement au service de la lutte contre les causes profondes de la migration. Mais l’efficacité de ces programmes n’est pas toujours au rendez-vous.

Les annonces de l’Union européenne pour faire face à la crise des réfugiés se sont accumulées depuis le début de la crise. L’aide au développement de l’UE, principal donateur international a été largement mise à contribution. Mais par le passé, les résultats n’ont pas toujours été au rendez-vous.

Au Sommet de la Valette sur la migration en novembre dernier, l’UE a lancé un fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, destiné à répondre aux causes profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcés.

Censé être plus rapide et plus flexible que l’aide au développement traditionnelle, le fonds ambitionne d’appuyer des programmes de développement porteurs d’emploi, en faveur de la sécurité alimentaire ou de la santé. Mais aussi  – et surtout – des projets visant à améliorer la gestion migratoire dans les pays  de la région du Sahel et de la Corne de l’Afrique notamment.

Pour l’heure, dix projets ont été adoptés et sont en passe de démarrer, parmi lesquels un projet d’amélioration des moyens de subsistance dans certaines régions d’Éthiopie d’où partent les flux migratoires auquel sera consacré une enveloppe de 67 millions d’euros, selon la Commission.

Autre projet bénéficiant d’un financement du fonds d’urgence, l’aide au retour  de déplacés somaliens vers des zones stables du pays (50 millions d’euros).

Ce nouveau fonds d’urgence, censé répondre en partie à la crise migratoire en favorisant le développement des pays d’origine et de transit risque cependant de se heurter aux mêmes problèmes rencontrés par l’aide européenne.

Cour des comptes critique

Selon un rapport critique de la Cour des comptes européenne publié mi-mars sur une partie de l’aide européenne destinées à la thématique de la migration, l’UE peine à concrétiser le lien de cause à effet entre migration et développement.

L'action de l'UE jugée incohérente en matière de migration

La Cour des comptes européenne dévoile une enquête cinglante sur la politique migratoire de l’Union européenne, à la veille d’un Conseil européen sur le sujet. Eparpillée et peu cohérente, la politique migratoire manque de stratégie, selon l’auditeur.r.

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Sur les deux programmes audités, qui concernent les « dépenses en matière de migration extérieure dans les pays du voisinage sud-méditerranéen et oriental » avant 2014, les retombées en matière de limitation de l’immigration sont peu visibles.

En cause, la difficulté d’évaluer les résultats de ces programmes, faute d’indicateurs fiables en matière d’immigration illégale en UE. Le saupoudrage de l’aide sur des projets de taille modeste n’aide pas non plus à faire un bilan concret des initiatives. Car faute de taille critique, de nombreuses initiatives sur le terrain n’ont de fait que peu d’effet sur les migrations de masse.

Un problème auquel pourrait bien se retrouver confronté le fonds d’urgence pour l’Afrique, dont le fonctionnement devrait être proche de celui des programmes étudiés par l’auditeur européen, selon Elizabeth Collett , la directrice du Centre d’Études sur les Réfugiés.

Dérive sécuritaire

Autre biais de l’aide au développement sur le front de la migration, celui de la dérive sécuritaire. En effet, une partie importante des fonds européens sont dédiés à la gestion des flux de migratoires, au détriment parfois des projets de développement.

Selon le rapport de la Cour, une majorité des programmes passés en revue  « consacrait l’essentiel de leurs interventions à la prévention et à la détection de l’immigration irrégulière, y compris le contrôle aux frontières ».

« Nous nous inquiétons profondément que l’aide au développement européenne soit de plus en plus influencée par les intérêts de sécuritaires de l’UE. Mais renforcer la sécurité de la frontière des Etats afin de contenir les migrations n’a rien à voir avec l’aide aux populations en situation de pauvreté dans les pays en développement et l’inégalité extrême » rappelle Sara Tesorieri, en charge des politiques européennes en matière de migration chez Oxfam.

Cette orientation sécuritaire est d’ailleurs en passe de se concrétiser dans l’architecture générale de l’aide publique au développement. En février, les ministres du développement des pays de l’OCDE ont convenu d’élargir les règles de comptabilisation de l’aide au développement afin de couvrir davantage de dépenses liées au maintien de la paix et à la sécurité.

Le lien entre développement et migration

La doxa consistant à lier la réduction des tentations aux départs à la réduction de la pauvreté et la création d’emplois est elle-même sujette à débat.

« Des recherches de l’université d’Oxford soulignent qu’une augmentation du développement humain donnera probablement lieu à des niveaux plus élevés de mobilité, et non moins élevés » souligne Sara Tesorieri.

>>Lire : Le développement accentue les migrations, affirme un rapporteur de l’ONU

Une vision  également partagée par l’ONU. « Plus de développement entraîne plus de migration. Car toutes les personnes qui voulaient partir depuis longtemps, mais n’en avaient pas les moyens, ont tout à coup les moyens de partir, donc elles quittent leur pays », avait expliqué François Crépeau, rapporteur spécial sur les droits des migrants aux Nations unies lors d’une visite à Bruxelles.