Le charbon tue 18.000 Européens chaque année

Centrale à charbon dans le comté de Yorkshire du Nord, Angleterre. [Jonathan Brennan/Flickr]

Déplacements forcés, morts par milliers, émissions de CO2 : « l’Atlas du charbon 2015 », publié par la fondation Heinrich Böll taille un costume à l’énergie fossile. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Chaque année, les centrales électriques au charbon dégagent 15,5 milliards de tonnes de CO2 dans l’air. Soit un quart de toutes les émissions de gaz à effet de serre. Pour l’UE, elles engendrent de lourdes conséquences sur le climat, mais également sur les systèmes de santé.

Chaque année, les centrales à charbon représentent un coût de 48 milliards d’euros pour la santé. C’est ce que montre l’Atlas du charbon 2015, publié le 2 juin. Ce rapport, réalisé par la fondation Heinrich Böll, membre du parti des Verts et les Amis de la Terre Allemagne (BUND), a pour objectif d’aider les responsables politiques à éliminer le charbon.

« La chancelière allemande, Angela Merkel, veut montrer l’exemple sur la protection du climat. Même si l’Allemagne a mis en place l’Energiewende [transition énergétique], cela ne marchera pas si les émissions de gaz à effet de serre issues des centrales à charbon continuent d’augmenter », a déclaré Barbara Unmüßig, membre de la fondation Heinrich Böll dans une déclaration à EURACTIV Allemagne.

Si la communauté internationale espère maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2 degrés jusqu’à 2050, l’ensemble des pays de la planète ne peut émettre que 1 000 gigatonnes (milliards de tonnes) de dioxyde de carbone supplémentaires. Cela n’est possible que si 80 % des ressources de charbon restent dans le sol, indique le rapport.

Effets néfastes sur la santé et violations des droits humains

Selon le rapport, le charbon a des conséquences encore plus graves. Les mines à ciel ouvert détruisent les habitats naturels et le processus de combustion du charbon émet de grandes quantités de polluants toxiques, qui menacent la santé des populations.

Dans l’UE, plus de 18 000 personnes meurent chaque année des effets de la pollution de l’air causée par la production de charbon et les centrales à charbon, selon l’ONG Alliance pour la santé et l’environnement, citée dans l’Atlas du charbon.

Il y a une semaine seulement, Greenpeace mettait en garde contre les effets néfastes que pouvaient avoir les émissions de mercure émanant des centrales à charbon pour la santé. Le métal lourd toxique augmenterait le risque de crise cardiaque, de cancer et de maladie d’Alzheimer. Selon l’ONG, les centrales au lignite, qui génèrent la moitié des émissions de mercure en Allemagne, émettront à l’avenir 10 fois plus de mercure qu’aujourd’hui.

L’Atlas du charbon fait également état de graves violations des droits humains. Le rapport indique que les mesures de sécurité et les conditions de travail de l’extraction du charbon dans les mines à ciel ouvert sont inacceptables. Par ailleurs, des milliers de personnes sont chassés de leur maison. Ils perdent leurs terres, leurs terrains de chasse.

Dans de nombreux cas, explique l’étude, l’eau des mines est pompée jusqu’à la surface et est utilisée sans avoir été traitée. Les sels dissous provenant de l’intérieur de la terre peuvent rendre l’eau inutilisable. Cette dernière peut aussi être polluée par les huiles des machines.

L’Atlas du charbon prend le Bangladesh comme exemple. Là-bas, le projet de mine de charbon de Phulbari au nord-ouest du pays menace de déplacer 130 000 personnes et 220 000 personnes craignent de perdre leur accès à l’eau potable, écrivent les auteurs.

Réussite pérenne des « géants du charbon »

Les responsables politiques soutiennent toujours l’industrie du charbon à grands coups de subventions, à l’étranger et dans l’UE même. Chaque année, l’industrie du charbon dans toute l’Europe reçoit presque 10 milliards d’euros. Pour Barbara Unmüßig, c’est grâce au lobby des « géants du charbon ».

Son dernier triomphe concerne la taxe pour le climat, lancée par le ministre de l’Économie allemand, Sigmar Gabriel et qui visait les centrales à charbon. Les sociaux-démocrates avaient initialement prévu de réduire de 22 millions de tonnes les émissions de CO2 grâce à de telles taxes. « La fermeture des centrales aurait été plus efficace », a commenté Barbara Unmüßig.

Finalement, un document plus récent du ministère de l’Économie indique que désormais les centrales électriques ne devront réduire leurs émissions de CO2 que de 16 millions de tonnes par an.

Selon des observateurs, cette révision à la baisse fait écho aux protestations des entreprises et des syndicats qui craignent de devoir supprimer des milliers d’emplois. En réalité, « M. Gabriel a cédé face au lobby du charbon », a estimé Barbara Unmüßig.

La prochaine attaque visera les projets de protection du climat de l’UE, a-t-elle prévenu. Début juin, les experts de l’UE se réuniront à Séville pour établir de nouvelles exigences en matière d’émissions pour les grandes centrales électriques.

L’objectif principal est de définir les meilleures technologies pour l’épuration des déchets gazeux dans le cadre de la directive européenne relative aux émissions industrielles, qui entrera en vigueur en 2020. Les lobbyistes des grandes entreprises de l’énergie s’assiéront aussi autour de la table des négociations, pour représenter chaque État membre de l’UE.

Sur ce point, l’Atlas du charbon qualifie le cas grec de « grotesque ». Les délégués grecs appartiennent tous aux entreprises publiques d’électricité, dont les centrales font partie des plus polluantes de l’UE, ou à Hellenic Petroleum, dénoncent les auteurs.

« Limiter de façon stricte les émissions polluantes a un prix pour l’industrie du charbon. C’est pour cela que les représentants de l’industrie font tout ce qui est en leur pouvoir pour supprimer ces valeurs limites », a expliqué Barbara Unmüßig.

Courant ascendant en Asie, vent de face en Europe

Malgré les dangers bien connus des centrales à charbon, la production augmente en même temps que les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, le dernier rapport de l’ONG CoalSwarm, réalisé en collaboration avec Sierra Club, semble optimiste.

Ces organisations indiquent que la tendance semble s’inverser en Europe et en Amérique du Nord. Depuis 2010, deux tiers des projets de centrales électriques utilisant ce combustible ont été annulés, soit parce qu’ils n’étaient plus réalisables, soit parce que les citoyens ont bloqué leur mise en place.

En revanche, l’évolution que connait l’Asie va dans le sens contraire. En Inde tout particulièrement, où le charbon est en plein essor et en Chine, un des premiers pays émetteurs, où d’immenses gisements attendent d’être exploités.

« Nous devons abandonner le charbon. Nos gouvernements doivent prendre le changement climatique au sérieux, être crédibles face aux pays nouvellement industrialisés en Asie et formuler clairement des objectifs lors de la conférence climat de Paris », soutient Barbara Unmüßig.

Il est aussi très important que les États européens et leur banque de développement ne dépensent plus un seul centime dans les centrales à charbon, a-t-elle insisté, « Les quelques 10 milliards d’euros dépensés dans ce secteur à travers l’Europe seraient mieux dépensés s’ils servaient à promouvoir les énergies renouvelables. »

Ce serait un signal positif, a-t-elle ajouté, et c’est justement de ce type de signal dont nous avons besoin lors d’une année aussi cruciale.

Contexte

Le terme « transition énergétique » (Energiewende) remonte aux années 1980 et décrit le passage d'énergies polluantes telles que le gaz, le charbon ou le nucléaire vers des énergies propres.

Cette transition a été décidée par le gouvernement Merkel suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.

Le gouvernement allemand avait alors rapidement réagi et légiféré en vue de supprimer progressivement les centrales nucléaires nationales à l'horizon 2022 tout en fixant des objectifs pour assurer la transition vers les énergies renouvelables.

Le gouvernement fédéral avait également introduit un certain nombre d'objectifs pour passer à une production d'électricité à partir des renouvelables.