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29/06/2016

Le Congo-Brazzaville reste dopé au pétrole

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Le Congo-Brazzaville reste dopé au pétrole

Forêt tropical entourant le bassin congolais

[Greenpeace]

Comme beaucoup de ses voisins d’Afrique subsaharienne, le Congo Brazzaville souffre des variations des cours de l’or noir mais peine à diversifier son économie.

Avec une population de seulement 4,5 millions d’habitants, le Congo est le quatrième plus grand producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne. Plus de 70 % de l’économie congolaise provient du secteur, qui apporte 80 % des recettes du gouvernement.

Si le Congo a pu investir dans de grands projets d’infrastructure, c’est en partie grâce à dix années de prix élevés du pétrole – atteignant 120 dollars le baril en 2014 – et à l’effacement d’une partie de sa dette extérieure par la communauté internationale, dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) en 2010.

Le président, Denis Sassou Nguesso, qui brigue un troisième mandat lors des élections du dimanche 20 mars, s’est focalisé sur des projets de grande envergure. Il a accueilli les Jeux panafricains dans le pays et construit des stades et des aéroports aux normes internationales dans chacun des douze départements du Congo.

L’Agence française de développement et la Banque européenne d’investissement sont les plus gros acteurs du financement du développement du pays. L’Union européenne a financé une autoroute entre Brazzaville et la ville de Kinkala, située à 60 kilomètres à l’ouest de la capitale.

La Chine a quant à elle contribué au financement du “pont du 15 août 1960”, qui porte le nom du jour de l’indépendance et traverse le fleuve Congo.

L’opposition et les analystes économiques considèrent que le Congo n’a pas su tirer profit de ses richesses pétrolières.

« Regardez le potentiel de notre pays », ont martelé les sympathisants du candidat à l’opposition, Guy Brice Parfait Kollelas, lors du meeting du 17 mars. « Le pétrole nous rapporte plus de 5 milliards de dollars et qu’est-ce que l’on en fait ? Des stades ».

>> Lire : La communauté internationale inquiète des élections au Congo-Brazzaville

Plus de 40 % des citoyens congolais vivent pourtant avec moins de 1,25 euro par jour. L’âge d’or de l’industrie pétrolière semble être terminé, du moins pour le moment. La croissance économique du Congo s’est effondrée depuis la seconde moitié de 2014 lorsque les prix de l’or noir ont commencé à dégringoler. Le dernier compte-rendu du FMI, en juillet 2015, prévoyait une croissance de 3 % par an en moyenne entre 2015 et 2020.

« On peut reprocher au gouvernement de ne pas avoir su répondre aux véritables besoins du Congo en termes de construction », a déclaré Tchicaya Gondet, économiste en chef du FMI à Brazzaville. « Nous n’avons pas besoin d’un palais présidentiel dans chaque département et seuls les aéroports des centres pétroliers de Pointe-Noire et de Brazzaville attirent un grand nombre de passagers », a-t-il ajouté.

Sans surprise, les pays riches en pétrole ont tendance à ne pas se diversifier lorsque leur économie est au beau fixe. Mais maintenant que l’industrie minière et pétrolière est en berne, ce qui risque d’être le cas tout au long de 2016, le Congo n’a plus le temps de se tourner vers d’autres secteurs. « Ça fait 20 ans que nous parlons de diversification », regrette l’économiste du FMI.

Le Congo a pourtant tout pour pouvoir évoluer loin du pétrole. Le pays possède un des plus importants gisements de minerais de fer du monde, des mines de potasse, des forêts luxuriantes, des terres fertiles.

Si les minerais de fer ne risquent pas de devenir une vache à lait de si tôt, à cause du ralentissement économique de la Chine, les prix du phosphate et de la potasse sont stables. Ces minerais sont tous deux utilisés comme engrais en agriculture. La rapide croissance démographique de l’Afrique devrait, logiquement, entrainer une augmentation des terres dédiées à la production alimentaire.

Dans le même temps, certaines entreprises ont investi plusieurs millions d’euros dans l’industrie congolaise du ciment.

La Banque mondiale classe la République du Congo 176ème sur 189 dans son classement « Doing business ». La priorité du gouvernement devrait être d’améliorer l’environnement commercial du pays, estime Tchicaya Gondet. Le problème n’est pas la création de sociétés, mais le système de taxes informelles et d’impôts émanant des autorités locales, de la police et des autorités portuaires, qui existe parallèlement à la collecte officielle du gouvernement.

En tant qu’ancienne colonie française, il n’est pas étonnant de voir les géants français du pétrole comme Total et Perenco dominer le paysage économique congolais aux côtés de la société italienne ENI. Mais le flot d’or noir est en train de se tarir et le Congo et ses voisins n’auront bientôt d’autres choix que de se diversifier.