Le développement de l’Afrique toujours tributaire du renforcement de la sécurité

L'ancien président de Mauritanie Ely Ould Mohamed Vall [Medou Mido/Flickr]

Les luttes contre le terrorisme et la corruption sont des prérequis indispensable au développement de l’Afrique, a affirmé Ely Ould Mohamed Vall, ancien Président de la Mauritanie, lors d’une conférence à Bruxelles. 

Ely Ould Mohamed Vall, président de la Mauritanie de 2005 à 2007, a pris la parole le 19 novembre lors d’une conférence organisée par l’Association du traité de l’Atlantique (ATA) à laquelle ont participé des personnalités actives dans le domaine de la politique étrangère, de la sécurité et de la défense, de l’Europe méridionale et de l’OTAN.

Comme l’organisateur de l’événement, Fabrizio Luciolli, l’a expliqué, le but de la conférence était de chercher des solutions communes à des menaces et problèmes communs. L’association a pour habitude de mettre en contact des acteurs de différentes régions, notamment de Méditerranée, du Moyen-Orient et du Golfe.

Ely Ould Mohamed Vall a assuré la transition démocratique de son pays durant son mandat et a organisé les élections auxquelles il a décidé de ne pas participer. Militaire de carrière, il est actuellement engagé dans la promotion de la coopération régionale contre le terrorisme en Afrique.

Durant son discours, l’ancien président mauritanien a choisi de se concentrer sur le développement. Il a insisté sur le fait que l’Afrique subsaharienne pouvait être un partenaire efficace et fiable de l’UE et de l’OTAN dans le cadre d’une stratégie mondiale contre le terrorisme et les causes du terrorisme.

Le terrorisme, a-t-il déclaré, prétend à tort qu’il prend racine dans l’Islam, mais en réalité il a des racines sociales, économiques et politiques très profondes et achète la complicité des autorités pour promouvoir ses activités obscures.

« Les terroristes divisent nos sociétés tout en introduisant des valeurs qui nous sont complètement étrangères. Ils divisent nos familles et nourrissent une haine envers ceux qui ne partagent pas leur vision aberrante de la religion », a déclaré l’ancien président.

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Le monde devrait reconnaître le potentiel de l’Afrique

« Les clichés diffusent l’idée que l’Afrique est une source de problèmes et non pas de solutions. Mais si l’Europe en particulier, et le reste du monde en général, reconnaissaient le potentiel de l’Afrique, et soutenaient les transitions démocratiques plutôt que les régimes autoritaires, nous pourrions travailler ensemble pour construire un avenir meilleur », a-t-il affirmé.

L’ancien président de la Mauritanie a insisté sur le fait que l’Afrique avait d’énormes ressources, certaines inexploitées, d’autres négligées.

« L’Afrique est un continent jeune possédant plus de personnes diplômées et qualifiées que ce que l’on pense de l’autre côté de la Méditerranée. L’Afrique a des ressources énergétiques et des matières premières, mais ces dernières profitent très peu aux entreprises africaines et beaucoup aux entreprises étrangères et aux régimes corrompus », a expliqué le militaire.

Selon lui, le marché intérieur de l’Afrique ne cesse de croître, mais la contribution du continent au développement mondial est entravée par plusieurs obstacles, dont le terrorisme et la corruption, souvent liés l’un à l’autre.

« Nous Africains sommes les plus grandes victimes du terrorisme », a-t-il commenté en illustrant ses propos par des statistiques selon lesquelles le plus grand nombre de victimes du terrorisme se trouvent au Nigéria, au Mali, au Tchad et dans la Corne de l’Afrique.

« Ce n’est pas surprenant qu’un grand nombre des réfugiés en Europe viennent de ces pays. Le terrorisme éloigne les investisseurs et les touristes », a-t-il ajouté, donnant pour exemple son pays qui, depuis qu’il a été classé comme région à haut risque par les gouvernements occidentaux, a connu une forte baisse des investissements directs étrangers.

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Quant à la corruption, tous les pays africains, à l’exception de quelques pays comme le Ghana, sont incapables de combattre ce phénomène, a-t-il expliqué.

Pour lui, une des conséquences de la corruption est le désenchantement de la jeunesse africaine, les obstacles à la coopération régionale et l’appauvrissement des populations. Le seul moyen de garantir la sécurité est via la démocratie et la coopération, a-t-il insisté.

« Il faut briser les stéréotypes négatifs sur l’Afrique. L’aide au développement doit changer, et être liée à de véritables avancées en matière de démocratie et de respect des droits de l’homme. Les échanges entre le nord et le sud doivent être multipliés pour surmonter l’isolement intellectuel et les idées fausses », a-t-il poursuivi.

« L’Occident devrait arrêter de croire que les régimes autoritaires permettent d’éloigner les terroristes. Au contraire, les régimes autoritaires jouent souvent la carte du sectarisme et du tribalisme. Cela affaiblit les services de sécurité et l’armée dans de nombreux pays, dont le mien », a affirmé Ely Ould Mohamed Vall.

Lorsqu’EURACTIV lui a demandé de commenter les attaques terroristes perpétrées à Paris, l’ancien président mauritanien a déclaré que l’UE, les USA et la Russie devaient se rallier à la France pour combattre l’État islamique.

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« Ce qui s’est passé à Paris devrait ouvrir les yeux du monde entier sur la gravité du problème dans une région proche de la nôtre. Le temps est peut-être venu pour l’OTAN, la Russie et les pouvoirs régionaux de penser à un effort concerté pour rétablir la paix dans la région et la sécurité dans le monde », a-t-il dit.

Certains participants à la conférence ont réagi en assurant que l’Occident créait davantage de problèmes qu’il n’en résolvait. Ils critiquent notamment le fait que l’Europe refuse de reconnaitre que la Turquie est un pays où l’État islamique vend son pétrole et où les terroristes circulent librement.

Comme l’a affirmé Mohamed Dahlan, ancien ministre et conseiller pour la sécurité nationale de l’Autorité palestinienne, l’Occident a fermé les yeux sur le commerce pétrolier de Daech en Turquie. Un terroriste s’est échappé de Syrie pour commettre des attentats en Europe, a-t-il rappelé avant de demander : « Par quel pays est-il passé ? Par la lune peut-être ? »

Mohamed Dahlan a rappelé au public que l’Occident avait détruit l’Irak, la Syrie, la Libye et que c’était pour cela que des réfugiés arrivaient en Europe. Le Palestinien a également déclaré que le terrorisme en Syrie « venait de Turquie » et que l’Occident savait cela.

David Hobbs, secrétaire général de l’assemblée parlementaire de l’OTAN, a quant à lui affirmé que pour combattre Daech, il fallait associer les meilleurs éléments des puissances douces et fortes, des politiques étrangères et intérieures.

« Nos nations et nos organisations militaires doivent former une coalition militaire contre Daech. Nous devons collaborer sur la stratégie militaire internationale pour contrecarrer Daech au Moyen-Orient. Cela peut vouloir dire travailler avec la Russie – c’est une question d’intérêts personnels », a-t-il expliqué, ajoutant « cela ne veut pas dire que nous devons changer nos positions sur le reste ».

Des personnes présentes à la conférence ont confié à EURACTIV que de tels points de vue n’étaient pas largement partagés à l’OTAN, et que la veille, le secrétaire général adjoint de l’organisation, Alexander Vershbow, avait qualifié l’intervention russe en Syrie d’ennuyeuse.

Contexte

La Mauritanie, dont le nom officiel est République islamique de Mauritanie, est un pays situé dans la région du Maghreb, dans l’ouest de l’Afrique.

Environ 90 % des terres mauritaniennes se trouvent dans le désert du Sahara. La population est donc concentrée dans le sud, où les précipitations sont légèrement plus fréquentes. La capitale et plus grande ville est Nouakchott. Elle se situe sur la côte atlantique et accueille environ un tiers des 3,5 millions de personnes que compte le pays. Le 6 août 2008, le gouvernement est renversé par un coup d’État militaire mené par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Le 16 avril 2009, le général démissionne de l’armée et se présente aux élections du 19 juillet qu’il remporte.

Environ 20 % des Mauritaniens vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. L’esclavage est très présent en Mauritanie : près de 4 % de la population (soit 155 600 personnes) - le plus haut pourcentage au monde, proportionnellement au nombre d’habitants - sont des esclaves, notamment les ennemis du gouvernement. D’autres violations des droits de l’homme se déroulent en Mauritanie, telles que la mutilation génitale féminine et le travail des enfants.

Depuis le coup d’État de 2008, le gouvernement militaire de Mauritanie a dû faire face à de graves sanctions internationales et à des troubles internes.