Le gouvernement fait pression pour la fermeture de Greenpeace Inde

Des manifestants de Greenpeace Inde enchainés à des panneaux solaires devant le ministère de l'Énergie à Delhi. [Greenpeace]

Le gouvernement indien a décidé de mettre des bâtons dans les roues la filiale indienne de l’ONG, qui sera probablement forcée de fermer d’ici un mois.

Le ministère de l’Intérieur indien a gelé plusieurs comptes bancaires liés à l’organisation de défense de l’environnement le mois dernier. Greenpeace a déjà été contrainte de supprimer 340 emplois. Cette mesure est la dernière d’une série d’actions dirigée contre l’ONG depuis l’entrée en fonction du gouvernement de Narendra Modi.

Si Greenpeace Inde met la clé sous la porte, ce sera la première fois depuis la fondation de l’ONG en 1971 que l’une de ses filiales nationales est forcée de fermer, a déclaré l’organisation internationale.

L’organisation russe a été menacée lors de l’opération « Artic 30 » en 2013, mais a réussi à rester ouverte.

Samit Aich, directeur exécutif de Greenpeace Inde, s’est adressé au personnel de l’ONG et les a informé de la fermeture imminente causée par le manque de fonds. C’était « le discours le plus difficile de ma vie », a-t-il déclaré. « Pourquoi 340 personnes perdent-elle leur emploi ? Serait-ce parce que nous avons parlé de thé sans pesticide, de pollution de l’air et d’un avenir plus juste et plus vert pour tous les Indiens ? »

Le département d’État américain a déjà demandé des explications aux mesures prises par le gouvernement indien. Selon une fuite de documents, le gouvernement indien serait inquiet de retards dans la construction d’infrastructures importantes causés par des activistes et manifestations.

L’Inde a également placé l’organisation humanitaire Ford Foundation, basée aux États-Unis, sur une liste de surveillance. Les activités de l’organisation ne se dérouleront donc qu’après avoir été validées par le gouvernement.

« J’ai lu avec inquiétude les communiqués de presse récents concernant les difficultés rencontrées par les ONG en Inde », a déclaré à Reuters l’ambassadeur américain Richard Verma.

Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International, a qualifié de « choquantes » les actions du gouvernement indien. Le groupe a lancé une pétition pour que les comptes de l’ONG soient débloqués.

« J’ai peur pour mon avenir, mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le message glaçant que ces actions envoient au reste de la société civile indienne et aux sans-voix qu’elles représentent », a indiqué Priya Pillai, activiste pour Greenpeace Inde. En janvier, le gouvernement a empêché cette activiste de se rendre au Royaume-Uni pour parler de l’impact de l’extraction du charbon aux parlementaires britanniques.

« En bloquant nos comptes bancaires indiens, qui sont alimentés par des citoyens indiens, le ministère de l’Intérieur a été trop loin. Si Greenpeace Inde est la première [filiale à fermer], quelle sera la suivante ? », se demande-t-elle.

« Ce que le gouvernement russe a fait était déjà vicieux, si vous regardez sur le type de pressions auxquelles faisaient face le personnel en Russie », a déclaré au Guardian Ben Stewart, activiste britannique pour Greenpeace et auteur d’un nouveau livre sur « Artic 30 ». « Mais l’attaque dont est victime Greenpeace Inde a des implications considérables, peut-être encore plus graves, pour l’organisation. »

Plus d'information