Le greenwashing menace la finance climat et la COP21

Les pays en développement sont souvent les plus durement touchés par le changement climatique. C'est le cas de ces fermiers de la communauté de Tabi, au Mexique, par exemple. [Oxfam International/Flickr]

Les ONG appellent à une définition précise de la « finance climat » avant la COP21. D’autres financements du développement, concernant la santé ou l’agriculture, risquent d’être victimes de la mode climatique.

Les pays développés ont pour objectif de mobiliser 100 milliards de dollars (environ 92 milliards d’euros) par an d’ici 2020 pour alimenter le Fonds vert pour le climat. Cet argent devrait provenir à la fois de sources publiques et privées. Les pays développés espèrent ainsi obtenir le soutien des pays en développement lors de la conférence des Nations unies sur le climat à Paris (COP21).

La COP21 a pour objectif de limiter le réchauffement de la planète à deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels. Les pays en développement ont besoin de cet argent pour faire face au changement climatique, et estime qu’il est normal que les pays développés les aident à rendre leurs économies plus vertes, puisque ce sont eux qui ont le plus contribué au phénomène.

Les pays riches pourraient néanmoins se limiter à qualifier d’aide climatique les fonds promis à l’aide au développement, même si les projets financés n’ont qu’un effet limité en termes d’environnement, explique Geneviève Pons-Deladrière, directrice du bureau européen de WWF.

« Il existe un risque croissant de voir [les pays développés] réétiqueter des aides existantes. C’est d’ailleurs déjà le cas », confirme Lies Craeynest, d’Oxfam UE, qui ajoute que le financement climatique pourrait être la clé de voute d’un accord mondial sur le climat. Les projets agricoles pourraient ainsi tout simplement être renommés « projets de lutte contre le changement climatique », souligne-t-elle.

Le directeur du Réseau Action Climat, Wendel Trio, a prévenu que le réétiquetage des aides existantes ne suffirait pas à convaincre les nations en voie de développement d’accepter les propositions de la COP21. Cette manœuvre aurait en effet des implications très négatives, notamment sur leurs systèmes de santé.

La limite de l’APD

Le financement du climat pourrait aussi être la victime des pratiques peu honorables qui ont terni l’image de l’aide publique au développement (APD), comme la comptabilisation des prêts avec intérêt dans l’aide au développement, par exemple, ou l’inclusion des frais d’administration dans le pays donateur.

Lies Craeynest explique qu’il était impossible de dénoncer ces pratiques à cause du manque de transparence, mais qu’elles représentent toujours un risque.

La France, qui accueille la COP21, a inclu des prêts dans sa contribution au Fonds vert pour le climat. Si les taux d’intérêt sont faibles, cela signifie tout de même qu’un tiers de sa contribution (soit près de 300 millions d’euros sur un milliard) lui sera rendue.

En avril, la Commission européenne a annoncé que l’UE ne parviendrait pas à atteindre son objectif d’APD, fixé à 0,7 % de son revenu national brut (RNB). Le financement public du climat est aussi inclus dans l’APD.

Seuls le Royaume-Uni, la Suède, le Luxembourg et le Danemark ont dépassé cet objectif en 2014. Les contributions de la France, de l’Irlande, des Pays-Bas, de l’Espagne et de 11 autres États membres ont même baissé l’an dernier.

Définir le financement du climat

Il n’existe à ce jour aucune définition commune de ce qui constitue le financement au climat et les différences entre pays sont parfois flagrantes.

L’OCDE s’est donc attelée à l’élaboration de lignes directrices pour mieux définir le concept. Un diplomate expérimenté estime que la méthodologie de l’OCDE permettrait de clarifier les choses.

« [Les lignes directrices] permettront d’éviter le recyclage de fonds, ou ‘greenwashing’. Au niveau de l’UE et de l’OCDE du moins, il existe une volonté de trouver une méthodologie commune sur ce qui constitue du financement climatique. C’est une vraie nouveauté », assure-t-il.

Les représentants européens se sont aussi félicités des 57 milliards d’euros qui auraient été mobilisés par les pays développés en 2014. Ce chiffre, dévoilé en octobre 2014 lors de négociations à Lima, est encourageant pour l’objectif des pays riches, qui se sont engagés à récolter 92 milliards d’euros par an pour aider les pays pauvres à lutter contre le changement climatique et s’y adapter.

« Il s’agit de subventions, de prêts et des mélanges de subventions et de prêts », explique le diplomate européen. « Dans tous les cas, le chiffre de 57 milliards d’euros a été clairement annoncé à Lima et correspond à la comptabilisation de l’OCDE. »

Toutefois, « les chances d’obtenir un accord ambitieux à Paris dépendent des pays en développement et de leur volonté à respecter leurs engagements », souligne Wendel Trio, du Réseau Action Climat.

Lies Craeynest partage cet avis : il s’agit de convaincre les nations en développement que le financement du climat augmentera de manière significative après 2020.

Accord entre les ministres des Finances

Les ministres des Finances de l’UE se rencontreront mardi prochain, le 10 novembre, pour une réunion du Conseil à Bruxelles.

EURACTIV a eu accès au projet de conclusions de cette réunion. Les ministres comptent apparemment reconnaitre l’importance du financement climatique dans l’obtention d’un accord à Paris.

Si aucun ministre ne s’y oppose mardi, les conclusions confirmeront donc que l’UE continuera à fournir des financements publics au climat après 2020.

Le document cite entre parenthèses, ce qui signale une possible modification, que le bloc aura versé environ 13,6 milliards d’euros de financement climatique en 2015. Ce chiffre n’inclut cependant pas encore les contributions aux banques de développement. Une baisse par rapport à 2014, puisque les États membres et l’UE avaient alors fourni une aide de 14,5 millions.

Wendel Trio trouve ahurissant qu’alors même que les conclusions du Conseil appellent à plus de transparence et de responsabilité, l’UE ne fasse rien pour améliorer cet aspect.

Oxfam, le Réseau Action Climat Europe et WWF estiment que les ministres devraient mettre en place un projet concret pour le financement climatique, qui précise notamment la manière dont l’argent serait versé aux pays en développement.

« Les ministres des Finances doivent combler le grand vide [juridique] lors des négociations [de la COP21] », ajoute Wendel Trio. « Aider [les pays en développement] à mieux faire face au changement climatique tout en continuant à connaitre une croissance économique est une précondition à un accord et permettrait de les convaincre de contribuer au financement après 2020. »

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence en décembre 2015.Les États participants doivent y conclure un accord pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012.

D'ici la conférence, les États doivent impérativement négocier un accord, qu'il soit juridiquement contraignant ou non.

Le Fonds vert pour le climat a été créé pendant la conférence pour le climat de Durban, Afrique du Sud, en 2011. Les pays développés avaient pour objectif de rassembler 100 milliards de dollars (92 milliards d'euros) par an d'ici 2020. Un premier objectif de capitalisation a été fixé à 15 milliards de dollars (14 milliards d'euros) pour les trois années suivantes.

Cet argent sera utilisé pour aider les pays pauvres à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre et à s'adapter au changement climatique.

La réduction des émissions à un niveau acceptable dans le monde est estimée à entre 500 et 1 500 milliards d'euros par an.

Prochaines étapes

  • 10 novembre : Conseil Ecofin à Bruxelles.
  • 30 novembre : Début de la COP21 à Paris.

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