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28/09/2016

Le Mali sort progressivement de la crise grâce à l’aide internationale

Aide au développement

Le Mali sort progressivement de la crise grâce à l’aide internationale

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Les 3,3 milliards d’euros promis par la communauté internationale pour la reconstruction du Mali en mai 2013 ont été en partie débloqués, malgré quelques accidents de parcours.   

Le Mali se remet pas à pas de la crise de 2012, en partie grâce à l’aide internationale de pays et organisations internationales, décidées un an après le coup d’État militaire qui avait plongé le pays dans le chaos.

« Sur les 3,3 milliards d’euros annoncés, les trois quarts ont déjà été engagés et la moitié a été effectivement versée » a annoncé la secrétaire d’État au développement et à la Francophonie, Annick Girardin à l’occasion de la quatrième réunion de suivi de la Conférence de Bruxelles « Ensemble pour le renouveau du Mali » qui s’est tenue à Paris le 30 septembre.

Un rythme de décaissement jugé satisfaisant par Moussa Mara, premier ministre de la République du Mali. «La note positive est que le Mali est en train de sortir de la crise en partie grâce au soutien international » s’est félicité le premier ministre à l’issue de la réunion.

Du côté français, sur les 280 millions d’euros promis sur 2013-2014 en faveur de la reconstruction au Mali, « 200 ont été engagés et 70 décaissés » a détaillé Annick Girardin. La Commission européenne, un des donateurs principaux à l’aide d’urgence pour le Mali a également décaissé un partie importante des sommes promises. « Plus de la moitié des 523 millions d’euros promis par la Commission européenne lors de la conférence de 2013 a déjà été payée, permettant par exemple l’organisation des élections et la production de milliers de tonnes de denrées alimentaires » a expliqué à EurActiv le porte-parole de l’institution pour le développement.

>>Lire :La France s’engage à soutenir la reconstruction du Mali

Lors de la conférence internationale « Ensemble pour le renouveau du Mali » pour la reconstruction du pays qui s’est tenue en mai 2013, un an après le début du conflit, près de 3,3 milliards d’euros pour la période 2013-2014 ont été promis au pays par des bailleurs de fonds réunis à Bruxelles. La Commission européenne et les 27 États membres s’étaient engagés à fournir 1,35 milliard d’euros au Mali d’ici 2014, soit un tiers de la promesse internationale, dont 280 millions provenaient de la France.

Mais les fonds annoncés ont dû attendre la stabilisation politique du pays – et notamment l’élection présidentielle de septembre, pour pouvoir être débloqués. Près d’un an et demi après les annonces, les engagements et les versements sont donc en bonne route.

Une bonne nouvelle pour le Mali, qui a du faire ses preuves pour que les fonds promis soient effectivement décaissés, notamment en appliquant la feuille de route de stabilisation politique, décidée lors de la conférence de Bruxelles.

«  Nous entamons maintenant la dernière phase du processus: nous espérons que lors de la prochaine rencontre prévue le 5 février à Bamako, le décaissement de l’aide de la conférence de Bruxelles soit achevé » a expliqué le premier ministre de la République du Mali.

Retards

Pour autant, le processus n’a pas été sans heurts. En effet, le versement des fonds a un temps été suspendu, lorsque le Fonds Monétaire International (FMI) a dénoncé une mauvaise gestion des fonds publics en mai 2014, mettant notamment en cause l’achat de l’avion présidentiel et un contrat passé par le ministère de la Défense. Le FMI avait alors suspendu ses versements, suivi par les autres bailleurs.

« Les décaissements ont effectivement été interrompus suite à lors du désaccord avec le FMI » a confirmé a EurActiv Michel Reveyrand de Menthon, représentant spécial de l’UE pour le Sahel. 

Reprise de l’économie

Une mission du Fonds monétaire international (FMI) qui s’est achevée le 25 septembre a finalement mis fin à l’embargo sur les versements: La mission a par ailleurs noté une amélioration de l’économie malienne. « En 2014, l’économie malienne renoue avec sa trajectoire de croissance normale, avec un produit intérieur brut (PIB) réel qui progresse de 5.8 %. En 2012, le taux de croissance avait été nul en raison de la crise sécuritaire et en 2013 il n’avait été que de 1,7 % par suite des mauvaises récoltes » a souligné Christian Josz, directeur de la mission.

Cette trajectoire devrait normalement se poursuivre en 2015, avec une « croissance réelle qui devrait se maintenir aux alentours de 5.5 % ».

Cependant la relance économique du pays est loin d’être achevée. « Il faut maintenant entamer un seconde phase, celle de la relance économique. C’est la priorité absolue » a soutenu le premier ministre du Mali.

>>Lire : Retour de l’aide au développement sous haute surveillance au Mali

Malgré les bons résultats du processus entamé à Bruxelles, certains doutes subsistent du côté des ONG sur l’engagement réel des donateurs. Lors de l’annonce de la conférence des donateurs, l’ONG Oxfam s’était alarmée de la participation française. « Il apparaît que les autorités françaises s’apprêtent à faire notamment passer pour contribution une enveloppe de 150 millions d’euros destinés au Mali, constitués des fonds déjà engagés et gelés suite au coup d’État de mars 2012 » relevait l’ONG dans un communiqué.

Autre critique, l’enveloppe française serait constituée au deux tiers de prêts, et seulement un tiers de dons.

« J’ai toujours de sérieux doutes sur la réalité et l’additionalité de cet argent promis par la France » explique Christian Reboul,  en charge du financement du développement  chez Oxfam France. « C’est un grand classique de la part de la France de surévaluer sa participation » poursuit-il.

 Une situation récurrente

Et les exemples ne manquent pas. Après le séisme d’Haïti en 2010, l’État français avait annoncé une aide publique d’urgence  et de reconstruction de 325 millions d’euros. Mais selon un rapport de la Cour des comptes intitulé « L’aide française à Haïti après le séisme du 12 janvier 2010 », le montant réel de l’aide supplémentaire n’a en fait été que de 152,5 millions d’euros.

« Mais par rapport au processus habituel de la conférence de donateurs, le processus avec le Mali a été exemplaire» soutient Michel Reveyrand de Menthon.

Contexte

En mars 2012, un coup d’Etat mené par des officiers de l'armée renverse le gouvernement civil au Mali, plongeant ce pays de 16 millions d’habitants  dans un conflit armé. Le nord  du pays est alors occupé par des groupes rebelles et jihadistes.

Une année de conflit a détérioré la qualité des services de santé et les systèmes d'eau.  L'agence humanitaire des Nations unies a indiqué  que 475 000 personnes avaient quitté le nord en raison du conflit et de l'insécurité alimentaire. 

A partir de janvier 2013, la France et des pays africains lancent une action militaire afin de rétablir l'autorité civile. Cette opération ouvre la voie au retour des aides internationales, suspendues depuis le coup d’Etat et qui représentent environ un tiers du budget national du pays, selon les Nations Unies.

Depuis l’opération militaire, le pays s’est stabilisé et les Maliens ont élu en juillet un nouveau président.