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02/12/2016

Le nouveau commissaire au développement attendu au tournant par les ONG

Aide au développement

Le nouveau commissaire au développement attendu au tournant par les ONG

Neven Mimica, le nouveau commissaire au développement, [EP]

Neven Mimica, commissaire croate en charge du développement, n’a pas encore réussi à convaincre les ONG, qui lui reprochent un manque de vision et s’inquiètent de la tutelle de la politique étrangère de l’UE. Un article d’EurActiv Allemagne.?

Le commissaire européen Neven Mimica espère apporter une bouffée d’air frais à la politique de développement de l’UE, mais c’est précisément sur ce point que ses détracteurs estiment qu’il échouera.

« Mimica n’aura pas grand-chose à dire. Il est en bas de l’échelle de la Commission. L’aide au développement sera comme toujours reléguée au second plan face à la politique commerciale libérale et une politique étrangère basée sur l’action militaire », regrette Niema Movassat, spécialiste de l’aide au développement du parti de gauche au Bundestag allemand.

De l’avis des spécialistes, le problème réside dans la nouvelle structure de la Commission pensée par Jean-Claude Juncker, qui prévoit de confier plus de pouvoirs aux vice-présidents. « La politique de développement tombera aux oubliettes », prédit Niema Movassat.

L’aide au développement en danger

Dans le même temps, une partie considérable du portefeuille du développement sera sous la responsabilité de la Haute Représentante de l’Union, Federica Mogherini.

Natalia Alonso, directrice du bureau d’Oxfam à Bruxelles estime que cela pourrait poser problème. « La politique de développement risque d’être instrumentalisée et utilisée dans l’intérêt de la politique étrangère. » Les ONG se félicitent toutefois que Neven Mimica ait conscience des difficultés liées à cette nouvelle structure.

« Neven Mimica va tout simplement devoir faire avec ce qu’il a. Son portefeuille n’est pas aussi insignifiant qu’il n’en a l’air au premier regard », nuance Tobias Kalher, directeur de la branche allemande de l’ONG d’aide au développement ONE.

Lors de son audition parlementaire fin septembre, le nouveau commissaire croate a indiqué que l’un des aspects fondamentaux de son mandat serait la cohérence politique. Il a expliqué qu’il travaillerait en étroite collaboration avec les commissaires chargés de la politique étrangère, du commerce et de l’aide humanitaire.

Neven Mimica a en outre promis de soumettre chaque proposition législative à une évaluation de qualité en termes de politique de développement. Selon Oxfam, l’instauration de ce genre d’évaluation est nécessaire et urgente, surtout dans des cas comme la conclusion d’un accord international sur l’évasion fiscale, par exemple.

Tous les ans, les pays en voir de développement perdent des milliards d’euros qui devraient leur revenir sous forme de taxes et être utilisés pour combattre la pauvreté, selon Oxfam.

À côté de l’ampleur de l’évasion fiscale, « nos fonds de développement font pâle figure », rappelle Natalia Alonso. Neven Mimica devrait également être impliqué dans les politiques environnementales et climatiques, commente-t-elle.

Objectif du Millénaire pour le développement, accord de Cotonou, et après?

Neven Mimica est membre de la Commission européenne depuis juillet 2013, date à laquelle il a été chargé de la protection du consommateur. Dans les années 1990, il a été diplomate, avant de se lancer en politique en 2001 au poste de ministre de l’Intégration européenne en Croatie. Peu après, le social-démocrate a même été premier ministre délégué au gouvernement croate.

Aujourd’hui, le Croate, pourtant toujours relativement novice en matière d’institutions européennes, remporte le portefeuille du développement juste à temps pour l’année 2015, « année européenne du développement ».  Une année durant laquelle l’Union espère ainsi informer ses citoyens en matière de politique de développement. À la fin de l’année, la communauté internationale doit se mettre d’accord sur un programme de développement post-2015.

Neven Mimica a déclaré qu’il soutiendrait des objectifs universels avec un « équilibre optimal » entre les besoins sociaux et écologiques de l’humanité. La lutte contre la pauvreté doit rester une des priorités de l’UE, et les États membres doivent augmenter leur aide financière au développement, a-t-il continué.

Pour ce faire, il faut créer des « modèles de financement innovants ». Ce financement pourrait être alimenté par les revenus de la taxe sur les transactions financières, ou une coopération plus étroite avec le secteur privé, par exemple.

Le nouveau commissaire au développement a également mentionné le renouvèlement de l’accord de Cotonou, qui lie l’UE aux pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique), une autre priorité selon lui. L’accord de Cotonou a été signé en 2000 et devrait prendre fin en 2020. Neven Mimica a expliqué que la collaboration avec ces pays devrait alors être adaptée aux « nouvelles réalités du programme d’après-objectif du Millénaire ».

Un commissaire « sans vision propre » ?

« Nous nous félicitons de la confirmation de M. Mimica au poste de commissaire », affirme Tobias Kahler, d’ONE. Le Croate a de l’expérience en politique et parle plusieurs langues, souligne-t-il.

Tobias Kahler voit également d’un bon œil l’intention du nouveau commissaire d’affronter des sujets comme la pauvreté, la santé, la sécurité alimentaire, la transparence de l’aide au développement, ou encore une meilleure collaboration avec la société civile.

« [Neven] Mimica a fait bonne impression lors de son audition », confirme Natalia Alonso, la directrice d’Oxfam Europe. La performance du Croate dépendra à présent de sa capacité à convaincre les chefs d’État et de gouvernement et de promouvoir des objectifs ambitieux.

Karin Sohet, d’APRODEV (Association of World Council of Churches related Development Organisations in Europe) tempère cependant cet enthousiasme qu’elle estime prématuré : « Neven Mimica a été interrogé de manière superficielle par le Parlement. Il ne possède aucune vision pour le développement ».

Jusqu’ici, le nouveau commissaire n’a fait que répéter ce qui figure dans le programme pour le changement de la Commission européenne, estime Karin Sohet. « Il semble que Neven Mimica veuille continuer dans la lignée frileuse de son prédécesseur, Andris Piebalgs. »

Contexte

Le commissaire désigné au développement, Neven Mimica a passé son audition sans nuages au Parlement européen en septembre.

Sa première priorité sera, selon le commissaire lui-même, de contribuer à un accord ambitieux en ce qui concerne les objectifs du Millénaire pour le développement après 2015.

Les premiers objectifs pour le millénaire ont eu des effets positifs, mais il ne faudrait pas que la communauté internationale se repose sur ses lauriers, estime le Croate.

« Pour optimaliser les résultats de l'aide humanitaire, nous devons nous exploiter tout le potentiel d'efficacité et de coordination des donateurs. Il ne s'agit pas de compenser l'aide officielle, mais de la compléter », a-t-il déclaré.

« Nous devons également aider les pays partenaires à augmenter leurs ressources nationales, ce qui passe notamment par une bonne gouvernance, une meilleure gestion financière, la lutte contre l'évasion fiscale et des systèmes de taxes justes et efficaces. » 

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