Le pape et Shakira peinent à mobiliser pour les ODD

La chanteuse colombienne et ambassadrice de l'UNICEF, Shakira, fait une apparition lors d'une conférence de presse à l'ONU. [Reuters]

200 nations de l’ONU ont adopté à New-York une série d’objectifs sur 15 ans.  Si les ambitions sont massives, la mobilisation reste de façade.

Côté people, le sommet de l’ONU a donné dans l’éclectisme : le coup d’envoi du sommet a été donné par un discours du Pape, avant que la chanteuse colombienne Shakira interprètera la chanson « Imagine ».

Atteindre ces objectifs importants ne sera pas chose aisée, mais pour l’instant, l’une des premières tâches est de les présenter et les faire accepter au public, aux médias et aux citoyens des 193 membres des Nations unies sur le point de signer un engagement. Un pari loin d’être gagné.

D’ailleurs sur le trottoir, à l’extérieur du fameux bâtiment de l’ONU, situé dans l’East Side de Manhattan, les 17 objectifs ambitieux pour le développement durable, plus souvent appelé ODD, sont beaucoup moins connus.

« ODD ? Vous devez me dire ce que ça signifie », demande Victoria Dillon, une touriste venue de Virginie-Occidentale, échangeant un regard ébahi avec sa fille.

>> Lire : Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

« Je suis tout à fait pour ce genre de choses, mais je ne savais pas qu’il existait une liste concise d’objectifs », explique la directrice d’école retraitée.

Lors d’une visite de l’ONU, Leslie Kidd, de Floride, déclare quant à elle qu’elle n’a jamais entendu parler des ODD dans les médias. « Ce serait bien d’être informé d’une manière ou d’une autre », suggère-t-elle.

Problème d’acronyme ?

Promouvoir les ODD dans les médias reste une tâche difficile, et ce malgré une campagne de publicité vigoureuse : spots publicitaires à la radio et sur les médias sociaux et événements people.

Lors d’une conférence de presse à l’ONU, un journaliste a récemment fait remarquer que l’acronyme en anglais (SDGs) était embarrassant car trop semblable à l’acronyme STDs, c’est-à-dire les maladies sexuellement transmissibles. Peut-être pour éviter toute confusion, les ODD sont de fait plus souvent appelés #globalgoals sur Twitter [soit #objectifsmondiaux].

Les médias doivent faire un effort pour promouvoir l’importance des objectifs et les rendre intéressants aux yeux des lecteurs et des téléspectateurs, soutient Amina Mohammed, conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU sur le programme de développement post 2015.

« On ne vous les sert pas sur un plateau », a-t-elle déclaré à Reuters.

En prévision du sommet, Helen Clark, responsable du programme pour le développement aux Nations unies, a déclaré que la réunion de trois jours était l’occasion « de faire prendre aux objectifs mondiaux un bon départ et d’en parler dans le monde entier ».

>> Lire : Les objectifs de développement durable sont-ils efficaces ?

« Nous savons qu’actuellement les gros titres sont consacrés aux crises, aux tragédies humaines et aux catastrophes », a constaté Helen Clark, ancienne Première ministre néozélandaise.

« Ces objectifs seront atteints si les gouvernements acceptent de les prendre au sérieux », a-t-elle expliqué.

Même s’ils ne sont pas contraignants, souligne Helen Clark, il y a une carotte au bout du bâton pour que ces objectifs soient atteints.

« La carotte est une société heureuse et harmonieuse », a-t-elle commenté.

L’idée des ODD est débattue depuis 2012. Depuis, un groupe de travail représentant 70 pays a proposé une série d’objectifs et les Nations unies ont mené des consultations dans le monde entier pour recueillir des contributions.

Ils remplacent les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), adoptés en 2000 et qui expirent cette année.

Selon les Nations unies, les ODD vont plus loin en s’attaquant aux causes profondes des problèmes tels que la pauvreté, en examinant aussi bien les fins que les moyens et prenant un caractère universel plutôt que réservé aux pays en développement. 

Réactions

Le premier vice-président Frans Timmermans, en charge du développement durable, a déclaré : « Cet accord est un tournant et une avancée majeure dans le contexte de l’action menée au niveau mondial en faveur du développement durable. Je peux dire avec fierté que, dès le début, l’UE s’est fermement engagée à parvenir à un résultat ambitieux, en soutenant un programme universel s’adressant à tous les pays, riches ou pauvres, et intégrant pleinement les dimensions économique, sociale et environnementale du développement durable. Le résultat que nous avons obtenu est un programme historique qui rassemble le monde entier autour d’objectifs communs pour un avenir plus durable. Nous sommes déterminés à mettre en œuvre le programme à l’horizon 2030, qui façonnera nos politiques intérieures et extérieures de sorte que l’Union pèse de tout son poids. »

Faisant le lien entre les ODD et la crise des réfugiés, la chancelière allemande, Angela Merkel a déclaré : « Le programme à l’horizon 2030 peut être vu comme un plan mondial pour s’attaquer aux causes de la migration et de la fuite ».

« Personnellement, je crois que moins d’objectifs, mais des objectifs plus clairs, auraient été préférables, mais ce n’était pas possible dans le compromis », a estimé Norbert Neuser, eurodéputé S&D.