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11/12/2016

Le Parlement s’inquiète du financement du fonds spécial pour l’Afrique

Aide au développement

Le Parlement s’inquiète du financement du fonds spécial pour l’Afrique

Le région du Sahel est une des destinataires du fonds spécial pour l'Afrique.

Les contributions des États membres au fonds d’affectation spéciale de l’UE pour l’Afrique demeurent extrêmement faibles. Résultat, le fonds est presque uniquement financé par l’aide au développement de l’UE, a dénoncé le Parlement européen.

Un peu moins d’un an après son lancement, le bilan dressé par les eurodéputés sur le fonds fiduciaire pour l’Afrique est mitigé.

Censé répondre aux défis de développement dans les pays d’origine des migrants – principalement le Sahel, la région du lac Tchad, la Corne de l’Afrique et le nord du continent, le fonds de 1,8 milliard d’euros peine à tenir ses promesses, faute de financement, ont constaté les eurodéputés.

Le 13 septembre, les élus européens ont adopté à une marge majorité un rapport plutôt critique de l’eurodéputé Ignazio Corrao, du mouvement 5 étoiles : 511 eurodéputés se sont déclarés favorables à la résolution de l’Italien, et 126 ont voté contre.

Contribution de 81 millions d’euros

Principale critique du rapport, le manque de financement de l’instrument proposé l’année dernière lors du sommet de La Valette sur les migrations. « Les contributions des États membres sont restées trop faibles », regrette le rapport.

Et pour cause. « Elles sont encore loin d’atteindre l’engagement officiel, totalisant seulement 81,71 millions d’euros en avril 2016 », poursuit le texte. Pourtant, l’ambition du fonds fiduciaire était justement de permettre aux États de contribuer directement à ce nouveau fonds, et ainsi d’augmenter la mise de départ effectuée par la Commission.

>>Lire: L’UE débloque 1,5 milliards pour les migrants d’Afrique

La  participation a minima des États membres tient majoritairement du fait que ces derniers sont tenus à une participation financière plancher assez réduite s’ils souhaitent s’assurer un droit de vote au sein du Conseil d’administration du fonds. Une attitude que dénonce le rapport.

La France, pourtant un des principaux donateurs d’aide au développement dans le monde et en Europe, avait ainsi promis une participation très symbolique de 3 millions d’euros.

La faible contribution des États au fonds fiduciaire n’est pourtant pas le seul problème de financement auquel fait face le fonds pour l’Afrique. En effet, la Commission européenne a elle-même pioché dans les crédits du fonds européen de développement  (FED) pour capitaliser le nouvel instrument financier.

Mais, pour les eurodéputés, l’utilisation du FED pour financer le fonds va avoir «  une incidence sur les pays africains bénéficiaires d’une aide, mais qui ne sont pas couverts par le fonds d’affectation ».

Problématique budgétaire

Selon l’eurodéputée Eider Gardiazabal Rubial, l’existence du fonds dérive de « l’incapacité du budget européen à s’adapter à de nouvelle circonstance ». En effet, malgré des défis croissants, la proposition de budget européen pour l’année 2017 est en baisse, notamment sur le volet de l’aide au développement.

Le Conseil a en effet proposé le 12 septembre de baisser de près de 10% les crédits de paiement de l’aide au développement. Une proposition que le chef de file du PPE Manfred Weber a jugée « inacceptable » lors d’une conférence de presse le 13 septembre au Parlement européen.

>>Lire : Mimica : «il faut lier migration et aide au développement en Afrique»

« Les dirigeants des pays européens passent leur temps à dire qu’il faut répondre aux problèmes dans les pays d’origine des migrants puis ils coupent l’aide au développement » a regretté le président du principal groupe politique au Parlement.

Risque de détournement

 Autre crainte exprimée par les eurodéputés, le possible financement par le fonds de « gouvernements responsables de violations des droits de l’homme ».

« Cet argent va aller à Érythrée, à la Somalie, à l’Ethiopie en les chargeant d’être les gardes-frontières de l’Europe, au lieu de le dépenser dans l’enseignement, l’accès à l’eau potable et à la santé », a regretté l’eurodéputée de gauche radicale Marina Albiol Guzmán.

>>Lire : L’Ethiopie ne reçoit aucun argent européen

Une possibilité que le commissaire Christos Stylianides a résolument écartée lors du débat. «  Je suis fermement convaincu que le fonds fiduciaire soutient des programmes dans les pays d’origine dont le but est de créer de l’emploi. »