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24/08/2016

Le partenariat économique UE-Afrique incompatible avec la politique de développement

Aide au développement

Le partenariat économique UE-Afrique incompatible avec la politique de développement

Günter Nooke [Nooke}

L’accord de libre-échange entre l’UE et certains pays africains détruit la politique de développement déployée par l’Europe, assène Günter Nooke, conseiller d’Angela Merkel pour l’Afrique. Un article d’EurActiv Allemagne.

« Les négociations économiques ne devraient pas détruire ce qui a été construit par le ministère du développement », a fait remarquer Günter Nooke, responsable pour l’Afrique du gouvernement allemand, lors d’un entretien avec la chaîne publique ARD le mardi 4 novembre.

Une partie des impôts allemands et européens est dédiée à divers programmes de développement en Afrique. Le nouvel accord économique conclu par l’Europe et certains gouvernements africains aura pour effet d’annuler les effets de ces programmes, estime Günter Nooke.

Les accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et plusieurs États africains impose une ouverture jusqu’à 83 % de leurs marchés aux importations européennes. Les droits de douane et autres taxes seront progressivement éliminés,

En échange de quoi les pays africains recevraient un accès sans taxes au marché européen. Cependant, nombre de pays africains s’opposent toujours aux APE.

Le Kenya fait partie des États qui ont refusé l’accord. L’UE a riposté en imposant des droits d’importation à une série de produits kenyans à partir du 1er octobre. Ces mesures auraient causé de nombreux licenciements dans certaines entreprises au Kenya.

Face aux pressions ainsi exercées, Nairobi a finalement cédé et a ajouté sa signature aux APE il y a deux semaines.

Andrew Mold, analyste économique pour l’Afrique orientale à l’ONU, estime que cet accord constitue une menace à long terme pour l’économie africaine.

« Les États africains ne peuvent pas rivaliser avec une économie comme celle de l’Allemagne, remarque-t-il. Le libre-échange et la concurrence des importations européennes sont un danger pour les entreprises existantes et empêcheront la création de nouvelles entreprises. »

« L’APE renforce les marchés africains », assure l’eurodéputé Michael Gahler

L’eurodéputé de centre-droit Michael Gahler estime quant à lui que les APE offre la chance aux pays africains de renforcer leurs marchés. Le démocrate-chrétien souligne que l’accord vise à créer des « mécanismes flexibles ». Les gouvernements africains ne sont pas obligés de mettre en place des mesures concrètes avant 20 ans, explique-t-il.

Cet accord constitue une occasion pour le Kenya de rattraper l’Europe, a-t-il ainsi affirmé lors de l’atelier « Europe+Kenya » organisé par EurActiv Allemagne à Berlin.

« Le Kenya devrait utiliser cette période pour faire ses devoirs », en développant ses infrastructures, en renforçant son État de droit et en combattant la corruption.

La Commission européenne a insisté sur le fait que 20 % des produits africains resteront protégés sur le long terme. L’APE pourrait s’ajouter à l’aide au développement en permettant de créer des emplois et d’intensifier le dialogue politique avec l’UE, indique la Commission.

Michael Gahler partage ce point de vue : « Nous, Européens, avons une expérience directe de la prospérité qui accompagne la libre circulation des marchandises. Nous souhaitons aider l’Afrique à prendre des mesures similaires. »

Grâce à divers accords commerciaux conclus avec l’étranger, les anciennes colonies européennes ont bénéficié d’un accès privilégié au marché européen pendant des décennies. Jusqu’ici, elles n’avaient que très peu ouvert leurs propres marchés en retour.

En 2000, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait toutefois déclaré ces accords illégaux. Suite à ce jugement, l’UE a mis sur pieds en 2007 l’accord de Cotonou avec 79 pays africains en 2007. Depuis, l’Europe et l’Afrique négocient les accords de libre-échange prévus par l’accord de Cotonou.

>> Lire : Des candidats aux européennes dénoncent les accords de partenariats entre l’UE et les pays en développement 

Nous les visons à bout portant, selon Ska Keller

Quelque 37 pays très peu développés bénéficient d’un accès préférentiel au marché européen sans qu’aucun accord de libre-échange ait été signé. L’UE a conclu avec ces pays l’accord « Tout sauf des armes ». Un accord en vertu duquel ces pays peuvent exporter tout produit ne relevant pas du secteur de l’armement vers l’Europe sans payer de droits de douane. La non-adhérence à l’APE n’a donc aucune conséquence économique pour eux.

L’eurodéputée verte Ska Keller estime néanmoins que l’APE nuira au commerce régional et ne laisse aux pays partenaires aucune possibilité de développement de l’industrie ou de création d’emplois, et donc aucune possibilité de réduire la pauvreté de leurs citoyens. « C’est une épée de Damoclès qui pèse sur les pays en développement, s’ils ne signent pas l’APE, leur accès au marché européen est réduit. Cet accord est l’inverse de la coopération au développement », dénonce-t-elle.

>> Lire : Accord en vue entre l’UE et les pays du club Afrique Caraïbes Pacifique 

Contexte

Par rapport aux autres États membres, l'Allemagne contribue le plus au budget de développement de l'UE. Elle a promis un peu moins de 4,5 milliards d'euros, soit 20,5 % du 10e Fonds européen de développement (FED) pour 2008-2013.

Afin de dépenser efficacement ces fonds, Berlin et Bruxelles collaborent étroitement. Leur objectif est de trouver un dénominateur commun et de parler d'une voix à partir des différents intérêts au sein de la Commission et des 28 États membres.

>> Lire : INFOGRAPHIE : le budget de l’aide au développement de l’UE pour 2014-2020 

>> Lire : Le Parlement prend position sur les orientations du Fonds européen de développement 

Plus d'information

Commission européenne : Economic partnerships? (en anglais)

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