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29/08/2016

Le secteur privé veut développer le potentiel énergétique de l’Afrique

Aide au développement

Le secteur privé veut développer le potentiel énergétique de l’Afrique

L’Afrique possède un potentiel énorme en énergies fossiles et renouvelables

[Shutterstock/PhotoSky]

Un nouveau fonds public-privé veut fournir de l’électricité à un million de foyers d’ici 2025 en Afrique Subsaharienne. L’accès à l’énergie reste un des principaux freins au développement de la région.

Spécialiste français des équipements électriques, Schneider Electric a lancé le 22 juin le fonds Energy Access Ventures qui vise à financer des projets d’accès à l’énergie en Afrique subsaharienne.

Doté de 54,5 millions d’euros et abondé par Schneider Electric et plusieurs bailleurs internationaux comme la Commonwealth Development Corporation (CDC), la Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement FD et l’Ofip, le fonds de l’Opep, le fonds espère permettre l’électrification d’un million de foyers d’ici 2025 grâce à des investissements dans des PME africaines.

La pauvreté énergétique de l’Afrique, pourtant riche en ressources, « compromet le développement du continent » a souligné Annick Girardin, la secrétaire d’Etat au Développement et à la Francophonie lors du lancement du fonds. « L’absence d’énergie, c’est un poison qui tue lentement l’Afrique » a-t-elle poursuivi.

Un constat unanime sur le continent africain, et plus encore en Afrique subsaharienne, qui souffre d’un retard considérable en matière d’accès à l’énergie. Lionel Zinzou, le président de la Fondation AfricaFrance et nouveau premier ministre du Bénin l’a également rappelé. « En 71 heures au gouvernement du Bénin, je sens déjà à quel point l’accès à l’énergie est un point fondamental : avec seulement 30 % d’accès c’est un facteur d’inégalité pour la population et facteur de non-compétitivité pour les entreprises, et donc le développement économique » a-t-il souligné.

>>Lire : Un rapport remet en cause l’organisation de l’aide au développement

Déficit énergétique de l’Afrique

Pourtant, L’Afrique possède un potentiel énorme en énergies fossiles et renouvelables. Mais les ressources sont souvent sous-exploitées, exportées sous forme brute, voire même gaspillée. Sur 53 pays, 21 seraient par exemple en mesure d’exploiter de façon rentable l’énergie hydraulique en Afrique, mais seuls 7 pour cent de ce potentiel est exploité (essentiellement en Égypte, au Mozambique, en Zambie, au Nigéria et au Ghana), souligne un rapport de l’OCDE.

Les énergies fossiles n’échappent pas non plus à cette sous-exploitation. L’Afrique détient 7,3 % des réserves mondiales de pétrole et représente 10.6 % de la production mondiale, mais ne participe qu’ à 3 % de la consommation mondiale de pétrole.

>>Lire : L’UE encourage l’Afrique à exploiter son potentiel énergétique

Résultat, le continent a le taux le plus bas du monde d’accès à l’énergie. Selon un rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), en 2010, près de 590 millions d’Africains (57 % de la population) n’avaient pas accès à l’électricité.

Et en Afrique subsaharienne cette proportion grimpe à 70 % de la population n’a pas l’électricité, et quand c’est le cas, il faut faire face aux coupures récurrentes.

Accès à l'électricité en  Afrique du Nord, Afrique subsaharienne et Afrique du SudAccès à l’électricité en Afrique du Nord, Afrique subsaharienne et Afrique du Sud

Et les perspectives sont sombres. « Si les tendances relatives à l’énergie ne se modifient pas, l’Afrique comptera toujours, en 2030, 655 millions de personnes (42 % de la population) sans accès à l’électricité » souligne le rapport d’IRENA.

Multiplication des initiatives

L’ampleur de la tâche en Afrique pour améliorer l’accès à l’électricité pour les populations, notamment rurale, mais aussi les entreprises, reste longue et coûteuse. « Au Bénin nous avons 40 ans de retard en termes d’infrastructures » reconnait Lionel Zinzou.

Face au défi africain, les initiatives privées et publiques se sont multipliées ces dernières années. En 2013, les Etats-Unis avaient annoncé le lancement du plan « Power Africa », une initiative dont l’ambition était de doubler l’accès à l’électricité en Afrique d’ici 2018. Avec un budget public de 7 milliards de dollars et de 14 milliards provenant de fonds privés.

En mars 2015, l’ancien ministre français Jean-Louis Borloo a également lancé son programme d’électrification de l’Afrique : la fondation pour l’énergie en Afrique. Objectif visé : électrifier 100 % du continent africain en une décennie par l’investissement de 200 milliards d’euros sur la période.

Contexte

L’énergie, et en particulier l’électricité, est une ressource capitale pour le développement économique et humain. La disponibilité en électricité sous-tend la fourniture de services essentiels comme l’éducation, en apportant la lumière dans les écoles et les foyers, la sécurité sanitaire des aliments par la réfrigération, l’accès aux technologies de communication ou encore l’amélioration de la productivité des activités agricoles et économiques. Pourtant, le Programme ds Nations unies pour le développement (PNUD) estimait en 2005, qu’1,6 milliard de personnes n’avaient encore aucun accès à une source d’électricité – l’essentiel de cette population vivant dans les pays les moins avancés. L’Afrique est particulièrement concernée : dans une vingtaine de pays, plus de 75 % des habitants ne disposent pas d’accès à l’électricité, une situation difficile partagée par la Birmanie, l’Afghanistan, la Corée du Nord, la Papouasie Nouvelle-Guinée ou le Cambodge.

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