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27/08/2016

Le traitement de la crise migratoire fait l’impasse sur l’aide au développement

Aide au développement

Le traitement de la crise migratoire fait l’impasse sur l’aide au développement

Operation Triton [European Commission]

Le sous-développement chronique de plusieurs pays africains accentue la pression migratoire aux portes de l’Europe. Or l’aide au développpement de l’UE vers ces pays ne cesse de reculer,  à l’instar de l’aide à l’Erythrée qui a littéralement fondu.

Après le naufrage qui a couté la mort à 900 personnes, les chefs d’États et de gouvernement des vingt-huit se sont réunis pour un sommet d’urgence à Bruxelles. À l’issue duquel le renforcement des moyens de surveillance des côtes méditerranéennes a été acté.

Le délicat dossier de la réforme de la politique d’asile de l’UE a été renvoyé à plus tard, après que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a échoué à faire passer son plan d’action auprès des chefs d’Etats.

>>Lire : Le Conseil européen rejette la proposition de Juncker sur l’immigration

Mais au-delà du renforcement de la surveillance en Méditerranée et du projet de réforme de la politique migratoire, les chefs d’État n’ont pas entamé de discussion sur la question de l’aide publique au développement et de l’aide humanitaire.

Selon un diplomate français, la question du développement fait effectivement partie des « causes profondes » de la crise migratoire que traverse l’UE. « La situation en Libye, en Syrie, en Érythrée et plus largement la pauvreté en Afrique sont des sujets de longs termes qui ne vont pas résoudre dans l’immédiat ce qui se passe en Méditerranée » détaille-t-il.

Renvoyé à plus tard sur l’agenda politique, le volet développement reste pourtant indispensable à la maitrise des problèmes migratoire, selon Oxfam. « La communauté internationale doit intensifier ses efforts de consolidation de la paix et de développement dans les pays pauvres et précaires – ou bien les problèmes liés à la migration de masse ne seront jamais contenus, et encore moins résolus », a déclaré Alessandro Bechini, directeur des programmes d’Oxfam en Italie.

Intensification de la pression migratoire

La pression migratoire se fait de plus en plus forte aux portes de l’UE. En 2014, l’agence Frontex a comptabilisé 278 000 franchissements irréguliers des frontières européennes. Un chiffre 2,5 fois plus élevé qu’en 2013. Sur l’ensemble de ces franchissements de frontière, une large majorité s’est faite via la Méditerranée, selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR).

Et le rythme s’est accéléré au cours de janvier et février 2015, ou les franchissements irréguliers des frontières en Méditerranée ont augmenté de 42 %, principalement par la Libye, selon Frontex.

Une accélération rendue possible par l’effondrement de l’État libyen et alimentée par la multiplication des déplacés issus des zones de conflit comme la Syrie, le Soudan, l’Érythrée, la Somalie, et un sous-développement chronique de l’Afrique sub-saharienne.

Entre 2004 et 2014, l’UE a dépensé plus de 1 milliard d’euros pour financer plus de 400 projets sur la migration, dont la moitié dans les pays africains.

Baisse des aides au développement

Pourtant, l’Union européenne et les États membres peinent à honorer leurs engagements en matière d’aide au développement envers ces pays pauvres, et restent loin de l’objectif d’allouer 0,7 % de leur Revenu national brut (RNB) aux pays en développement.

>>Lire : L’aide au développement française tombe sous la moyenne européenne

Les institutions européennes ont globalement augmenté leur aide depuis 2005. Celle destinée aux pays de l’Afrique sub-saharienne est passée de 3,2 à 4,5 milliards de dollars en 2013. Une évolution qui a tout de même connu un véritable coup d’arrêt en 2008, année où l’aide européenne à destination de l’Afrique sub-saharienne s’élevait à 4,9 milliards; elle n’a fait que reculer depuis, selon les chiffres de l’OCDE.

Le constat est d’ailleurs similaire pour l’ensemble de pays donateurs. L’aide des principaux pays donateurs s’est élevée à 135,2 milliards de dollars en 2014, un chiffre qui a augmenté de 66 % depuis 2000, selon les données de l’OCDE. Mais l’organisation pointe du doigt la baisse chronique de l’aide aux pays les moins avancés.

Depuis 2010, l’aide mondiale aux pays les moins avancés est passée de 45,7 milliards de dollars à 37,8 milliards en 2014. Une baisse qui a touché de front les pays dont sont issus une grande partie des migrants traversant la Méditerranée.

L’Érythrée par exemple, qui est le deuxième pays de provenance des migrants traversant la Méditerranée entre la Libye et l’Italie a vu son aide passé de 226 millions d’euros en 2005 à seulement 14 en 2013. Un recul provoqué entre autres pas l’instabilité politique du pays, qui avait poussé l’UE à suspendre les aides du Fonds européen de développement en 2011.

Autre constat, certains grands pays donateurs, comme la France, ont aussi drastiquement coupé leur aide à destination de l’Afrique sub-saharienne. Sur la période 2005-2013, celle-ci est passée de 3,9 milliards de dollars à 2,1 milliards.

Rappel à l’ordre

De son côté le Parlement européen a rappelé le 20 avril aux États membres l’importance de leurs engagements en matière de développement en les invitant à « réaffirmer leur engagement à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement ». Un objectif que seule une poignée d’États membres (Royaume-Uni, Suède, etc) a atteint.

Autre appel de la part des élus européens, un fléchage de l’aide plus favorable aux pays les plus pauvres, qui devraient recevoir au moins 0,2 % du RNB des pays développés. Un objectif encore loin d’être atteint.

Contexte

Depuis 1997, l’aide aux pays en développement a progressé pour atteindre un premier record en 2010, selon les données établies par le Comité d’Aide au Développement de l’OCDE.

L’aide publique au développement s’est ensuite contractée en 2011 et 2012, lorsque les gouvernements de nombreux pays ont adopté des mesures d’austérité et amputé leurs budgets d’aide.