EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

23/01/2017

Les assureurs peinent à s’imposer en Afrique face au secteur informel

Aide au développement

Les assureurs peinent à s’imposer en Afrique face au secteur informel

Le marché africain de l’assurance ne pèse pas lourd: seulement 72 milliards de dollars

[Shutterstock/ Dudarev Mikhail]

Les assureurs tentent de mettre un pied en Afrique, où le secteur informel a les faveurs des populations. Notamment via les tontines, ces systèmes d’assurance communautaires basés sur la relation familiale ou amicale. 

L’assurance est une problématique de pays riche. Et l’adage ne semble pas être prêt d’être remis en cause, puisqu’environ 80 % des cotisations d’assurance dans le monde sont toujours collectées auprès des 10 % de la population mondiale la plus aisée.

« L’assurance est quelque chose d’assez neuf en Afrique », a reconnu Claude Fischer-Herzog, directrice des entretiens européens et eurafricains (ASCPE), à l’occasion d’une conférence sur « la place et le rôle de l’assurance dans la mobilisation de l’épargne en Afrique et le financement des projets de développement ».

Des produits élitistes

« Pour les Africains, les produits d’assurance restent des produits élitistes », confirme Hermann Kouassi, directeur exécutif du Club Economique et d’Affaires de la Diaspora (CEADI). » Et la crainte de l’arnaque est très forte, et souvent justifiée » poursuit-il.

Pourtant, le rôle de l’assurance, est plus spécifiquement de la micro assurance, est reconnu comme un vecteur de développement efficace dans les pays en développement, à l’image de la microfinance.

>>Lire : L’absence de protection sociale fragilise les pays en développement

La micro assurance, qui est une protection contre les aléas de la vie aux personnes à faible revenu dans les pays émergents pour une somme modeste, représente en Afrique un marché potentiel conséquent.

« Dans l’Ouest et le centre de l’Afrique, nous comptons 700 000 micros assurés, pour 1 euro par an pour garantir son capital en cas de décès » explique Frédéric Baccelli, directeur général d’Allianz Africa

« Les assurances permettent de sécuriser la croissance d’un pays face aux aléas climatiques par exemple » explique Jérémy Brault de Proparco, la filiale de l’Agence française de développement spécialisée dans le financement du secteur privé. « A Proparco, nous avons fait du secteur de l’assurance un de nos secteurs d’intervention ».

Les « tontines » dominent

En Afrique, l’existence des assurances « informelles », les tontines, reste une solution souvent privilégiée par les populations. En marge des activités d’assurance et bancaires traditionnelle, les tontines permettent à des communautés d’individus d’épargner, entre amis, membres d’une même famille ou d’une communauté. « Les tontines représentent une partie importante du marché de l’assurance en Afrique » reconnait Jérémy Brault.

>>Lire : La couverture santé universelle en chantier dans les pays en développement

Pour séduire des clients méfiants et souvent démunis, les systèmes d’assurance doivent s’adapter. « Pas question de répliquer les modèles occidentaux très individualisés pour l’Afrique où le modèle de la solidarité intergénérationnelle domine » explique-t-il.

Mais l’émergence progressive des classes moyennes en Afrique pourrait donner un coup d’accélérateur au développement du secteur. « En Côte d’Ivoire par exemple, il y a l’émergence d’une classe moyenne plus individualiste, au sein de laquelle les gens vont être plus prévoyants » explique Hermann Kouassi, directeur exécutif du Club Economique et d’Affaires de la Diaspora (CEADI).

Taille du marché réduite

Pour l’heure, le marché africain de l’assurance ne pèse pas lourd : 72 milliards de dollars en 2013, selon Frédéric Baccelli. « Le marché de l’assurance en Afrique est inférieur au chiffre d’affaires d’Allianz en France » reconnait-il.

Mais le marché est surtout très concentré autour de l’Afrique du Sud, qui concentre environ 80 % des primes émises sur le continent. Le Maghreb représente, lui, 10 % avec le Maroc et l’Algérie comme principaux acteurs de la sous-région. Les 10 % restant se répartissent sur le reste du continent.

Vers un marché unique ?

Pour autant, la construction du marché africain de l’assurance a d’ores et déjà commencé avec la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), qui regroupe 14 pays de l’Afrique du Centre et de l’Oues, dont le Cameroun, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, le Mali ou encore le Sénégal.

Créée en 1992, cette organisation regroupe les marchés de ces différents pays, auxquels s’applique un code de l’assurance unique et un organe de contrôle unique. En 2013, cet embryon de marché unique a représenté 1,4 milliard de dollars de chiffre d’affaires et regroupe 163 sociétés d’assurance.

>>Lire : Les marchés financiers, alternative possible à l’aide au développement en Afrique subsaharienne

« La croissance annuelle moyenne de la CIMA est d’environ 7,8 %. En fait, cela reste assez faible au regard de la croissance de la population et de celle du PIB dans cette région » observe Frédéric Baccelli.

Un développement peu rapide qui trouve entre autres sa source dans l’inadaptation de certaines règlementations de la CIMA. « Par exemple, les assureurs doivent réinvestir 50 % de leurs actifs dans les pays de la zone CIMA, ce qui limite de facto les investissements panafricains » regrette Frédéric Baccelli.