Les candidats s’engagent prudemment pour l’aide au développement

Le candidat socialiste (PS) Benoît Hamon en face du candidat « Les Républicains » (LR) François Fillon, du candidat du mouvement « En Marche ! » Emmanuel Macron, du candidat d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon et de la chef du Front National (FN) Marine Le Pen. [EPA/Patrick Kovarik / POOL]

La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont pris des engagements insuffisants en faveur de l’aide publique au développement. Seuls 5 des 11 candidats souhaitent faire grimper le niveau d’APD à 0,7% du RNB.

Quel candidat affiche le plus d’ambition pour la politique de développement de la France ? A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, les ONG de solidarité internationale françaises ont dressé un tableau en demi-teinte des programmes et des engagements pris par les  candidats.

ActionAid France – Peuples Solidaires, le CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France et le Secours catholique – Caritas France  ont publié une analyse des programmes des candidats à l’élection, qui permet d’évaluer la qualité, ou de constater l’absence, d’engagements.

Les ONG ont proposé d’étudier les programme à l’aulne de 15 propositions phares  visant à améliorer la politique française en matière de développement, allant de la lutte contre l’évasion fiscale, à la sortie des énergies fossiles, à la solidarité envers les migrants ou au respect des droits des femmes.

La solidarité internationale peine à s'imposer dans la campagne

Trois des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle se sont engagés à consacrer 0,7 % de la richesse du pays à la solidarité internationale. Mais l’aide internationale n’a pas la même fonction pour tous.

L’ensemble des mesures définies par les organisations non gouvernementales répondent globalement aux objectifs de développement durable (ODD), que l’ensemble des pays membres des Nations unies se sont engagés à atteindre en 2015.

>>Lirel’interview de Rémy Rioux : « Les ODD s’appliquent à la France comme au Burkina Faso »

Une place « insignifiante »

La question du financement du développement a particulièrement été scrutée, après un quinquennat marqué par un fort recul de l’aide française, enrayé dans la dernière ligne droite par le gouvernement de Manuel Valls.

« Il est indispensable de faire oublier la baisse de 20% des crédits d’aide au développement, qui est au bilan de ce quinquennat » a appelé Nicolas Vercken, porte-parole d’Oxfam France.

Selon l’ONG One, seuls 4 candidats ont pris l’engagement d’atteindre cet objectif de 0,7% d’ici à 2022 : Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Jacques Cheminade et Philippe Poutou. Le candidat d’En Marche !,  Emmanuel Macron s’est également engagé à atteindre cet objectif, mais d’ici à 2025  avec un objectif intermédiaire à 0,55% d’ici à 2022.

Pour l’heure, si la France figure parmi les principaux donateurs internationaux, elle demeure très éloignée de l’objectif des 0,7% avec 0,38% en 2016. En 2012, l’Hexagone consacrait 0,45% de sa richesse à la solidarité internationale.

Des politiques migratoires plus solidaires

Principale inquiétude pointée par les ONG, que le futur président de la République ne mette la politique de développement au service de la régulation des flux migratoires. Une tendance de plus en plus prononcée en Europe.

La crise migratoire bouleverse l’aide européenne en 2017

Les pays européens ont largement remanié leur aide publique au développement depuis le début de la crise migratoire. Un bouleversement dont les pays les moins avancés sont les grands perdants.

C’est notamment le cas de François Fillon, le candidat Les Républicains, qui conditionne le maintien des aides aux pays en développement à la conclusion d’accords en matière migratoire et sécuritaire. De manière moins directe, la candidate du Front national, Marine Le Pen évoque simplement une dans son programme « politique de codéveloppement avec les pays d’Afrique fondée prioritairement sur l’aide au développement de l’école primaire, l’aide à l’amélioration des systèmes agricoles et l’aide au renforcement des outils de défense et de sécurité ».

Sécurité

« Un grand nombre de candidats propose la mise en œuvre de politiques sécuritaires. […].. Aide au développement liée au contrôle des flux migratoires, suppression de l’aide médicale d’état, externalisation des frontières européennes… autant de mesures qui échouent à construire une solution pérenne» a regretté Emilie Johann du Secours Catholique – Caritas France.

Le programme d’Emmanuel Macron souligne quant à lui que « l’Union européenne ne peut accueillir sur son sol tous ceux qui sont en quête d’une vie meilleure », et pointe la responsabilité des pays d’origine dans la gestion des frontières, mais sans conditionnement direct.

L’aide au développement n’est pas un outil de gestion des migrations

À quelques jours de la présidentielle, des ONG françaises dénoncent la vision de la solidarité internationale qui domine la campagne, et mettent en garde contre une utilisation de l’aide à des fins de contrôle migratoire.

Autre préoccupation, la lutte contre l’évasion fiscale et plus largement la régulation du système financier. Selon les estimations, l‘évasion fiscale coût environ 100 milliards chaque année aux pays en développement chaque année. Elles privent les pays de ressources essentielles pour financer des services publics permettant notamment de lutter contre les inégalités et garantir les droits des femmes », souligne Lison Rehbinder, d’Action Aid France – Peuples Solidaires.