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24/01/2017

Les droits sexuels intègrent la politique européenne de développement

Aide au développement

Les droits sexuels intègrent la politique européenne de développement

Les nouveau ODD de l'ONU seront adoptés à New York en septembre 2015.

[Medici con l'Africa Cuamm/Flickr]

L’offensive de 16 États membres en faveur d’une position amitieuse de l’UE sur la question des droits sexuels et reproductifs au sein de la politique européenne de développement, a porté ses fruits. 

La défense des droits des femmes et des jeunes filles dans les politiques de développement de l’UE vient de connaître une avancée significative. Souvent soigneusement évité, le débat sur les droits sexuels et reproductifs des femmes a pour la première fois abouti à un consensus parmi les États membres, profondément divisés sur le sujet.

Le 26 mai, les ministres en charge du développement ont adopté des conclusions faisant une mention explicite à la promotion des droits sexuels et reproductifs dans la politique de développement européenne.

>>Lire: L’Europe reste loin de ses promesses en matière d’aide au développement

« Nous sommes extrêmement satisfaits, car nous avons réussi à négocier des conclusions ambitieuses, qui comprennent notamment la mention de l’éducation sexuelle des femmes et des droits reproductifs. Pourtant, on n’y croyait plus! » se félicite une source française.

Les conclusions du Conseil donnent ainsi un mandat clair à la Commission européenne, qui doit présenter prochainement son plan d’action genre pour la période 2015-2020, une stratégie qui vise à promouvoir l’égalité homme/femme et le respect des droits sexuels et reproductifs dans la politique de développement de l’UE.

Autre bonne nouvelle, la position commune des Etats membres devrait permettre à l’UE de réorienter une partie de son aide au développement en faveur des droits sexuels et reproductifs, une thématique jusqu’ici sous-financée.

Question épineuse

Une question épineuse pour les États membres, puisque les droits sexuels et reproductifs incluent de fait la question de l’avortement, encore très clivante dans plusieurs pays européens.

Au premier rang des opposants, figure Malte, avec qui les diplomates européens ont eu de longues discussions pour aboutir à un compromis. « Mais les autorités maltaises vont faire une déclaration nationale pour réitérer leur opposition à l’avortement », prévient un diplomate français. .

Les pays récalcitrants à une politique de développement intégrant pleinement les droits sexuels et reproductifs restent nombreux. Hormis Malte, où l’avortement est criminalisé par le Code pénal, plusieurs pays restent embarrassés par la question en raison de leur opposition à l’avortement : la Pologne, la Hongrie qui ont adopté soutenu les positions dures de malte, et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Irlande.

>>Lire: La question de l’avortement divise les États membres lorsqu’ils parlent développement

Face au front des conservateurs, plusieurs pays européens avaient préparé le terrain depuis plusieurs semaines. Dans un courrier, plusieurs États membres appelaient à une politique plus ambitieuse.

« Nous souhaitons souligner notre soutien en faveur d’un accès universel à la santé et aux droits sexuels et reproductifs intégrés pleinement dans l’agenda post 2015 » ont écrit les 16 ministres en charge du développement signataires de ce courrier, dont EurActiv a obtenu une copie.

Front de 16 pays

Lancée par la France, l’initiative de la lettre adressée à la haute représentante pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini et au commissaire en charge du développement, Neven Mimica, rassemble les signatures de la Suède, du Royaume-Uni, de la Belgique, des Pays-Bas, d’Allemagne, du Danemark, de la Finlande, du Portugal, du Luxembourg, d’Italie de Slovénie, de Chypre, de Lituanie, de Grèce et de Bulgarie.

La coalition de pays demande à ce que « cette position soit clairement défendue dans l’action extérieure de l’Union européenne, en tant que principal pourvoyeur de l’aide publique au développement dans le monde ». Mais aussi dans les négociations internationales, où l’Europe devrait utiliser son influence sur les négociations pour soutenir les droits sexuels et reproductifs.

Un appel clairement destiné aux grands rendez-vous internationaux sur le développement qui vont se succéder jusqu’au mois de septembre, lorsque les États membres de l’ONU devront adopter les nouveaux objectifs pour le développement durable pour l’après 2015. Une liste qui fait pour l’heure mention de l’égalité des sexes, mais passe sous silence la question des droits sexuels et reproductifs, toujours rejetée par un certain nombre de pays.

« Nous sommes maintenant en bonne position pour que l’UE arrive avec une position forte à New York. Nous nous sommes donné les moyens de peser dans la négociation internationale. Maintenant, est-ce que sera suffisant ? Personne ne le sait » détaille un diplomate.

Contexte

Les avortements illégaux dans les pays en développement sont une des causes les plus fréquentes de mortalité maternelle, puisqu'ils représentent 16 % des cas. Soit 47 000 décès chaque année, selon les chiffres de la Commission européenne.

Pourtant, la question des droits sexuels et reproductifs dans la politique de développement reste sensible. Les États Membres de l’ONU, qui sont en train de définir des Objectifs de développement durables (ODD), prolongement des Objectifs du millénaire pour le développement dont l'échéance arrive en 2015, ne mentionnent d'ailleurs pas explicitement le sujet.

Prochaines étapes

  • 7 et 8 juin : Sommet du G7 au château d'Elmau, Allemagne
  • 13-16 juillet: conférence international pour le financement du développement - Addis Abeba
  • 25- 27 septembre : sommet sur le développement durable à New-York

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