Les États européens ne sont pas à la hauteur des objectifs de développement

La production de déchets fait partie des domaines dans lesquels l'Allemagne a des progrès à faire. [Garry Knight/Flickr]

Un certain nombre de pays européens ne sont pas en bonne posture pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030, selon une étude. Un article d’EURACTIV Allemagne.

La plupart des pays industrialisés ne sont pas prêts pour le programme post-2015 pour un développement durable. Des pays européens la Grèce et la Hongrie ne sont pas en situation d’atteindre leurs objectifs généraux pour la période 2015-2030, selon les résultats d’une simulation publiée le 8 septembre par  la fondation Bertelsmann a publié les résultats d’une simulation.

D’autres pays, comme la France ou l’Allemagne, bien que mieux situés dans la simulation, affichent des performances très médiocres sur certains indicateurs. 

Les nations industrialisées ne doivent pas seulement agir dans les pays en voie de développement pour lutter contre la pauvreté, mais également sur leur propre sol, notammentsur des sujets comme la production durable et les habitudes de consommation. Par ailleurs, les systèmes économiques exacerbent souvent le fossé entre les riches et les pauvres.

Fin septembre, l’Assemblée générale de l’ONU adoptera 17 objectifs pour le développement durable, qui remplaceront les objectifs du Millénaire pour le développement, qui expirent cette année.

L’étude Bertelsmann compare 34 pays de l’OCDE, en utilisant 34 indicateurs dans la sphère des 17 objectifs. Les cinq pays qui seraient le mieux préparés à atteindre les objectifs de l’ONU sont quatre pays nordiques : la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande. L’étude encense particulièrement les efforts de la Suède pour réduire le niveau de gaz à effet de serre, qui est actuellement 30 % moins élevé qu’en 2006, comparé au PIB.

Les États-Unis, la Grèce, le Chili, la Hongrie, la Turquie et le Mexique ont échoué à la simulation. Les États-Unis se trouvent dans le bas du classement en termes d’inégalité sociale, de malnutrition et d’émissions de CO2.

« Notre étude est la première simulation des pays industrialisés qui s’appuie sur les nouveaux critères des objectifs », a expliqué Aart De Geus, président et directeur de la fondation Bertelsmann. Les pays riches ne sont plus considérés comme les leaders mondiaux, surtout quand on y découvre de fortes inégalités sociales et une mauvaise préservation des ressources, a indiqué le président.

Points forts et points faibles de l’Allemagne

L’étude classe l’Allemagne à la sixième place. Sur 12 des 34 indicateurs analysés, l’Allemagne se situe dans les premiers pays du classement. Le pays obtient de bons résultats dans les domaines de la croissance économique, de l’emploi, de la recherche et du développement. L’Allemagne possède également un faible taux de pauvreté, une bonne sécurité sociale, un faible taux d’homicides et de nombreuses réserves naturelles.

L’étude souligne néanmoins les nombreux défauts du pays.  L’Allemagne a un niveau de production de déchets élevé, avec environ 614 kg de déchets par personne et par an, soit bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE qui est de 483 kg, et bien loin de la moyenne du Japon qui est de 354 kg par personne. 

Le pays obtient aussi des résultats médiocres en matière d’agriculture durable. Avec un surplus de 94 kg d’azote et de phosphore par hectare de l’ensemble des terres agricole, la pollution de l’eau, de l’air et des sols est une menace importante.

L’Allemagne est aussi mal placée (27ème) en ce qui concerne la quantité d’espèces en danger, et ce, à cause d’une combinaison de facteurs tels que l’exploitation des ressources en eau et la pollution par fines particules.

Les experts appellent à des amendements constitutionnels

L’Allemagne doit rattraper son retard dans un grand nombre de domaines, a déclaré Günther Bachmann, secrétaire général d’un conseil allemand pour le développement durable (RNE) dans une interview avec EURACTIV Allemagne. « Nous devons réduire notre empreinte écologique. En un mot, nous consommons plus de ressources que ce que nous devrions. Notre consommation des ressources a mené à des conditions inacceptables dans les pays émergents et en voie de développement. »

« Un des objectifs proposés est de réduire de moitié les déchets alimentaires d’ici à 2030. Pour cela, il faudrait que tous les pays s’attaquent au problème, et repensent à la chaîne d’approvisionnement et à la consommation des nations les plus riches, a expliqué Günther Bachmann. « Notre façon de consommer provoque des souffrances inhumaines, des couturières bangladaises aux producteurs de soja brésiliens », a déclaré le directeur du RNE.

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Selon les analystes, puisque les dernières stratégies pour le développement durable ont rarement entrainé de véritables changements dans les lois, il est nécessaire de modifier la constitution nationale. Günther Bachmann propose d’intégrer le principe de développement durable dans l’article 20 des objectifs de l’État. Le gouvernement doit aussi clairement s’engager envers ces principes. Dans la loi ou dans des déclarations, ils devront être expliqués en détail.

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Le développement du secteur des énergies renouvelables, la décarbonisation, le recyclage et une politique budgétaire durable devraient faire partie de ces principes. « Concrètement, une analyse de la durabilité devrait être menée sur chaque loi, selon des thématiques, et non pas seulement sur une base formelle. Au parlement allemand, les lois qui n’adhèrent pas à ce principe doivent être rejetées », a insisté Günther Bachmann.

Le RNE souhaite également voir une procédure similaire se développer au niveau européen. « La stratégie pour le développement durable était complètement délaissée sous la Commission Barroso.  Le Président Jean-Claude Juncker devrait faire plus attention à ce sujet à l’avenir. Frans Timmermans devrait soumettre chaque directive et chaque décret à une évaluation de durabilité », a ajouté Günther Bachmann.

Contexte

Les 25 et 27 septembre, la communauté internationale adoptera un nouveau programme de travail pour le développement durable. Celui-ci façonnera les politiques des États membres de l’ONU pour les 15 prochaines années. Les ODD remplaceront les objectifs du Millénaire pour le développement à la fin de l’année.