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24/01/2017

Les eurodéputés questionnent le sérieux des promesses d’aide

Aide au développement

Les eurodéputés questionnent le sérieux des promesses d’aide

Pour Neven Mimica, consacrer 0,7% au développement ne résoudra pas tous les problèmes . Foto: EP

La révision du consensus européen sur le développement a une nouvelle fois mis en lumière l’échec des pays européens à atteindre l’objectif de consacrer 0,7 % de leur richesse nationale à la solidarité internationale.

La promesse incessamment repoussée par les États membres de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide au développement agace passablement les eurodéputés. Et met en péril la crédibilité de la politique d’aide européenne, a dénoncé l’eurodéputé luxembourgeois Charles Goerens

Lors d’une réunion de la commission du développement au Parlement européen consacré à la révision du consensus européen sur le développement de 2005, les parlementaires ont interrogé le commissaire en charge du développement, Neven Mimica sur le sérieux des États membres.

« L’heure est quand même à la crédibilité. Depuis 2005, ce qui est systématique c’est qu’on ne tienne pas les promesses » et ce malgré « la multiplication des foyers de crises et des inégalités » a pointé du doigt l’eurodéputé luxembourgeois. « Si  [cette révision] devient une mascarade, je demanderai au Parlement européen de ne plus y participer » a-t-il conclu.

>>Lire : Bruxelles déplore la baisse de l’aide au développement dans certains pays

Le processus de révision doit aboutir à une nouvelle définition commune des objectifs de la politique européenne de développement.

En 2005, le consensus européen pour le développement avait entériné l’engagement d’augmenter les budgets consacrés à l’aide et à porter celle-ci à 0,7 % du RNB d’ici à 2015. Le consensus fixait  également  un « objectif collectif intermédiaire de 0,56 % d’ici à 2010 ».

Et force est de constater que l’objectif n’a été respecté dans presqu’aucun des pays européens. Seule une poignée de pays a en effet atteint l’objectif, parmi lesquels la Suède, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Danemark et le Royaume-Uni.

À l’inverse, plusieurs poids lourds de l’économie européenne demeurent très éloignés de l’objectif de 0,7 %, à l’image de la France, dont les ressources consacrées à la solidarité internationale n’ont cessé de baisser depuis 2012.

>>Lire : L’aide au développement française tombe sous la moyenne européenne

Ce bilan a poussé les eurodéputés à s’interroger sur la pertinence d’une révision incluant de nouveau un objectif de financement.

« Ce seuil de 0,7 % est-il toujours à l’ordre du jour ? La Grande-Bretagne est un des seuls pays européens à respecter ce seuil, et elle va quitter l’UE » a averti l’eurodéputé allemand Arne Lietz.

De son côté, Norbert Neuser, un des rapporteurs sur le dossier, a également insisté sur la responsabilité des États membres en matière de financement. « Le principal écueil concerne les États membres : ont-ils vraiment l’intention de financer ce que coute ce consensus ? » a-t-il demandé à Neven Mimica, présent lors de la réunion. « Dans quelle mesure la Commission et le Parlement sont capables de mettre une pression sur les États membres ?»

De son côté, le commissaire Neven Mimica a rappelé aux élus européens que l’objectif de 0,7 %, même atteint, ne permettrait pas d’atteindre tous les objectifs de développement fixés par l’UE.

>>Lire : Erik Solheim: « Si les britanniques peuvent consacrer 0,7% de leur RNB au développement, la France aussi »

« Le changement n’est pas possible seulement par le biais de l’aide publique au développement » a-t-il soutenu. « Même si on atteignait ces 0,7 %, on pourrait peut-être doubler ou tripler le niveau d’aide publique au développement, pourtant ce serait encore 10 fois trois peu pour répondre aux besoins globaux et à la réalisation des objectifs de développement durable ».