Les îles du Pacifique confrontées à l’urgence absolue

« Les vagues n’attendent pas que les fonds soient débloqués pour inonder nos îles » alertent les petites îles du Pacifique. Pour qui les fonds onusiens sont souvent inacessibles.

« Que ce soit bien clair, nous ne demandons pas plus d’argent…simplement d’y avoir accès !

Pour M. Finikaso, ministre des Affaires étrangères de l’archipel de Tuvalu, le financement climatique est un sujet crucial. Mais pas pour les mêmes raisons que le G77 et la Chine, qui bataillent de leur côté depuis, à la COP21, contre le fait que certains pays s’engagent financièrement envers les pays moins développés « en fonction de leur capacité à le faire ».

Une phrase floue, qui risque de permettre certains États de passer au travers des mailles du filet de l’aide climatique. Mais les États les plus vulnérables n’ont cure de cette analyse. Ce qui les préoccupe, c’est surtout la simplification des mécanismes qui permettent d’avoir accès au financement.

« La taille de nos projets est petite, et il n’y a pas de mécanisme de financement qui corresponde. Et nous n’avons pas les capacités de remplir les documents compliqués qu’on nous réclame : nous n’avons pas de scientifiques ! » se désole le ministre, en rappelant que l’accès au fonds d’adaptation dépend notamment de la capacité à démontrer que les changements qu’ils observent sont bien liés…au changement climatique.

« Les îles Tuvalu, les îles Marshall, les Maldives, sont clairement les plus vulnérables. Pourtant elles ne reçoivent pour l’instant aucun financement climat ! Et ce contrairement à la Jamaïque ou au Sénégal, qui sont moins exposés, mais mieux équipés en ingénieurs » constate le diplomate.

Les pays les moins vulnérables demandent donc d’avoir un accès spécifique aux financements, et que ce soit inscrit dans l’accord de Paris. Pour l’heure, « l’accès au financement s’annonce au contraire de plus en plus complexe » regrette le représentant des îles Palau, qui déplore notamment les dernières règles d’accès au Fonds vert pour le climat.

Les îles Tuvalu se sont vu refuser un projet de construction de digues de 100 millions de dollars ; l’investissement a été révisé à la baisse, soit 30 millions de dollars. « Nous allons construire des digues, mais seulement là où il y a des habitations ; cela veut dire que le reste de notre île est menacé ! » constate.

Face aux écueils rencontrés par les petits pays, des partenaires comme les Pays-Bas ou Taïwan tentent de prêter main forte.

Ainsi, le ministère de l’environnement de Taiwan s’est lancée dans une analyse scientifique sur très longue période des fonds marins, qui permet d’identifier les variations de températures et d’environnement des ïles Salomon. Un travail qui pourra, dans le futur, être utilisé pour apporter des arguments aux îles du Pacifique qui doivent prouver l’impact du changement climatique dans leur environnement.

« Il y a trois éléments à observer : la montée des eaux bien sûr, mais aussi l’acidification de l’océan qui entraîne des perturbations pour la faune et la flore notamment, ainsi que l’évolution de la température de l’eau qui représente une autre menace » explique Kuo Yen Wei, ministre de l’environnement mais aussi géologue, et co-auteur de l’étude sur les fonds marins.

Selon lui, la tendance à se focaliser sur la montée des eaux tend à faire passer à l’arrière plan les questions majeures que représentent la disparition des coraux, et le réchauffement de la température de l’eau, deux éléments qui affectent profondément la vie sous-marine. « Nous souhaitons faire une carte précise de l’impact du changement climatique sur ces sujets, ce type de carte n’a pas été fait autour des îles du Pacifique » explique-t-il.

Pour les plus petits des pays les plus vulnérables, l’urgence est tout simplement dramatique.

« Il faut accélérer le processus ! Les vagues n’attendent pas que les fonds soient débloquer ou que la COP22 se mette d’accord sur quel financement va à qui » plaide de son côté M. Catthy, ministre de l’éducation de Nauru, appelant les négociateurs à trouver de vraies solutions.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 à la lutte contre le changement climatique, dont une partie doit transiter par le Fonds vert pour le climat. Cette somme promise par la communauté internationale doit soutenir les pays en développement dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre et leur adaptation aux effets du changement climatique, et apparait comme une des conditions d'un accord.

Cet engagement ne couvre par l'intégralité des besoins pour financer la réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial, qui sont estimés entre 500 milliards et 1500 milliards d’euros par an.