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31/07/2016

Les négociations climatiques reflètent la fragmentation du Sud

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Les négociations climatiques reflètent la fragmentation du Sud

Les disparités économiques au sein du groupe des pays en développement grandissent. Pour défendre leurs positions dans les négociations climatiques, les émergents, les petits États insulaires, ou les moins avancés se rassemblent par affinités. 

L’organisation multipolaire gagne du terrain dans les négociations climatiques, où la ligne de démarcation entre pays du Nord et du Sud dans les négociations est de plus en plus perméable.

À l’approche de la 21e « Conférence des parties » qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain, les 192 pays participants aux négociations s’organisent au sein de différents groupes de représentations, en pleine évolution.

Jusqu’ici,  les pays participant étaient traditionnellement répartis en deux catégories : les pays en voie de développement, rassemblés sous «  l’Annexe 1 » et les pays développés, jugés en grande partie responsables du réchauffement climatique, rassemblés sous « l’Annexe 2 ».

Des frontières perméables entre Nord et Sud

Mais depuis la COP 20 qui s’est tenue à Lima en décembre 2014, les frontières entre les deux grands ensembles ont tendance à s’estomper.

>>Lire : L’Europe a perdu son rôle moteur dans les négociations climatiques

Le texte final de la COP 20 ne fait aucune référence à  la différenciation habituelle entre les deux grandes familles du protocole de Kyoto.

Le principe de « responsabilités communes, mais différenciées »,  conserve toutefois une séparation entre les engagements attendus des pays développés contre ceux des pays en développement.

Un bloc fragmenté

Pour peser dans le processus de négociations, les pays en développement sont rassemblés au sein d’une organisation parapluie, le G77.

Créé en 1964, il s’agit du plus important groupe rassemblant des pays en développement dans le cadre des négociations. Un groupe hétérogène réunissant au sein de la même structure les grands pays émergents comme la Chine ou le Brésil, les pays les moins avancés comme le Mali ou le Népal, ou encore des pays devenus membres de l’OCDE comme le Chili, le Mexique ou la Corée du Sud.

Résultat, le groupe défend pêle-mêle les intérêts parfois très éloignés de ces pays face aux pays développés.  « On parle ici de plus d’une centaine de pays avec des intérêts économiques complètement divergents. Il est  illusoire de penser que ces pays vont être toujours sur la même ligne » explique Romain Bennicchio.

>>Retrouvez l’interview de Prakash Mathema : « les pays les plus pauvres ont le plus à perdre en cas d’échec des négociations sur le climat »

Mais face aux promesses pas toujours tenues de la part des pays développés, et notamment des États membres de l’Union européenne, le  Sud continue de se serrer les coudes.

 A Durban, une alliance entre les pays développés et les groupes de pays les moins avancés et des petits états insulaires, s’était dessinée. Mais elle a aujourd’hui du mal à exister faute d’avancés sur le front des financements, souligne une analyse de Louise van Schaik pour le réseau « Climate and Development Knowledge Network ».

Les disparités de taille qui existent entre ses membres ont rendu nécessaire la création de sous-groupes, plus adaptés à défendre les intérêts de certains sous-ensembles, plus ou moins formalisés.

>>Lire : La distinction Nord et Sud en passe d’évoluer sur le climat à la COP de Lima

Quitte à parfois donner naissance à des alliances surprenantes, telles que le Groupe de l’intégrité environnementale (GIE), qui regroupe depuis 2000 le Liechtenstein, Monaco, la Corée du Sud, la Suisse et le Mexique.

Autre configuration détonante, le groupe des pays en développement aux points de vue convergents (« Like-Minded Developing Countries ») qui regroupe entre autres la Bolivie, la Chine, Cuba, l’Iran, l’Iraq, le Mali, le Sri Lanka ou l’Arabie Saoudite.

Parmi les subdivisions figurent également certaines organisations géographiques comme le groupe des États africains, ou l’Alliance indépendante de l’Amérique Latine et des caraïbes (AILAC)

D’autres configurations s’organisent autour de la situation économique ou environnementale, comme pour le groupe des petits États insulaires, particulièrement exposé à la montée des océans, ou le groupe des pays les moins développés (PMA) qui réunit les pays les plus vulnérables.

Profusion de groupes

Cette profusion de groupes de négociation parmi les pays en développement ne s’explique pas seulement par les intérêts divergents au Sud de l’hémisphère. « De nombreux sujets sont négociés au sein de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC). Il est donc difficile pour les délégations de suivre l’ensemble des négociations et de se positionner pour faire des propositions » souligne Romain Benicchio, représentant d’Oxfam lors des grands sommets climatiques.

Face à cette multiplicité des sujets, les différents groupes se sont donc également spécialisés.

Le LMDC s’est progressivement imposé comme moteur sur la question de la responsabilité des pays développés, tandis que les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (AILAC) sont devenus des spécialistes des propositions sur le front du financement de la lutte contre le changement climatique.

 « Le groupe des petits États insulaire a un enjeu très fort sur la question des pertes et dommages, c’est-à-dire quand l’adaptation au changement climatique  n’est plus possible. Ils se retrouvent ainsi souvent en pointe sur le sujet » explique Romain Benicchio.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20e conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21e conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les États doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

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