EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

17/01/2017

Les négociations UE-Cuba achoppent sur les droits de l’hommes

Aide au développement

Les négociations UE-Cuba achoppent sur les droits de l’hommes

Peinture murale, La Havane.

[Jaume Escofet/Flickr]

Le 4ème cycle des négociations pour un accord-cadre UE-Cuba pour un dialogue et une coopération politiques a eu lieu le 16 juin à Bruxelles. Des progrès ont été réalisés dans le domaine économique, mais le chapitre sur le dialogue politique peine à avancer. 

Un haut responsable de l’UE a déclaré aux journalistes que les parties avaient conclu un accord « presque total » sur les aspects économiques et commerciaux et un « très large accord » sur le chapitre de la coopération, qui est le plus vaste.

Il a ajouté que désormais les deux parties comprenaient mieux leurs objectifs, ambitions et sensibilités respectives dans le contexte du dialogue politique, ce qui leur permettra de préparer le prochain cycle des négociations. Celui-ci se tiendra juste après les vacances d’été.

Les négociations entre l’UE et Cuba ont débuté en avril 2014. Elles visent à réécrire l’accord politique bilatéral dans le cadre de l’approfondissement des liens depuis que le bloc des 28 a levé les sanctions diplomatiques à l’encontre de Cuba en 2008.

Pendant ce temps, Cuba et les États-Unis se sont rapprochés depuis que les anciens adversaires ont annoncé en décembre qu’ils renouaient avec leurs relations diplomatiques.

>> Lire : Réouverture du dialogue entre Cuba et les États-Unis

Les deux pays ont rapidement organisé des réunions de haut niveau à La Havane et à Washington, alors que les négociations UE-Cuba ont été repoussées à deux reprises. La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a déclaré en mars qu’elle espérait que les bases d’un accord pourraient être jetées d’ici à la fin de l’année.

Le président français, François Hollande, s’est quant à lui rendu à Cuba le 11 mai et a rencontré les deux figures de la révolution de 1959, Fidel et Raul Castro. À la différence d’autres États membres, la France et l’Espagne ont maintenu des relations plutôt bonnes avec Cuba. En janvier, l’Espagne a exhorté l’UE à accélérer le processus de normalisation pour ne pas céder du terrain à Washington, notamment sur le commerce.

Les représentants de l’UE ont déclaré que leurs homologues cubains étaient bien préparés pour les négociations et avaient fait preuve d’une volonté d’avancer.

Sujets sensibles

Interrogé sur les sujets sensibles, les représentants de l’UE ont répondu que ce n’était un secret pour personne que la vision de l’UE d’une gouvernance efficace et responsable et de l’application et l’interprétation des droits de l’homme divergeait de celle des représentants de Cuba.

Selon le représentant de l’UE, d’autres questions techniques et économiques ont été délicates puisqu’elles touchent à des sujets qui sont déjà sensibles à Cuba ou dans l’UE. Il a cité la question migratoire. Comme dans tout accord, il existe une clause de suspension qui peut être déclenchée en cas de violations des droits de l’homme, ou de violation des accords de non-prolifération, a-t-il expliqué. « Si nous n’obtenons pas cela, il n’y aura pas d’accord », a-t-il assuré.

Selon lui, étant donné que l’UE est une organisation très respectueuse de la loi, il était donc nécessaire de bien expliquer la raison d’être de l’accord et les objectifs de chacun.

Dans un accord-cadre, les parties devraient énoncer bien plus clairement ce qu’elles espèrent obtenir, a-t-il ajouté.

« Selon moi, le dialogue devrait permettre de façonner une future coopération. Nous devons nous accorder sur le fait que nous ne discutons pas pour le plaisir de se rencontrer et de discuter. Nous discutons pour identifier les domaines dans lesquels nous pouvons avancer ensemble, pour identifier les acteurs avec lesquels nous pouvons travailler et avancer », a-t-il déclaré.

Interrogé sur l’échéance d’un accord, le représentant a répondu qu’il savait que Federica Mogherini espérait conclure un accord d’ici à la fin de l’année, mais qu’il était plus important de faire les choses bien que de se précipiter pour respecter les délais.

Contexte

Depuis 1996, la politique de l'UE à l'égard de Cuba a été guidée par la Position commune, qui définit les relations avec La Havane jusqu'à ce que des réformes soient entreprises dans des domaines allant de la participation politique à la liberté d'expression.

L'UE a suspendu ses négociations avec Cuba en 2003 après que La Havane a lancé une vague de répression et emprisonné 75 dissidents en réponse à des appels à la libéralisation et à un respect des droits de l'homme.

>> Lire : Cuba : condamnation européenne des arrestations des opposants

Ce n'est qu'en 2008, année où Fidel Castro a pris sa retraite et passé le flambeau à son frère Raul, que l'UE a commencé à lever certaines sanctions de façon unilatérale.