Les objectifs de développement durable sont-ils efficaces ?

Cet article fait partie de l'édition spéciale Post-2015: vers des objectifs de développement durable mondiaux.

Les Nations unies ont défini une liste de 169 cibles pour prendre la suite des objectifs du millénaire pour le développement. Un inventaire à la Prévert qui risque d’être peu efficace sur le plan économique, selon certains experts. 

La quantité ne fait pas la qualité. La liste des 17 objectifs de développement durables (ODD) et des 169 cibles définies par les États membres des Nations unies afin de constituer le cadre post-2015 pour le développement ne plait pas à tout le monde.

Les objectifs pour le développement durable doivent prendre le relais des objectifs du millénaire pour le développement, qui arrivent à échéance en 2015. La liste dressée doit être adoptée lors d’un sommet à New York en septembre 2015.

Inventaire à la Prévert

Mais l’ampleur des objectifs proposés et leur nombre soulèvent d’ores et déjà de nombreuses critiques. « On peut dire que l’ambition est grande…. Trop peut-être quand on constate les échecs des 15 années précédentes » souligne l’ONG Aide et Action, faisant référence à la réussite mitigée des Objectifs du millénaire, qui se limitaient pourtant à 8 objectifs et 21 cibles.

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Plus abondants et plus complexes, les ODD risquent d’être plus difficiles encore à mettre en œuvre que leurs prédécesseurs. Et le risque sous-jacent est de réduire la priorité? donnée aux problématiques fondamentales du développement dans les OMD comme la pauvreté?, la nutrition, ou l’éducation.

>>Lire : Les ONG critiquent les objectifs de développement durable proposés par l’Allemagne

« Promettre tout à tout le monde ne nous donne pas un cap clair. Avoir 169 priorités, c’est comme n’en avoir aucune » affirme Bjørn Lomborg, fondateur du think tank danois Consensus de Copenhague.

Autre préoccupation, l’ampleur des besoins annuels estimés : entre 135 et 195 milliards de dollars par an pour l’éradication de l’extrême pauvreté et entre 5 et 7 trillions de dollars pour couvrir les besoins d’investissement dans les infrastructures. Des montants qui dépassent de loin ceux de l’aide au développement mondiale.

19 objectifs alternatifs

Sceptique face à l’ampleur des ODD, Consensus de Copenhague propose une liste de 19 objectifs alternatifs, élaborée après des consultations auprès d’experts économiques, dont plusieurs lauréats du prix Nobel d’économie, d’experts sectoriels, d’ONG et d’organisations des Nations unies.

Cette évaluation, centrée sur le rapport coûts-bénéfices des objectifs post-2015, propose de resserrer la liste des priorités autour des objectifs les plus efficaces. « Si nous dépensons de l’argent sur des objectifs peu rentables, cet argent ne pourra pas être consacré aux objectifs qui auront plus d’impact positif. Notre liste d’objectifs ne résoudra pas tous les problèmes du monde, mais aucune liste ne le fera avec les budgets actuels » explique Bjørn Lomborg.

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Selon le panel d’expert, si les Nations unies concentraient l’ensemble du budget sur ces 19 objectifs prioritaires, les gains économiques, sociaux et environnementaux seraient de 32 dollars pour chaque dollar dépensé. Un rendement à comparer à celui de la stratégie classique : il serait seulement de 7 pour 1 dollar investi.

Dépenser intelligemment

« Dépenser intelligemment aurait un effet plus bénéfique que de double ou quadrupler le budget de l’aide au développement » fait remarquer Bjørn Lomborg.

Parmi les objectifs privilégiés figurent ceux concernant la planète, comme la suppression des subventions aux énergies fossiles. Le retrait de subventions de combustibles fossiles coûterait moins de 37 milliards de dollars par an, permettant parallèlement de réduire les émissions de Co2 et de libérer 548 milliards de dollars d’argent public dans le monde, pouvant ainsi être consacré aux politiques de santé.

La lutte contre les grandes pandémies, centrale dans les objectifs du millénaire, est aussi placée en haut de l’agenda des priorités en termes de rentabilité. La réduction de 90% des décès causés par la tuberculose permettrait de sauver 1,3 million de vies par an, pour un coût estimé à 8 milliards de dollars.

>> Lire : Les plus démunis demeurent en marge des Objectifs du millénaire

A l’inverse, certains objectifs sont épinglés par le rapport pour le faible rendement, comme la volonté des Nations unies de vouloir réduire à zéro le nombre d’individus vivant en dessous du seuil de 1,25 dollar par jour d’ici à 2030. La cible, très ambitieuse, est jugé peu rentable par les experts, qui lui préfèrent un objectif de 3 % maximum de taux de pauvreté, ce qui serait plus réaliste étant donné l’instabilité de l’économie mondiale.

Contexte

En septembre 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies doit adopter les futurs Objectifs de développement durable (ODD), qui prendront la suite des 8 objectifs du millénaire pour le développement, qui arrivent à échéance cette année. Un cadre international destine? a? mobiliser les efforts de tous les pays pour rendre la planète durable et équitable avant 2030.

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