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29/07/2016

Les ONG s’alarment des partenariats public-privé dans l’aide au développement

Aide au développement

Les ONG s’alarment des partenariats public-privé dans l’aide au développement

Les Français reconnaissent l'importance de l'aide au développement internationales, mais se sentent mal informés. [DFID - UK Department for International Development]

Les ministres du développement de l’UE se sont rencontrés le 12 décembre à Bruxelles. Leurs conclusions vont dans le sens d’une plus grande contribution du secteur privé, ce qui alarme les ONG.

Dans les conclusions de leur rencontre du 12 décembre, les ministres européens du développement  expriment clairement leur volonté de voir le secteur privé plus engagé dans le développement. Selon eux, celui-ci « est en train de devenir un acteur de plus actif dans le domaine du développement » et jouera un rôle « clé » dans la concrétisation d’objectifs de développement durables.

Les ministres appuient par là le document récemment émis par la Commission sur une meilleure collaboration avec le secteur privé et charge l’exécutif européen d’appliquer cette approche aux niveaux supranational, régional et mondial.

Ils soutiennent également l’utilisation d’instruments financiers novateurs, comme les financements mixtes, qui permettent de lever des fonds privés.

Les ONG mettent en garde contre un système peu équilibré

Un communiqué commun publié par des ONG internationales, comme ActionAid, Eurodad et Oxfam, s’alarme de cette nouvelle orientation, estimant que la politique de développement européenne ne devrait pas être centrée sur le secteur privé.

Hilary Jeune, conseillère d’Oxfam pour la politique européenne, évoque l’inquiétude de l’organisation. Pour elle, l’UE pourrait n’avoir pensé qu’aux bons côtés de ce système, sans se soucier de ses faiblesses.

« Les ministres du développement semblent séduits par l’idée de financements privés et n’ont pas mis en place les garanties qui assureraient que les entreprises suivent les règles et que leurs investissements aillent véritablement aux plus pauvres », craint-elle.

María José Romero, gestionnaire des politiques publiques et de la défense chez Eurodad, estime aussi que la promotion de partenariats privé-public comporte bien des dangers et n’est pas toujours la meilleure façon de contribuer au développement. Selon elle, les ministres européens semblent avoir oublié l’évasion fiscale pratiquée par les entreprises occidentales, qui réduit les revenus des pays en développement.

>> Lire : « Il faut renforcer les administrations fiscales des pays du sud »

« Il aurait été plus opportun de demander aux pays en développement de tester l’impact qu’auraient ces nouvelles propositions avant tout, afin que ces pays soient maîtres de l’évolution de leur développement, comme il se doit. L’UE devrait plutôt se concentrer sur la résolution des problèmes qui se posent en Europe et, en priorité, prendre des mesures empêchant les entreprises européennes d’échapper à leurs taxes dans les pays en développement », juge-t-elle.

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Quant au financement mixte, les ONG insistent qu’aucun programme ne devrait être mis sur pieds tant que les institutions européennes n’ont pas pris la mesure du rapport publié en octobre par la Cour des comptes européenne (CCE). Selon ce rapport, le recours à des financements mixtes combinant des prêts et des subventions n’est pas clairement justifié dans environ la moitié des cas examinés par les experts.

Les ONG estiment que les partenariats public-privé devraient être organisés et conçus de manière à ce qu’ils aient de vrais résultats pour les plus pauvres. Pour Laura Sullivan, qui gère les campagnes et politiques européennes chez ActionAid, l’Europe doit investir davantage dans les petites exploitations agricoles et dans les petites et moyennes entreprises qui génèrent le type d’emplois permettant aux habitants des pays en développement de sortir de la pauvreté une fois pour toutes.

Les ONG soulignent par ailleurs l’exemple d’un partenariat public-privé raté à Maseru, la capitale du Lesotho, où un hôpital devait voir le jour grâce à l’aide de la Société financière international (IFC), l’instance de prêts du secteur privé de la Banque mondiale. Les coûts de fonctionnement de l’hôpital et le remboursement des prêts qui y sont rattachés engloutissent la moitié du budget de la santé du pays.

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