EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

19/01/2017

Les pays en développement opposés à la destruction de bateaux de passeurs en Méditerranée

Aide au développement

Les pays en développement opposés à la destruction de bateaux de passeurs en Méditerranée

Patrick Gomes [site web de l'ACP]

Le secrétaire général du groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a déclaré être opposé à l’idée de l’UE de détruire les bateaux des trafiquants d’êtres humains en Méditerranée.

Lors d’un discours à Bruxelles, le Dr Patrick Gomes, secrétaire général du groupe des États ACP et ancien ambassadeur de la Guyane en Belgique, a déclaré que les pays qu’il représentait voulaient travailler ensemble pour analyser les facteurs qui poussent les gens à immigrer et le fait que le trafic d’êtres humains est devenu un véritable business.

Il a cependant ajouté : « Nous n’adhérons pas à l’idée que détruire les bateaux des passeurs grâce à des moyens militaires est une solution ».

>> Lire : L’UE prête pour une opération navale contre le trafic de migrants en Méditerranée

Le 23 avril, les dirigeants européens se sont mis d’accord pour « identifier, capturer et détruire les bateaux, avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants ». Les commentaires de Patrick Gomes risquent d’être un véritable coup dur pour les dirigeants de l’UE, qui ont déployé bien des efforts pour obtenir un mandat de l’ONU afin de mener de telles opérations.

Accord de Cotonou

Le secrétaire général de l’ACP a surtout parlé du 40ème anniversaire du groupe qui sera célébré les 4 et 5 juin, et de la préparation des négociations pour réviser l’accord de Cotonou, bien avant que l’accord actuel entre les États de l’APC et l’UE n’expire, en 2020.

Un des éléments clés du 40ème anniversaire de l’organisation est de savoir comment améliorer les relations régionales et intra-ACP afin d’atteindre les objectifs de développement après 2015.

Le partenariat de longue date entre l’UE et les pays de l’ACP recouvre des relations commerciales, une coopération pour le développement et un dialogue politique. Dans ce contexte, l’UE a apporté 31,5 milliards d’euros aux pays de l’ACP, via des enveloppes régionales, bilatérales ou intra-ACP.

>> Lire : L’UE divisée sur l’octroi d’aide au développement en fonction des droits de l’homme

Patrick Gomes a également mentionné le déroulement des préparations du côté des pays de l’ACP, notamment le travail réalisé sur un document de principe, en cours de discussion.

Le secrétaire général a précisé que les discussions portaient sur la façon de relier l’agriculture, les aliments et la santé, et sur la façon de s’attaquer à la hausse des maladies non transmissibles alors que les revenus des habitants augmentent. Selon lui, la médication doit reculer et la santé doit être placée sur le devant de la scène. Les objectifs pour une économie durable doivent associer les dimensions environnementale, économique et écologique.

L’UE reconnaît que les pays de l’ACP sont plus avancés dans la préparation de l’après-Cotonou. Par ailleurs, l’UE prévoit de conduire une vaste consultation publique sur le contenu du nouvel accord de Cotonou, a récemment déclaré le commissaire au développement Neven Mimica. Selon Patrick Gomes, ces consultations ne réuniront pas seulement les parties prenantes des institutions de l’UE et des États membres, mais aussi les ONG, des universitaires et le secteur privé.

Financement des projets d’aide au développement

Interrogé sur le besoin de financer les activités liées au développement, Patrick Gomes a déclaré que les fonds souverains pourraient être placés dans des projets de développement, notamment si le public se rend compte des grandes possibilités que cela offre.

Le secrétaire générale a toutefois nuancé son propos en disant que les fonds souverains ciblaient davantage des projets immobiliers à Paris dans des quartiers très aisés, comme la Place Vendôme, où se vendent les bijoux et les montres les plus luxueuses, que des projets d’aide au développement.

C’est précisément la raison pour laquelle les pays en développement ont encore beaucoup de chemin à parcourir, a-t-il ajouté. Ce qui s’est passé ces dix dernières années, a-t-il souligné, c’est que « les inégalités les plus brutales sont apparues ».

Les gens accumulent du capital pour le simple fait d’accumuler. Cela doit cesser, car cela peut donner naissance aux formes les plus ambitieuses de convulsions dans le monde, craint Patrick Gomes.

« Peut-être qu’ainsi, des milliardaires commenceront à comprendre que leur contribution sera plus appréciée à Douala ou Nairobi que dans les quartiers riches de Paris. Les choses doivent être repensées en profondeur, et nous voulons participer à ce changement », a-t-il déclaré.