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23/01/2017

Les pays tropicaux réclament de l’aide pour sauvegarder leurs forêts

Aide au développement

Les pays tropicaux réclament de l’aide pour sauvegarder leurs forêts

Forêt de Sherbrooke, Australie.

[r reeve/Flickr]

Les pays en développement se sont engagés à l’occasion de la COP 21 à protéger leurs forêts, contre contrepartie. Pour l’heure, le programme REDD+ ne fait pas partie de l’accord de Paris.

Puits de carbone et responsables des émissions de CO2, les forêts sont surtout des ressources économiques importantes pour les grands pays forestiers comme la République Démocratique du Congo ou le Brésil.

Qui comptent bien faire passer le message du coût de la conservation de ces poumons verts et de la lutte contre la déforestation, à l’occasion de la conférence sur le climat.

La question de la lutte contre déforestation et à la restauration de forêt a dominé l’agenda de la seconde journée des négociations climatiques de la COP 21 qui se déroule du 30 novembre au 12 décembre à Paris.

Et pour cause. Les forets constituent la deuxième réserve de carbone la plus importante après les océans.

Mais la dégradation de forêts pèse également dans les émissions de CO2. Entre 5 et 10 gigatonnes d’équivalent CO2 par an proviennent de la déforestation et de la dégradation des forêts. Un volume qui place le secteur forestier au second rang des secteurs les plus émissifs, après la combustion des carburants fossiles.

Ravages

En partie jugulée, la déforestation continue cependant de faire des ravages. Quelque 129 millions d’hectares de forêts, soit environ la taille de l’Afrique du Sud, ont été perdus depuis 1990, selon l’évaluation des ressources forestières mondiales 2015 réalisée par la FAO.

Et la tendance se poursuit notamment en Afrique et en Amérique latine, qui ont respectivement perdu 2,8 millions et 2 millions d’hectares de forêts entre 2010 et 2015. Seule bonne nouvelle du rapport, le taux de déforestation net mondial a ralenti de plus de 50% au cours des 25 dernières années.

Exploitation agricole

Face aux enjeux de déforestation, certains pays développés ont fait des annonces de financement lors de la COP 21. L’Allemagne, la Norvège et le Royaume-Uni ont annoncé être prêts à mobiliser 5 milliards de dollars entre 2015 et 2020.

La somme serait allouée aux pays forestiers prêts à démontrer des réductions d’émissions de CO2 réelle grâce à la lutte contre la déforestation, au travers du mécanisme financier REDD+ pour la réduction de la déforestation et de la dégradation forestière. Lancé en 2008, le mécanisme prévoit une compensation financière pour les pays faisant l’effort de diminuer la déforestation prévue.

Les engagements anti-déforestation pris par les différents pays dans le cadre de REDD+ ne font pas partie intégrante de l’accord de Paris, mais seront inclus dans l’agenda des solutions

Une disposition qui ne plait pas à tous. « Nous attendons l’intégration de la question de REDD+ dans l’accord de Paris pour que certains pays qui n’ont que la forêt comme secteur d’émission puissent être financés » a affirmé le ministre de l’Environnement de RDC, Robert Bopolo Bogeza.

Au sein de l’accord en cours de négociation à Paris, la question des forêts est loin d’être tranchée. « Toutes les références aux forêts , […] dans le projet d’accord et les textes de décisions apparaissent entre parenthèses, ce qui signifie qu’elles ne bénéficient pas du soutien de toutes les Parties et qu’elles font toujours l’objet de débats » souligne le WWF.

Pour le Libéria, où la population a longtemps vécu de l’exportation et du pillage des bois exotiques, la question de la compensation financière est aussi centrale. « Le Libéria ne va pas cesser d’exploiter le bois, mais il va le faire de manière plus durable » a expliqué Harrison Karnwea, directeur de l’autorité pour le développement des forêts.

En Côte d’Ivoire, le dilemme est proche. Le plus grand exportateur de cacao à l’international du continent africain la déforestation a permis le développement économique. « Nous sommes passés de 12 millions d’hectares de forêt à 2 millions en quelques années » reconnait Rémi Allah-Kouadio, ministre de l’Environnement du pays. « La déforestation que nous avons effectuée était pour la bonne cause, mais maintenant il faut casser ce tandem forêt/agriculture » poursuit-il.

Extension des terres agricoles

L’extension des terres agricoles est responsable de la majeure partie de la déforestation. Notamment dans les pays les plus pauvres où les populations vivent majoritairement d’un revenu agricole et n’hésitent pas à abattre des arbres pour dégager des terres cultivables.

« Il faut que nous puissions produire davantage avec moins, passer d’une agriculture extensive à une agriculture plus intensive » détaille le ministre.

Pour rendre possible la cohabitation entre agriculture et forêt, la Côte d’Ivoire a décidé de miser sur la cohabitation des cultures. Grâce à un programme de la Banque mondiale, nous avons lancé un projet pilote permettant de cultiver le cacao dans la forêt, explique le ministre.

>>Lire: COP21 : les débuts hésitants d’une négociation à 196 parties

De son côté, la République démocratique du Conge (RDC) où se situe un des plus grands bassins forestiers du monde a entamé une série d’action visant à protéger son patrimoine forestier. « Nous travaillons étroitement avec le ministère de l’Agriculture afin d’établir une carte des terres dégradées » a affirmé un représentant du ministère de l’Environnement. Objectif, identifier les zones prioritaires de restauration.

« Nous situons la fin de la déforestation à 2020-2030 » a affirmé le ministre de l’Environnement de RDC. Mais il faudrait que les efforts de la RDC pour réhabiliter ses forêts soient rémunérés » a martelé le ministre.

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.

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