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25/08/2016

Les petits États insulaires mettent la pression sur les grands émetteurs avant la COP21

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Les petits États insulaires mettent la pression sur les grands émetteurs avant la COP21

Les petits Etats insulaires sont les plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique.

Supanat Tarapan/Shutterstock

En présentant une contribution ambitieuse à la COP 21, les îles Marshall et les petits États insulaires espèrent donner un coup de fouet aux négociations et pousser les autres pays à s’orienter vers un objectif de réchauffement de 1,5°C. 

Alors que les négociations internationales sur le climat piétinent à quelques mois de la COP 21, les petits États insulaires ont décidé de donner un coup de collier.

Premier petit État insulaire à remettre ses objectifs de réduction de CO2 en vue de la COP 21 qui se déroulera à Paris en décembre 2015, les îles Marshall ont mis la barre haute en proposant de réduire de 32 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025 et de 45 % en 2030 par rapport à 2010, grâce au développement des énergies renouvelables. Elles prévoient également des émissions nettes nulles d’ici à 2050.

>>Lire : Prakash Mathema : les pays les plus pauvres ont le plus à perdre en cas d’échec des négociations sur le climat

Une contribution dans la droite ligne des recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui devrait permettre de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, à l’inverse de celles déposées par de nombreux grands émetteurs comme la Chine ou la Russie. Dans un rapport récent, l’Agence internationale de l’énergie estime en effet que les contributions des pays ne devraient couvrir qu’environ un tiers du chemin pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. 

Signal fort

 « Je salue très positivement la publication par la République des îles Marshall de sa contribution nationale en vue de la COP21 », s’est félicité Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, précisant que cette contribution était « la première émanant d’un petit pays insulaire en développement et fortement impacté par le dérèglement climatique ».

« C’est un signal fort envoyé à la communauté internationale », a poursuivi le ministre. Car si l’ensemble des 195 États membres participant aux négociations climatiques doit remettre d’ici le mois d’octobre leur contribution nationale, seule une cinquantaine ont déjà remis leur copie.

Poids négligeable

Dans sa contribution, le petit État insulaire pointe l’impact négligeable de ses émissions au niveau mondial, « qui sont inférieures à 0,00001 % des émissions globales », souligne le texte. Une part anecdotique par rapport aux grands émetteurs de la planète telle que l’Union européenne, les États-Unis, et la Chine qui représentent à eux trois la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

>>Lire : Les négociations climatiques s’annoncent difficiles pour les petits Etats insulaires

« Au regard de son faible PIB par habitant, sa haute vulnérabilité et sa dépendance à l’aide extérieur, les objectifs proposés par les îles Marshall sont ambitieux par rapport à ceux proposés par d’autres pays », souligne le document.

Sans poids politique important dans le concert des négociations mondiales sur le climat, les petits États insulaires sont pourtant les premiers concernés par les effets du réchauffement climatique, et par l’élévation du niveau de la mer en particulier. 

Objectif 1,5 °C

L’objectif de la contribution des ïles Marshall est également de porter le message de l’Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS), qui milite pour que les négociations onusiennes visent à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, et non pas à seulement 2°C comme envisagé aujourd’hui.

Un changement indispensable pour les petits Etats insulaires, dont nombres sont menacés de disparition avec la hausse du niveau des océans. « Des pays entiers sont sous la menace d’un engloutissement complet – même sous la barre des 2° » a prévenu l’AOSIS en juin.

>>Lire : Pour les Maldives, un accord sur le climat ne suffira pas à enrayer la disparition de nombreuses îles

En cas d’augmentation significative de la température, le bilan pourrait même être très lourd pour les petites ïles. Le dernier rapport du Giec estime qu’avec une augmentation de la température moyenne mondiale d’environ 4 °C, le niveau de la mer pourrait s’élever d’un mètre d’ici 2100, affectant gravement 30 % de la population de ces territoires insulaires.

>>Lire : Les négociations climatiques s’annoncent difficiles pour les petits Etats insulaires

Appel entendu ?

Un appel qui semble avoir fait son chemin à l’occasion de la dernière consultation ministérielle qui s’est déroulée à Paris le 21 juillet.

« Tous les participants sont engagés pour trouver des compromis sur les grandes questions politiques. Les discussions ont été ciblées sur plusieurs points délicats, par exemple comment construire un plan pour rester en dessous de 1,5 ou 2 degrés », a expliqué Laurent Fabius à l’issue des consultations.

Le ministre a aussi fait part de sa volonté d’organiser, début novembre, une réunion pre Cop21, qui permettrait d’arrondir les derniers angles problématiques des négociations.

Contexte

Les Petits Etats Insulaires en Développement (PEID) sont un groupe de pays insulaires, pour la plupart des régions du Pacifique, des Caraïbes, de l'océan Atlantique et de l'océan Indien confrontés à des problèmes de développement similaires: faibles populations, ressources limitées, vulnérabilité accrue aux catastrophes naturelles et aux chocs extérieurs, et forte dépendance vis-à-vis des échanges internationaux.

Prochaines étapes

  • octobre 2015: date butoir pour la remise des contribution nationale pour la COP 21
  • décembre 2015: COP 21 à Paris

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