Les politiques espagnols s’intéressent aux objectifs de développement durable

Pour Miguel Ángel Moratinos, président de REDS, ce genre de réunion sera essentiel pour atteindre les objectifs de développement durable. [InfoGibraltar/Flickr]

Sept responsables politiques espagnols ont débattu des 17 objectifs de développement durable des Nations unies. Un article de notre partenaire El País – Planeta Futuro

Lors de la réunion du mardi 24 novembre, organisée par le Réseau espagnol pour le développement durable (REDS), les participants ont présenté leur point de vue sur le volume d’aide au développement, la cohérence des politiques nationales et le cadre mis en place pour s’assurer que l’Espagne atteint ses objectifs.

« Arrive désormais l’étape la plus importante : la mise en œuvre », a déclaré Miguel Ángel Moratinos, président et fondateur de REDS. Pour y arriver, le réseau, dirigé par l’ancien ministre des Affaires étrangères, a élaboré un manifeste appelant les partis politiques à formuler et promouvoir des politiques en lien avec le développement durable et l’aide au développement.

« Le principal défi auquel fait face notre société est l’inégalité. Si nous ne nous attaquons pas aux causes du problème, c’est-à-dire notre production et nos habitudes de consommation, nous ne pourrons que soigner les symptômes », a affirmé Pablo Bustinduy, de Podemos.

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Concrètement, Podemos a annoncé qu’il augmenterait l’aide au développement à 0,7 % du PIB et créerait de nouveaux postes au gouvernement dédiés à la question du développement durable. Cette dernière promesse est partagée par le Parti socialiste espagnol (PSOE), qui a annoncé le 13 novembre la création d’un poste de vice-président du développement durable.

Juantxo López de Uralde, du parti écologiste Equo, a quant à lui mis en garde contre les conséquences du réchauffement de la planète, du changement climatique et du caractère irréversible de l’épuisement des ressources naturelles. « Les gouvernements ne sont pas capables de traiter avec les grandes multinationales qui sont à l’origine du problème. Les citoyens commencent à prendre conscience de cela et désirent maintenant reprendre le contrôle de leur démocratie. Je crois que ce sera un élément clé pour que les objectifs de développement durable (ODD) deviennent une réalité », a-t-il estimé.

Le Dieselgate est peut-être un des exemples les plus pertinents. « Personne n’a été envoyé en prison », a commenté une femme dans le public au moment d’un échange de questions. Juantxo López de Uralde, qui est en faveur d’un amendement de la Constitution pour y inclure l’aide au développement, a ajouté : « nous devons reprendre le contrôle. Ce modèle de croissance infinie basé sur des ressources limitées est complètement non viable ».

Faire de l’aide au développement un sujet constitutionnel est une des propositions que le REDS soumet dans son manifeste. « Nous sommes tous d’accord avec l’adoption des ODD. L’étape logique est de s’accorder sur cela », a déclaré le représentant de Ciudadanos, Antonio Pezzi, candidat au sénat pour la communauté de Madrid.

Antonio Pezzi a toutefois déclaré qu’il n’était pas « juste » d’inclure un chiffre spécifique pour l’aide au développement dans la constitution. « Pourquoi 0,7 % et pas 0,5 % ? Cela dépend de ce qui est nécessaire au moment voulu », a ajouté Antonio Pezzi. Le représentant du parti au pouvoir (PP), Gonzalo Robles, s’oppose aussi à l’intégration d’un chiffre dans la loi suprême espagnole. « Pourquoi ne pas constitutionnaliser le financement de la santé aussi ? Nous sommes d’accord sur le 0,7 %, d’accord. Pourquoi le mettre dans la Constitution ? ».

Même s’il est contre l’inclusion du montant fixe dans la Constitution, Julio Lleonart, du parti Union, progrès et démocratie (UPyD) souhaite que « 0,7 % soit le volume minimal » d’aide au développement. « L’austérité n’est pas une excuse et ne peut pas se mettre en travers des objectifs de développement. La solidarité ne doit pas dépendre de la situation économique », a défendu Julio Lleonart.

Soraya Rodríguez (PSOE) a quant à elle appelé à constitutionnaliser l’aide au développement, répondant ainsi aux arguments mis en avant par le PP et Ciudadanos. « Tout ce qui est inscrit dans la loi n’est pas forcément plus efficace, mais en s’y trouvant elle aura plus de chance de fonctionner », a-t-elle jugé. « Il est inacceptable qu’en l’espace de quatre ans, l’Espagne soit redescendue au niveau d’aide de 1996 ».

Mariano Pérez Bravo, de l’Union populaire, a également dénoncé les coupes, qui représentent 70 % de l’APD depuis le début de la crise. « 0,7 % devrait être le minimum, mais il est inquiétant que l’APD espagnole ait chuté d’un tiers ces quatre dernières années », a-t-il déclaré.

Le programme des 17 ODD contient pas moins de 169 objectifs. Néanmoins, il existe un certain consensus sur le fait que la lutte contre l’inégalité, tant économique que des genres, et le développement durable, concentreront toute l’attention des pays développés.

« À échelle planétaire, la richesse des 20 familles les plus riches du monde correspond à celle du milliard de familles les plus pauvres », a rappelé Pablo Bustinduy. « Avec notre programme, nous soutenons la création d’une agence internationale de la fiscalité », a-t-il ajouté. Une telle autorité gérerait les problèmes de dette souveraine et s’assurerait que les multinationales respectent les droits de l’homme.

« Il nous faut vaincre cette habitude de placer la priorité sur la croissance économique et non sur la lutte contre les inégalités. C’est la même chose avec le développement durable et l’environnement », a affirmé Soraya Rodríguez.

« Le dernier rapport sur les OMD de 2014 aborde la question des inégalités et la manière dont elles se sont accrues entre les pays et au sein même des pays. 1 % de la population possède la même richesse que les 99 % restants. C’est un chiffre obscène, et nous ne pouvons pas nous permettre de reproduire cette situation », a déclaré Mariano Pérez Bravo. Ce dernier a également fait part de son inquiétude concernant la hausse des travailleurs indépendants en Espagne. « Cette tendance est généralement associée à la pauvreté », a-t-il ajouté. « Tous les pays, même les plus développés, ont leur lot de pauvreté, et il faut s’y attaquer », a indiqué Gonzalo Robles, du PP.

Sur la question du changement climatique et du développement durable, les sept partis ont fait preuve de grande coopération. La situation est délicate et des mesures doivent être prises maintenant. Mariano Pérez Bravo et Juantxo López de Uralde ont critiqué le manque de volonté pour réduire les émissions de CO2 et freiner le réchauffement climatique.

En ce sens, deux grands sujets ont été débattus durant la réunion : le TTIP et le scandale de Volkswagen. Parmi les participants, Mariano Pérez Bravo et Juantxo López de Uralde ont affirmé que le TTIP était incompatible avec les objectifs de développement durable alors que Soraya Rodríguez a souligné les bénéfices de l’accord commercial avec les États-Unis. À ce sujet, le fondateur d’Equo a déclaré : « nous, citoyens, sommes en train de renoncer à notre capacité d’action politique au bénéfice des grandes entreprises ».

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L’ancienne secrétaire d’État en charge du changement climatique et co-présidente de REDS, Teresa Ribera, et Miguel Angel Moratinos, ont clos la réunion en disant que « l’un des objectifs du Réseau espagnol pour le développement durable était justement d’organiser ce genre de débat pour apporter des réponses aux questions les plus pertinentes ».